11-02-2013 20:14 - Comment, il ya 42 ans, Moktar Ould Daddah traita avec son opposition ?
Feu, le président Moktar ould Daddah avait été interpellé, par écrit, puis verbalement, au cours d’un séminaire resté célèbre, par un certain nombre de jeunes cadres universitaires, tous directeurs centraux de diverses administrations.
Dans leur lettre, ces jeunes cadres déclaraient que : ‘’Depuis quelques années, notre pays connait un malaise social profond, attesté par d’épisodiques troubles scolaires et de fréquentes crises syndicales. La crise actuelle constitue à la fois l’expression évidente de ce malaise et la démonstration de l’inefficacité de la politique répressive suivie par le pouvoir‘’.
Puis, au cours du séminaire, certains d’entre eux se partagèrent un bilan de l’ensemble de la marche du pays, chacun, dans le domaine de ses compétences.
Ils avaient un avantage crucial .C’est eux qui géraient. Ils étaient en possession des dossiers .Leur argumentation était documentée, donc juste. Dans leurs discours beaucoup d’intelligence, de civilité, aucun mot déplacé ou de trop. Ils étaient convaincants.
-Sidi mouhamed ould cheikh abdallahi ‘’ Sidioca’’s’attaqua à l’économie.
-Ahmedou ould abdalla s’attaqua à l’industrialisation, je crois.
-Ahmed ould sidi baba s’attaqua à la Culture ou à la communication si je me souviens bien.
-Feu docteur Abdallahi ould Bbah s’attaqua à la Santé :je me souviens qu’il avait converti le budget de la Santé en comprimés d’aspirine et qu’il aboutissait au nombre de comprimés qui reviendrait à chaque mauritanien .
-Mouhemedhen ould Babbah s’attaqua à l’enseignement.
-Ba mamadou alassane, adepte du dialogue, était, je crois, présent sans que je me souvienne du domaine abordé.
-Mouhamed mahmoud ould taki, juge, s’indigna que les six circonscriptions judiciaires du pays avaient, en commun, un budget équivalant au quart du budget alloué à l’orchestre national.
J’étais présent et acteur , et je me souviens avoir humblement suggéré ,en résumé ,l’adage hassaniya’’ la main que tu n’arrives pas à couper, il faut l’embrasser ‘’.Je ne croyais pas avoir si bien dit car l’entrisme était déjà , à l’époque ,dans les esprits soit dans un but de noyautage, soit dans un souci de profit . Ainsi six des personnes précitées furent cooptées dans le gouvernement du 18 .08.1971 comme ministres dans leurs domaines respectifs et le restèrent jusqu’au coup d’état du 10.07.1978 .
Comme résultat de ces nominations, le gouvernement connut la stabilité , la cohésion et la sérénité dont avait besoin le pays . Jusqu’à l’arrivée des militaires ! Je ne connais pas avec précision le déroulement de l’intégration de certains des Kadihines dans le système, car je n’étais plus à Nouakchott.
Je sais juste que, parmi eux, un groupe choisit le pragmatisme au détriment de l’idéologie et rejoignit le régime sous l’appellation de ‘’Chartistes’’ ou ‘’Kadihines Mariem’’.Ce groupe fit aussi bien que la génération ci-dessus citée et bénéficia des mêmes avantages jusqu’au bout, et au-delà , auprès de tous les régimes successifs jusqu’aujourd’hui.
Curieusement, parmi le personnel politique ci-dessus, figurent les principaux ténors de l’opposition d’aujourd’hui où ils animent une sorte de «front du refus ». Comment de conciliants hier ils deviendraient intraitables aujourd’hui, s’agissant des mêmes personnes dans le même contexte et dans le même pays ? Ce pays mérite plus, de la part de chaque citoyen concerné .
Par ailleurs, plus un pouvoir est fort et confiant, plus il devrait, à mon avis, être magnanime et sans complexe pour se remettre parfois en question ou atténuer ses positions dans un souci exclusif d’intérêt national. Le pays le mérite ! Le président Messoud, que je ne connais que par l’image, entame, ces jours ci une gigantesque œuvre de salut public dont l’éventuel succès constituera un grand soulagement pour nous tous.
Au vu des exemples ci-dessus énumérés et des résultats obtenus. Au vu, aussi de son aura personnelle et de son nationalisme unanimement reconnu, le succès est peut-être au bout de sa démarche. Le président Messoud le mérite, les protagonistes le mériteront et ils en sortiraient, tous, grandis et honorés…. Inchallah.
Mohamed Baba Fall
