08-01-2018 20:00 - Adrar : Un village atypique, propice à tout développement communautaire

Adrar : Un village atypique, propice à tout développement communautaire

Adrar-Info - De part sa composition sociale, l’architecture de ses infrastructures, l’esprit égalitaire et de discipline de ses habitants, le village de Maaden El Ervane dépendant de la Moughataa d’Aoujeft, dans la Wilaya de l’Adrar, diffère de toutes les autres localités du pays.

Maaden El Ervane est fondé à la fin des années 60 du siècle dernier, par l’érudit Soufi , Cheikh Mohamed Lemine Ould Sidina. Né d’un père qui exerçait le métier de goumier (soldat auxiliaire recruté par l’armée Française pendant la colonisation), Ould Sidina a terminé ses études comportant toutes les disciplines enseignées dans les Mahadras (écoles religieuses) .

Il est allé par la suite, à la recherche du grand savoir au Brakna et Trarza, d’où il est revenu adepte de la confrérie Tijaniya qui prône les vertus de tolérance, fraternité et entraide, consécration à l’ascension spirituelle.

Ces deux facteurs contribuèrent à forger en Ould Sidina une mentalité d’ouverture sur le monde contemporain, d’amour de liberté et de considération pour l’être humain qui qu’il soit.

Aussi, dés son retour d’études dans son fief natal, Aoujeft, il se mit à séparer juridiquement le « bon grain de l’ivraie » en matière d’amalgame entre interprétation des textes religieux et traditions sociétales archaïques.

Il commença par s’attaquer à l’esclavage, en publiant une Fatwa (avis juridique), mettant en cause la sorcellerie et interdisant d’en incriminer ou médire exclusivement les servantes jugées « suceuses de sang ». Pour l’anecdote, jusqu’il n’y’a pas longtemps, la ville d’Aoujeft est restée pudiquement réputée : lieu des sellelatt (sorcières).

Il y eut donc la «révolution» des servantes, non pas, dans un premier temps , contre leur statut envers leurs maitres mais en se prenant mentalement en charge, par leur choix de la tariqa (voie) Tijaniya , organisant chaque après midi des marches de « dhikr » de bout en bout de la principale rue de la ville, suivies de veillées nocturnes louant Ould Sidina.

Chose qui n’était pas du gout des savants et lettrés d’antan qui virent en ce nouveau Moufti, un dérangeur de l’ordre établi.

Après d’autres prises de positions, avis et Fatwa de Ould Sidina menaçant le mythe de la stratification sociale et tribale existantes, dont entre autre, certaines déclarations se rapportant à l’égalité des hommes , tous nés libres et égaux par le Vouloir d’Allah Tout Puissant, un différend est né entre ses cousins savants et lettrés d’Aoujeft et lui, le conduisant à s’exiler, suivi de ses nombreux adeptes issus de toutes les couches ,catégories et tribus , dont le nombre ne cessait d’augmenter.

Il choisit de s’installer dans un Oued difficilement accessible et austère, engorgé entre deux montagnes : une de roches et l’autre de dunes.

Pour s’y installer et y fixer des résidents, il fit construire par ses compagnons un barrage de retenue des eaux de pluie. Il distribua des terrains de culture et construction de logement d’habitat à chaque famille.

Il prit en charge, tous les frais de mariage et autres manifestations populaires qui se déroulent dans son village.

Et c’est comme par miracle que fut fondé, l’aujourd’hui panoramique village de Maaden El Ervane, situé à seulement douze kilomètres au sud de la récente route goudronnée Aoujeft à Timinit.

Un village où aucun litige foncier n’a jamais été constaté, ni un conflit entre agriculteurs éleveurs, malgré que l’agriculture est la principale ressource de subsistance dont les habitants maitrisent parfaitement les voies et moyens de la faire fructifier au maximum, alimentant par l’excédent de sa production, les marchés d’Atar, Akjoujt et Nouakchott.

Un village où toute sorte de discrimination est bannie, soit elle raciale, tribale ou générationnelle, ouvrant la porte large aux mariages mixtes entre hommes et femmes, de teints rouges, blancs, noirs ou bleus ou descendants d’anciens nobles ou serviteurs, étrangers musulmans, soient ils ou locaux.

Un village où par Fatwa du cheikh, les hommes ne se gênent pas de saluer main à main les femmes, si même ils ne sont pas leurs frères de lait permettant le travail en commun dans les champs et la tenue de réunions mixtes de concertation sur les sujets d’intérêt communautaire.

Un village où la discipline collective est rigoureuse mais comportementale, la solidarité familiale est naturelle et où la situation économique des foyers est relativement identique, ne présentant pas d’écart entre riches ni pauvres.

Un village où l’élite intelligente et les « expatriés » reviennent toujours , quoi qu’advienne , au terroir.

Un village où l’architecture identique des bâtiments ,tous peints en blanc, construits sur les plaques rocheuses et surplombant un tapis vert de palmeraies que protègent merveilleusement un lit neige blanc de dunes chantantes. Le tout dessinant un tableau pittoresque d’une perle scintillante dans un désert clément.

Ce sont ces atouts qui rendent le village de Maaden El Ervane, un site propice aux expériences et initiatives à but communautaire.

Ceci a été prouvé par la réussite de l’initiative « Cervaux des Oasis » du maire de Maaden, Cheikhany Ould Sidina et le choix du projet en cours : « maaden village agro-écologique » de l’humaniste Pierre Rabhi.

Deux sujets que nous aborderons, Incha Allah, dans nos prochaines éditions.

Ely Salem Khayar



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Commentaires (1)

  • mdmdlemine (H) 08/01/2018 21:54 X

    un portrait incontestablement beau et vrai. Feux Sidina (Erudit), Mohamed Lemine (Instituteur), Sow (médecin), Mahfoudh Ould Bekaye (Ingénieur), et bien d'autres forment la dorsale intellectuelle et contemporaine qui a permis à Aoujeft de produire les plus grands cadres et de favoriser la discrimination positive et le développement. Maeden El Ervane c'est comme le dit le portait, le cerveau des oasis qui propose des modules pédagogiques extraordinaires pour les éleves de cette palmeraie dont les enfants réalisent d'excellentes notes dans les examens nationaux et dont le maire a récemment demandé au Chef de l'Etat de déroger en faveur d'élèves de 13 ans seulement, pour faire le bac Grand merci Khayar, Cheikhany et Rabhi et bonne réussite dans la préservation et la valorisation de ce joyau touristique et écologique