21-06-2016 07:18 - Ne les oublions pas : Habib Ould Mahfoudh , Un au revoir à mon frère

Ne les oublions pas : Habib Ould Mahfoudh , Un au revoir à mon frère

Adrar-Info - Au nom d’Allah, le Clément le miséricordieux. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs.Habib et moi partageons, à ne pas douter, bien de choses. Tous deux sommes issus de tribus alliés (Awlad Bousbaa et El Gore’e) ; paramètre important de notre société traditionnelle et, qui perdure encore dans le vécu quotidien de notre existence, de mille et une manières, nonobstant nos dénégations, serments et éditoriaux.

Tous deux avons conscience d’appartenir, malgré l’Iguidi et l’Adrar de nos mères, à cette nébuleuse, dite encore mouvance « Ehl Sahel »,tantôt marginalisée et même exclue, tantôt bien intégrée, tantôt admirée, tantôt snobée, jamais bien aimée et toujours crainte par les autres composantes des pays maures.

Enfin nous sommes, tous deux, fascinés par le livre, tout livre depuis Astérix, Tintin et autres BD, jusqu’aux « islamiyatt« de Mahmoud el Aghad, en passant par les écrits de Balzac, AL Jaheth, Tolstoï, Emmanuelle, Agatha Christie etc.

Sur un autre plan, Habib et moi provenons de galaxies à des millions d’années-lumière l’une de l’autre et, cela sans excessive exagération de ma part.

- Le « métissage » a fait de lui, en fin de parcours, un homme de l’Guidi et donc le produit d’une culture toute axée vers la prudence, la patience, la politesse, l’oisiveté et l’exercice intellectuel où prédomine la rhétorique, le langage allusif et le badinage.

- Le mien a fait de moi un produit de ce Baten de l’Adrar dont la culture se singularise par la rudesse, la violence non comprimée et la primauté du labeur sur le maniement des roseaux et des encriers.

- Il est né avec la nouvelle Mauritanie, l’année même de l’indépendance, alors que le 28 novembre 1960, adolescent préparant le Brevet Elémentaire, l’ancien mode « beydane » était déjà bien imprimé dans ma mémoire, « comme sculpture sur pierres ».

- Habib par ses combats et ses engagements était un homme de gauche, favorisant idéologies et thèmes mobilisateurs, alors que, toute ma vie durant, j’ai détesté les engagements, les idéologies et le militantisme, préférant le pragmatisme de l’attitude politique sans chaînes et sans étiquette.

Pourtant, et malgré tout ce qui nous sépare, nos chemins se sont d’abord croisés, quand je lisais et aimai ses écrits talentueux avant de savoir bien clairement qui était Habib Ould Sidi Ould Mahfoudh. Mais la rencontre qui a,peut être ; le plus porté à conséquence dans nos relations est celle qui nous a réunis, Habib, Ould Oumeïr et moi-même, bien par hasard, au domicile de mon ami Sid’Ahmed Ould Habott un jour de « Tiveski » de l’année 1993 de l’ère chrétienne.

Je me rappelle avoir conseillé péremptoirement aux deux compères (dans le sens positif du terme) d’éviter dans leurs écrits à « El Bayane« , le moins possible d’engagement personnel (trop apparent) et d’essayer d’être objectif, autant que faire se peut.

Ils ont écouté avec la politesse exquise de leur région , sachant que j’avais auprès de l’un et de l’autre des droits qui autorisaient mon attitude qui, soit dit en passant, était bien plus fraternelle que condescendante. Au cours de la discussion, à cœur ouvert, qui a suivie, je me suis engagé à animer une rubrique dans l’hebdomadaire « …qu’ils souhaitaient publier prochainement… » m’ont-ils dits.

Puis vint « Le Calame« Et j’ai dû tenir mon imprudente promesse en écrivant, avec régularité (ou presque) dix (10) mois durant, ma rubrique »le bloc-notes de Cheïkh-Dah » en m’appropriant (avec outrecuidance) le fameux titre apparaissant dans diverses périodiques, des décades durant avec le talent qu’on lui connaît et reconnaît, le grand écrivain français François Mauriac.

Jamais Habib, Oumeïr, Hindou et les autres, alors crypto -UFD, n’avaient regardé dans la marmite de Cheïkh Dah qui se balançait entre des écrits objectifs quelquefois, des cris de cœur passionnés et, parfois, des réactions partisanes de l’autre bord, l’opposé au leur !

Plus tard, plusieurs années durant, Habib m’a rendu visite, se comptant par ailleurs sur les doigts de la main, pour m’emprunter des ouvrages ou des documents d’archives qu’il « égarait » invariablement. Il venait quelquefois discuter avec moi « son psychiatre » (comme il disait) de sujets qui n’avaient rien à voir avec la politique ou les soucis courants de la vie, car il ne se souciait vraiment ni de l’une, ni de l’autre… Quelquefois, trois ou quatre,

Je me suis rendu au Calame, pour remettre un article, donner un conseil (que personne ne demandait) ou engueuler Habib ou Mohamed Vall, sans témoins, pour une polémique écrite, un article que je considérai comme » incartade aux bonnes manières », « aux traditions », « à la vie privée » de tel ou tel de ms amis ou, plus rarement, « à la déontologie du métier » etc. Je me rappelle encore cette réponse de Habib, livrée avec timidité, douceur et respect : « … Tu sais Doyen, quand j’écris j’explose littéralement. Mais sans calculs, sans désir délibéré de nuire… Mais je le fais toujours en accord avec ma conscience et cela me soulage énormément… »

Il était soulagé en effet et avait fait sortir une cigarette, qu’il a promptement remise dans sa poche. Tradition oblige ! M ais nos rencontres se faisaient, plus fréquemment virtuellement, par l’intermédiaire de sa « Mauritanides ».

Elle était pour moi, à chaque fois, l’occasion de découvrir, avec émerveillement, le talent de l’écrivain, du journaliste et du conteur. A propos de cette rubrique, les détracteurs de Habib lui déniaient souvent la qualité de « journaliste » comme s’il existait un métier immuable, distinctif qui s‘appelle « le journalisme ». J’ai, moi-même, étudié dans une école professionnelle de journalisme à Paris.

Et sincèrement je n’y est rien appris de ce qui fait le journalisme, hormis les techniques du secrétariat de rédaction, les calculs d’encombrement, les méthodes et ficelles pour rédiger un synopsis, les techniques particulières du reportage radiophonique et/ ou télévisuel, les décors de mise en scène ou, encore, la différence entre le close-up, l’édito.

Et les divers genres de reportages… Que de la théorie inutile ! Bref, les écoles de journalisme forment de simples auxiliaires du métier, des supplétifs des aides, des apprentis- journalistes. En réalité le journalisme est la rencontre (et le mélange) de dons et de passion ; de qualités innées donc avec des circonstances.

Et le professeur Habib Ould Mahfoudh a,assurément, et en abondance, tant les dons que la passion du métier. Il avait une plume (et quelle plume !) dont il usait et abusait comme la grande cantatrice Feyrouz de sa voix.

L’ une et l’autre utilisant magiquement, les cordes vocales et la plume comme un mouchoir de soie que l’ont tend, tord et plie à volonté ! Habib avait, aussi, l’intelligence de trier, et rapidement, l’essentiel de sa boulimie maladive de lecture et le pouvoir de l’emmagasiner pour illustrer avec, comme malgré lui mais à bon escient et en virtuose, ses merveilleux écrits.

Et il avait, par-dessus tout, ce don inégalable de la transmission fidèle du message de son cœur et de la logique simple, presque banale qui produisent les grands communicateurs, en particulier les journalistes émérites.

Par ce biais Habib est entré ainsi en journalisme, comme dans un sacerdoce, un peu comme on rentre en religion. Et de celle du journalisme, il en était un des Soufi, un des soucis, un des papes. Et somme toute c’est en « journalisant » que l’on devient journaliste. J’utilise ce barbarisme commode de »journalisant » en demandant l’indulgence de l’auditoire. Mais mon excuse est que notre frère Habib l’aurait, en tous cas, aimé et emprunté même peut être.

Il n’aurait pas hésité, c’est ma conviction, de l’inventer s’il devait remplir avec quelque espace encore vierge d’une phrase des Mauritanides. Habib était mieux encore et plus encore qu’un journaliste, c’est-à-dire un « historien de l’instant ». Il était un écrivain, un vrai, celui qui dure et qui vous attache.

Il était le narrateur qui ne lasse pas, même quand il se plaisait à répéter des litanies de son monde Hassane, en le maquillant,à chaque fois, de techniques modernes et de « langage branché » grâce à l’emploi de la langue d’un peuple allogène (j’allais dire « barbare ») : le français ; et en traitant de thèmes et personnages si actuels, directement issus de son ( notre) environnement présent.

C’est cette schizophrénie, ce dédoublement de la personnalité qui ajoutent au charme de Habib. Il était « l’autre » pour la précision du vocabulaire, la maîtrise de la syntaxe et ces citations ci opportunes, puisées dans les trésors de la littérature française, asservissement des humanités dont serait jaloux le « rat de bibliothèque » le plus studieux, le plus myope d’une classe de super doués d’hypokhâgne.

Et simultanément il était le traditionnel, le maure écrivant le français avec les tournures de son arabe maternel. Ses textes, ainsi, se lisaient en trois dimensions : l’apparente, la sous entendue générale, et, bien entendu, le langage codé de son Iguidi. Alors les clins d’œil suggestifs et les mots de Hassanya « noir » donnent à ses écrits cette inimitable saveur de l’originalité, cette indéniable impression de rareté, de perfection…Je n’insisterai pas plus. Je respecterai la pudeur, la timidité atavique de Habib que toute l’impertinence de toutes les « Mauritanides » n’arriveront jamais à dissimuler. Et je demande à Allah, le tout puissant, de l’accueillir en son paradis.

Je formule, en conclusion, le vœu que nous nous associons, tous, pour créer un véritable « Observatoire de la Démocratie et des libertés Publiques » avec pour objectif la défense de la démocratie et des libertés fondamentales, en mémoire de tous les journalistes disparus. Permettez moi de citer dans l’ordre alphabétique latin ceux dont j’aie souvenance : Abderahmane O. Brahim Khlil ; Abd el Wahab O. Cheïguer ; Ahmed O. Abdellah ; Ahmedou O. H’meyen ; Babe Cheyakh Khaï ; Coulibaly Souleymane ; El Hadj N’Gaïdé ; Mohameden O. Hamidoun ; Mohamed Lemine O. Agatt ; Mohamed Lemine O. Dendou ; Mohamed Vall O. Hachem ; Sidi O. Cheïkh etc. Nous aurons ainsi, et concrètement, mis en exergue une vérité : « Il n’y a pas de culture démocratique sans liberté d’expression, dont l’élément palpable est un journalisme ecrit, radiodiffusé et télévisé libre, mais responsable. » Nous aurions donné à Habib et à nos collègues qui nous observent en leur ultime demeure une grande satisfaction posthume, qui soit, en même temps, pour ce peuple , un pas de géant franchi vers l’ établissement de l’état de droit, le vrai !

Nouakchott, le 14 Ramadan 1422 et le Ier décembre 2001.

L’ambassadeur et Journaliste Mohamed Said Ould Hamody

Publié par Jiddou Hamoud derdeche sur Sep 06 2012, 21:39pm

Source : http://mauritaniepourtous.overblog.com

Lire aussi : http://kassataya.com/societe/18753-hommage-a-habib-ould-mahfoudh
http://cridem.org/C_Info.php?article=53513



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Commentaires : 1
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Commentaires (1)

  • hathlele (H) 21/06/2016 11:03 X

    Ah , oui, çà du M.S.O.H! Son excellence avait l'habitude de faire "quand je lisais et aimai "... Allah Yarehmou! Sidi Ould Bobba D.G Marathon du Tiris - Zemmour et Collège Bir- Moghrein.