16-08-2018 14:51 - Le Mali, état factice créé par la colonisation

Le Mali, état factice créé par la colonisation

La Croix - Près de 8 millions de Maliens ont voté, dimanche 12 août, lors du second tour de l’élection présidentielle au Mali. Le président sortant du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, a été réélu pour un nouveau mandat de cinq ans face à l’opposant Soumaïla Cissé.

L’économiste Witold Markiewicz retrace ici l’origine du Mali et de la colonisation de l’Afrique. C’est en 1885, au congrès de Berlin, que les pays européens vont se partager l’Afrique. La France, de la Troisième République, se taille la part du lion : Afrique Occidentale française.

Constituée en plusieurs étapes, à partir de la vallée de la rivière Sénégal, elle réunit à terme l’actuelle Mauritanie, le Sénégal, le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la haute-Volta, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin.

L’occupation progressive de ces territoires va se faire par des protectorats ou les conquêtes de l’armée française. Au début du XXe siècle, la quasi-totalité de l’Afrique Occidentale est colonisée. Seuls les Touaregs se sont battus contre la colonisation jusqu’en 1918, et étaient le dernier peuple soumis par la France.

Le découpage de l’Afrique et ses conséquences

En redessinant à la règle un continent, la France a mis en place un mécanisme insensé : ce sont des frontières du hasard, héritées de la colonisation, qui devraient créer des « États », artificiels et fragiles, qui n’ont pas réussi à se doter d’institutions crédibles.

Au fil des décennies, dans la plupart de ces États, d’une élection trafiquée à l’autre, d’un coup d’État à l’autre, d’une intervention militaire française à l’autre, les choses restent toujours volatiles. C’est le cas du Mali, enclavé, créé sans aucune logique géographique, historique ou ethnique.

Le Sahel sous l’emprise des djihadistes

En 2011 en Côte d’Ivoire, en 2013 au Mali et aujourd’hui dans l’ensemble du Sahel, la France tente, avec l’intervention de ses troupes, d’aider les pays du secteur qui luttent contre Boko Haram, Al-Qaïda et d’autres terroristes.

Mais il faut rappeler qu’à partir de 2011, dépassant l’esprit de la résolution de l’ONU, la France de Sarkozy et l’Otan ont détruit l’État libyen, en laissant reprendre ses immenses arsenaux par les groupes terroristes qui ont ensuite investi les pays du Sahel.

D’autres événements s’en suivent : en 2012 les Touaregs du MNLA, indépendantistes, puis les djihadistes, s’emparent du Nord du Mali. En 2013, l’intervention française « Serval » a permis à l’État malien de le reprendre. Mais sa présence dans l’immensité désertique du Nord, et désormais au Centre (Mopti), reste fantomatique. L’effondrement de l’État malien est évident dans plus de la moitié de son territoire.

Comme il est loin le temps lorsque les touristes, avec les guides touareg, visitaient le patrimoine mondial de l’Unesco à Tombouctou.

La mise en œuvre des accords de paix d’Alger de 2015-16, signés entre le Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), s’avère difficile à appliquer. Les groupes armés radicaux, battus et exclus des négociations, se sont progressivement reconstitués et en plus ont été rejoints par les jeunes désœuvrés. Plus de 700 écoles sont fermées en raison de l’insécurité, car étant « françaises » selon les terroristes.

Face au morcellement ethnique (touareg, Maures, Peuls, Dogons etc.) les réponses des autorités militaires maliennes ne sont que sécuritaires. Elles sont même totalement absentes dans certaines régions, en s’appuyant seulement sur la milice d’une seule ethnie au détriment des autres et sans dialoguer avec tout le monde.

En plus, la guerre au Mali devient aussi une révolte sociale. Actuellement, dans la guerre sans front au Sahel, sur cinq millions de kilomètres carrés, l’endiguement des djihadistes est assuré surtout par les militaires français – 4 500 dans l’opération « Barkhane ». Ils ne sont aidés que par la fragile coalition G5 des armées africaines (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), et les drones armés américains.

Y a-t-il une « solution militaire » au Sahel ?

On pourrait s’interroger comment le Portugal et la Grande Bretagne ont réussi, à décoloniser leurs possessions sans jamais y revenir militairement ? Certains intellectuels africains recommandent l’instauration d’un moratoire dans les combats contre les djihadistes, et permettre ainsi aux États du secteur d’ouvrir le dialogue avec les groupes armés, pour qu’elles deviennent, à terme, des partis politiques reconnus.

Ils proposent même de réduire la présence militaire française, comme une mesure de confiance pour certaines populations, pour permettre plus aisément un règlement politique en s’émancipant de la France.

L’Algérie, ex-colonisée, pourrait devenir le pays clé afin de reprendre les négociations avec objectif de la « refondation du Mali » sur la base plus réaliste, d’une fédération Nord-Sud, Bamako – Azawad. L’Algérie pourrait aussi l’appliquer avec la contribution ponctuelle de son armée, qui parle l’arabe, le français et le tamasheq… important pour pouvoir négocier avec l’ensemble de la population du Nord malien.

Le scrutin présidentiel, avec des conflits intercommunautaires actuels, n’apportera pas des changements positifs au Mali. Il écartera, comme d’habitude, les candidats porteurs de projets alternatifs.

Une population en hausse

En 2018, le Conseil Européen a attribué 500 millions d’euros pour aider la Libye et le Sahel. Ce qui est trop modeste ! Selon Antonio Tajani, président du Parlement Européen, il faudrait aller jusqu’à 40 milliards, d’abord… Et puis, lancer un véritable Plan Marshall pour l’Afrique, coordonné avec les Africains. Ce ne serait pas un cadeau !

Attention : les six pays sahéliens, d’où partent actuellement la plupart d’émigrants illégaux, 90 millions d’habitants en 2018, seront 240 millions en 2050. Donc demain ! Avec la pauvreté, sécheresse, terrorisme et chômage massif des jeunes, ils seront combien pour tenter de joindre l’Union européenne ?

Il y a urgence ! Et le chemin est long…

Witold Markiewicz , le 16/08/2018



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