21-12-2017 22:15 - La FC G5S “entre l’écorce et le bois”- Par Colonel ( R ) Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou

La FC G5S “entre l’écorce et le bois”- Par Colonel ( R ) Mohamed Lemine Ould Taleb Jeddou

Mauriweb - Les pays du G5 Sahel viennent de démarrer leurs opérations militaires avec des résultats plutôt mitigés qui ne présagent certainement pas de perspectives réjouissantes.

En effet, après l’euphorie du début, les ardeurs se sont considérablement refroidies avec une multitude d’obstacles qui pointent à l’horizon. Malgré l’appui soutenu de la France, les pays du G5 Sahel, en rangs dispersés, peinent à prendre leurs marques.

Les divergences internes, l’apparition sur scène de nouveaux acteurs, une reconnaissance qui ne vient pas, un financement au compte-gouttes, et des partenaires encombrants, autant de variables imprévisibles qui rendent aléatoire tout pronostic objectif sur l’avenir de cette force et qui en rajoutent à une situation déjà suffisamment confuse d’un sahel bouillonnant, où la FC G5S commence à avoir l’inconfortable sentiment de se trouver “entre l’écorce et le bois”.

L’appartenance des pays du G5 Sahel à des regroupements économiques et sécuritaires différents (différentes régions des Forces Africaines en Attente, Cemoc, Ecowas, Censad, Cilss, processus de Nouakchott, UMA, Cedeao, etc.…) contribue significativement à la dispersion des efforts du groupe et constitue une source d’affaiblissement.

En plus des retombées négatives de cette multi-appartenance, les pays du G5 sahel sont l’objet d’hostilités à peine voilées de la part de certains acteurs régionaux qui voient leurs propres projets relégués au second plan du fait d’une reconnaissance éventuelle du G5 sahel par la communauté internationale, hostilités d’emblée exacerbées par l’intérêt que la France et l’Union Européenne témoignent au groupe.

Sur le plan stratégique, les divergences sur le modèle à adopter, l’engagement de bataillons projetables ou l’adoption de mécanismes sécuritaires transfrontaliers, ont très tôt fait de diviser les membres de la FC G5S et continuent de miner la cohésion du groupe, tandis que sur le plan tactique, les pays du G5 sahel ne semblent pas, non plus, unanimes sur les axes d’efforts des opérations.

L’orientation de “l’axe d’effort” des opérations de la force “sur la zone centre (Mali, Burkina et Niger)“, annoncée par le président français ne sera certainement pas pour enthousiasmer outre mesure les deux pays périphériques du groupe, la Mauritanie et le Tchad.

Ces divergences stratégiques et tactiques entre les membres du G5S ont créé un fossé qui s’élargit chaque jour davantage avec l’enlisement continu de la montée en puissance accentué par l’apparition sur scène de nouveaux acteurs de la guerre contre le terrorisme au sahel.

S’enlisant chaque jour davantage dans son bourbier sahélien, la France est en train de mettre les bouchées doubles pour passer le témoin aux pays du G5S. Cependant, cette passation du témoin ne se fera pas sans avoir au préalable aplani la question du format final de la force, remise en cause par l’apparition sur scène de nouveau acteurs de la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Dans sa rencontre éclair avec le Général Gaid Salah, le Chef d’etat-major de l’armée algérienne et vice-ministre de la défense, le président français Emmanuel Macron s’est investi pour emmener l’Algérie à intégrer la FC G5S.

En réponse, les algériens ont clairement fait savoir par la voix de leur premier ministre Ahmed Ouyahia qu’ils ne feront pas partie de la FC G5S et que toute contribution de l’Algérie dans le cadre de la promotion de la sécurité au sahel ne se fera que dans un cadre purement bilatéral.

Ce refus algérien d’intégrer la FC G5S est à la fois une manifestation de leur mécontentement aux pays du G5S qui ne les ont pas consultés dans le cadre de la création de la Force et un message à la France pour tenir compte de l’approche algérienne en ce qui concerne la stratégie de sécurisation du Sahel.

L’antagonisme des visions de la France et de l’Algérie en ce qui la sécurité au sahel constitue un obstacle majeur pour l’action future de la FC G5S. Si la France est pour un engagement militaire immédiat, l’Algérie quant à elle prône un peu plus de retenue et la recherche d’une solution passant d’abord par la résolution de la Question Touareg.

Les algériens estiment que le recours à l’emploi de la force doit être la dernière étape. Il n’échappe, cependant, à personne des différents acteurs de la région qu’aucune lutte contre le terrorisme au sahel avec des perspectives de réussite ne peut s’effectuer sans la participation de l’Algérie qui est la puissance militaire régionale dominante.

Or l’Algérie pose la résolution de la Question Touareg exacerbée par l’effondrement du régime de Kaddafi et qui a toujours été une préoccupation constante pour les algériens, comme préalable à tout engagement militaire.

La réticence des algériens vis-à-vis de toute intervention militaire avant la solution de la Question Touareg s’explique essentiellement par leur souci de prévenir la naissance d’un sentiment sécessionniste touareg qui ébranlera, à n’en pas douter, tout le soubassement de la politique algérienne relative à l’intégration des touaregs et qui menacera non seulement l’intégrité de l’Algérie mais risquera de déstabiliser l’équilibre déjà précaire de toute la région.

Les efforts de la médiation algérienne entre le mouvement touareg et le gouvernement malien risquent donc de se voir torpiller par le démarrage des opérations militaires.

D’un autre côté, l’organisation de “la quatrième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique’ a été l’occasion pour le Sénégal de mener une grande offensive en vue de mettre sur la table la question de l’intégration du Sénégal au groupe G5S. Le Président sénégalais Macky Sall a estimé que “La réponse militaire doit être solidaire et globale”.

Certains spécialistes de la sécurité du sahel, relayés par la presse sénégalaise à grands renforts estiment que l’absence du Sénégal du G5S est non seulement inconcevable mais une aberration, et que par contre sa présence au sein du groupe donnera à la FC G5S plus d’envergure et plus d’efficacité.


( A suivre…)

mtalebjeddou@yahoo.com



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Commentaires (2)

  • aabacha50 (H) 22/12/2017 16:24 X

    Une analyse pertinente, dans un style serein, faite par un expert des questions militaires. Je me demande pourquoi jamais un officier mauritanien ne se manifeste sur la scène de la géostratégie. Bon courage mon colonel, vous nous introduisez dans un domaine où nous sommes absents.

  • jakuza (H) 21/12/2017 23:32 X

    Fier de voir à chaque fois sur ce site que nos élites militaires maitrisent autant la plume que les armes qui sont le cœur de leur métier! Vivement la suite...