13-09-2017 11:11 - L'Editorial du Calame : « L’Etat, c’est moi ! »

L'Editorial du Calame : « L’Etat, c’est moi ! »

Le Calame - Non content de traîner des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes devant les tribunaux, pour des motifs fallacieux, le pouvoir, qui ne recule devant rien pour faire payer à ces « insolents » leur rejet de « ses » amendements constitutionnels et leur liberté de ton, vient de poser un nouveau pas, dans sa politique répressive tous azimuts.

Un sénateur est envoyé en prison, treize autres sont placés sous contrôle judiciaire, ainsi que trois journalistes, la directrice d’un site Web et deux syndicalistes. Tout ce beau monde doit remettre ses titres de voyage, se présenter, tous les lundis matin, à la police économique, pour faire acte de présence, et ne quitter Nouakchott sous aucun prétexte. L’arbitraire à l’état « pur ».

Les sénateurs, qui appartiennent tous, bizarrement, à la majorité présidentielle et dont le chef de file n’a pas été inquiété, font les frais de l’ire présidentielle pour être sortis des rangs en refusant de se faire harakiri. Les syndicalistes et les journalistes, eux, ne sont jamais entrés dans les grâces du leader éclairé.

Quel lien peut-il y avoir, entre ces deux affaires ? Les sénateurs rejettent les amendements constitutionnels et le pouvoir leur cherche noise : soit, avec toutes les pincettes qu’un tel comportement anti-démocratique oblige.

Mais que font les journalistes et les syndicalistes dans cette galère ? Veut-on leur faire payer d’avoir bénéficié des faveurs d’un mécène nommé Mohamed Ould Bouamatou ? Si l’on s’en tient à ce raisonnement, beaucoup, et pas n’importe qui, devraient être également traînés devant la justice : la presse, les ONG, les syndicats, les politiques, tant du pouvoir que de l’opposition, les hommes d’affaires, les commerçants, les fonctionnaires… la liste n’est pas exhaustive.

Tous seront, en suivant, accusés de « corruption » et l’Etat se retrouvera rapidement décapité, si la justice suivait son cours « normal ». Mais ce serait trop lui demander d’être moins sélective.

Le dossier a été préparé ailleurs, dans ses moindres détails, et il ne restait plus, à la pauvrette, qu’à le mettre en œuvre. Sinon, comment expliquer qu’on trimballât des citoyens innocents, près de vingt- quatre heures durant, à la veille, qui plus est, d’une fête religieuse majeure, entre le Parquet et un pool de juges, nuit et jour, alors qu’il n’y avait pas urgence ? Ne pouvait-on pas attendre que la fête passe ? Quel délit avaient donc commis ces gens, pour que la justice fasse preuve d’autant de célérité dans le traitement de cette affaire ?

Les avocats ne s’y sont pas trompés, en la qualifiant de « purement politique ». L’un d’eux, maître Ebetty, qui a plaidé, plus de trente-six ans, en toute sortes de litiges, dira, à juste titre, qu’il n’a jamais vu un dossier aussi vide.

Il a raison, le maître : montage grossier, argumentaire tiré par les cheveux, tout ne tient qu’à son objectif, obsessionnel : mouiller un homme dont le seul tort est de s’opposer à un régime et d’utiliser les moyens dont il dispose pour le combattre.

Après avoir été un de ses plus fervents soutiens. Les milliards qu’il distribuait, à tour de bras, pour la réussite du candidat Aziz en 2009, c’était quoi ? Une aumône ? Quoi d’étonnant, aujourd’hui, que sa sympathie et ses dons aillent, depuis, plutôt à ceux qui critiquent le pouvoir qu’à ceux qui le soutiennent, aveuglément ?

Alors qu’Ould Abdel Aziz s’applique, obstinément, à raréfier les sources financières de toute critique de son pouvoir, il sous-entend, par cette nouvelle affaire, que toute expression contraire à ses «propres » décisions serait systématiquement associée, sinon associable, à un financement occulte visant à déstabiliser l’Etat mauritanien.

« Inconcevable », semble-t-il pérorer, « qu’un bon citoyen puisse ne pas s’incliner devant mes prestigieuses réalisations ». Et paraphrasant en conséquence le fameux Roi-Soleil : « l’Etat, c’est moi ! », Sa Boursouflure en hurle à la haute trahison. Rumination symptomatique du putschiste invétéré ou… préparation d’un nouveau coup à échéance 2019 ?

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (12)

  • Mackmanaman (H) 14/09/2017 09:45 X

    Mais, au fait, que devient l'"ex" président du Sénat ? Quelle est sa position dans tout ça ?

  • sammbasy (H) 13/09/2017 18:49 X

    De l'arbitraire à l'état brut et grossier. C'est inqualifiable ce qui est en train de se passer en Mauritanie !

  • abouth (H) 13/09/2017 16:27 X

    ...comprendre...

  • BUZZRIM1 (H) 13/09/2017 15:42 X

    Pourquoi ne laisse-t-on pas la justice faire son travail ...si ce dossier est aussi vide qu'ils le prétendent vous serez fixés...apparemment il y a des choses à cacher et cet article en est la preuve... on dirait plus une manipulation de l'opinion publique...

  • dromaderius (H) 13/09/2017 15:29 X

    Abouth jakuza et consorts savez vous seulement ce qu'est la corruption? Avec quoi croyez vous que fonctionnent Al Wataniya, Sahel et Dava? est ce pour autant de la corruption? Bouamatou quand il donne à Yahya Ould Hademine, Brahim Ould Daddah et même à aziz qui sont eux des fonctionnaires c'est la charité alors que s'il donne à une ong ou un media c'est de la corruption c'est quelle logique ça?

  • abouth (H) 13/09/2017 14:34 X

    Il persiste et signe, le Directeur du Calame! Son seul sujet de prédilection , c'est le dénigrement du président de la république; normal!, me diriez-vous, il est payé pour!! Les éditoriaux -communiqués-politiques et leur virulence qui va crescendo, prouvent qu'il a un problème avec sa conscience, sans parler de celui pendant devant la justice, à propos de la corruption avérée. Le lecteur que je suis est un rien intéressé par la réponse du journaliste aux graves accusations de corruption, que lui adresse la justice. Les subterfuges éditoriaux acerbes ne font que confirmer l'existence d'un deal politique entre le directeur du Calame et ses "bienfaiteurs" intéressés... Pour les éditoriaux-communiqués-politiques, on en a l'habitude et on commence, mine de rien, à en comptendre la constance dans l'excès, la diffamation et la fixation psychologique!...

  • jakuza (H) 13/09/2017 14:13 X

    "Sa Boursouflure en hurle à la haute trahison. Rumination symptomatique du putschiste invétéré..." Cette injure n'honore pas l'auteur! Quand on a pas d'argument on insulte....

  • Adiekodda (H) 13/09/2017 13:22 X

    Écoutez Ould Bouamatou donne son argent à qui il veut Aziz en premier . Je trouve trop enfantin cette idée de corruption sur laquelle se base la justice pour asseoir ses accusations. Autrement qui n'est pas corrompu dans ce pays ? Si on veut parler de la vraie corruption . Il y a plusieurs sons de cloches . Ahmed Ould cheikh est un journaliste juste et courageux il est nécessaire de le rappeler .

  • La girafe (H) 13/09/2017 12:43 X

    Mon cher Ahmed Cheikh, une personne noble n’est pas attacher ou retenue par des cordes, mais par sa parole, je veux dire que la noblesse n’est pas un objet mais une parole d’homme qui ne change pas quelque soit la situation. On dit aussi mon cher frère Ahmed qu’un homme noble est reconnu par ses amis d’hier, avant-hier, le mois passé, l’année passée, nous mauritanien et au plus haut niveau nos amis date de quand, l’année 2008/2009 on avait besoin d’eux, ils sont mes amis et rien ne se faisait sans leurs avis, qu’ils soient députés, sénateurs, hommes d’affaire (Bouamatou), journalistes, syndicalistes et autres, mais aujourd’hui l’homme veut les exterminés pour continuer, parce qu’ils deviennent une entrave et un barrage sur sa route pour s’éterniser au pouvoir, voilà ce qui signifie pour moi, > et que mes désirs sont des ordres. Mais mon cher Ahmed, on dit aussi, qu’un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Même coucher notre tête sur notre cou, on voit plus que celui qui est debout.

  • ELVALLI (H) 13/09/2017 12:15 X

    Voici un autre coup d’état dans la foulée de celui contre la constitution et le sénat. Cette fois, il est contre notre justice qui est entrain de rendre son âme. Aziz a cassé l’équilibre des pouvoirs en intervenant à bout de champ pour supprimer la haute chambre législative et veut maintenir encore plus la justice aux ordres afin d’accélérer comme jamais la concentration dans ses mains de tous les pouvoirs de l’Etat. Notre ministre de la justice (qui a été piloté pour demander un 3èm mandat, pourtant interdit par la loi fondamentale) veuille personnellement à ce que rien ne vient perturber la fluidité des ordres directs d’Aziz aux parquets, dits de la République, et qui ne sont plus que la propriété exclusive du puissant du moment dont il se sert pour infliger une punition collective aux hommes d’affaires, aux sénateurs frondeurs, à l’opposition refusant le faux dialogue et le referendum anticonstitutionnel, aux syndicalistes et aux journalistes indépendants qui le dérangent. Si effet de serres il y’a… c’est bien des serres de l’aigle Aziz qui se sont abattues sur nos institutions démocratiques depuis que ce général déchu a, comme sport favori, les coups d’état. Rendez-vous en 2019 !

  • lhraki (H) 13/09/2017 11:54 X

    Il est connu que ould cheikh est un journaliste propre et intègre.les autres ,je ne les connais pas bien .je sais qu'il y a parmi les Cridemiens des journalistes pas trop clairs

  • lhraki (H) 13/09/2017 11:35 X

    Si c'est critiquer pour critiquer que Bouamatou vous finance(puisque vs le confessez enfin) vs ne trouvez pas que c'est un peu malsain.