24-05-2013 21:55 - Autour d’un thé
Pas de beletig cette semaine. Intoxication totale. Surtout si c’est toujours la même chanson d’élections il y a, d’élections il n’y a pas. De j’y vais, je n’y vais pas. Reculons. Avançons. Sautons. Ne sautons pas. Un député de la majorité a dit. Un autre de l’opposition a répliqué.
Quelque chose comme la CENI a fixé la date à septembre ou octobre. Les conditions politiques et techniques sont quasiment favorables à des opérations électorales honnêtes et transparentes. Quelle monotonie. Entendre la même chose depuis novembre 2011, afin de justifier des milliards indus que des conseils municipaux périmés et des assemblées d’un autre âge perçoivent.
C’est ça, la gabegie légalisée. Finalement, l’argent public est devenu comme les moutons de l’autre. Plus d’une dizaine de milliards en voyages présidentiels intempestifs et inutiles, sauf pour ceux qui en empochent les retombées, sonnantes et trébuchantes, frais de mission et autres perdiums ou perdias ou perdus.
Plusieurs autres dizaines de milliards en salaires et faveurs de tous ordres, à un groupe de parlementaires qui s’emploient, visiblement, à faire durer l’inconstitutionnalité d’une situation qui les sert. Et le peuple, dans tout ça ? Toujours le dindon d’une farce organisée sur fond de promesses de lendemains qui chantent. Qui devraient déjà chanter, d’après les chantres du coup d’Etat du 6 août 2008, au lendemain de la reculade démocratique qu’un groupe de généraux mécontents a assénée au pays.
Alors, pas de beletig cette semaine. Taisons-nous et laissons faire. Y a quand même autre chose de spécifique à la Mauritanie. Un pays où les gens ne vont pas à la retraite. Les anciens professeurs, inspecteurs et instituteurs sont tous redevenus nouveaux professeurs, inspecteurs et instituteurs. Du public au privé. Facile.
Les anciens chefs d’état-major, anciens officiers, anciens soldats sont tous redevenus patrons de sociétés de gardiennage, contrôleurs ou agents de sécurité de ces boîtes de Pandore qui servent à caser les anciens, afin de les occuper en quelque chose. La nature a horreur du vide… et du désœuvrement. Les anciens walis, hakems, chefs d’arrondissement, commissaires ou inspecteurs de police se sont recyclés en commissionnaires, vendeurs de terre, intermédiaires.
Ils sont trouvables, pour celui qui les cherche, à la direction générale de l’Agence du Développement Urbain (ADU). Quand les têtes se cassent sur quelque chose, ça y est. La terre, ils connaissent bien, les walis et hakems ; les litiges et autres petites combines populaires, ça, c’est la spécialité des patrons-flics. Même les anciens Présidents ne vont pas à la retraite. Imam, prêcheur, conseiller de président en exercice ou d’émir. Pour ceux qui vivent encore.
Les autres, qu’Allah ait leur âme ! En Mauritanie, la vie est un cycle…infernal. Un cercle vicieux où l’on tourne et retourne jusqu’à la mort. Il semble bien que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), que dirige un homme honnête, de l’avis de tous et, même, de la COD, grouille de retraités.
Un véritable asile de vieillards de tous les horizons : anciens administrateurs, anciens inspecteurs et agents d’état-civil, anciens diplomates, anciens gendarmes, anciens policiers, anciens militaires, anciens présidents de conseil national de partis politiques, anciens comptables d’ambassade, anciens danseurs chevronnés de jaguar, anciens hommes des renseignements, anciens spécialistes de la fraude électorale, anciens dissidents d’organisations de défense des droits humains, anciens transfuges de partis de l’opposition, anciennes amies, anciennes collaboratrices…
Il faut bien du tout pour faire une CENI. Cette CENI également remplie, lui reprochent certains, de gens venant quasiment de la même wilaya, voire de la même moughataa. Alors que, pour le recrutement de certains postes, il fallait, normalement, procéder par postulation, sur la base de dossiers et de concours aux conditions transparentes et honnêtes. Mais ne dit-on pas, en Mauritanie, que celui qui se charge de quelque chose doit le goûter ? Alors, goûtons et bon appétit !
Sneiba El Kory
