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Un tribunal de Nouakchott condamne des salafistes de premier plan
Un salafiste mauritanien qui avait bénéficié d'une grâce présidentielle est à nouveau en prison pour avoir refusé de renoncer à son idéologie djihadiste. Un tribunal mauritanien a condamné, mardi 3 janvier, huit salafistes à des peines de prison pour plusieurs charges liées au terrorisme, notamment le recrutement.
Parmi ces condamnés se trouve l'éminent idéologue salafiste Mohamed Salem Ould Mohamed Lemine, alias Almajlissi, qui avait autrefois bénéficié d'une grâce présidentielle.
Ces hommes faisaient partie d'un groupe de dix-sept suspects arrêtés en novembre dernier lors d'une opération sécuritaire qui avait précédé les célébrations de la Journée de l'armée mauritanienne. Le tribunal de Nouakchott a ordonné que deux autres suspects soient placés sous contrôle judiciaire, et les sept autres ont été relâchés.
Almajlissi est "l'un des principaux idéologues du salafisme djihadiste en Mauritanie", selon l'analyste Sidi Mohamed Ould Lakhlifa. "Il avait bénéficié d'une grâce présidentielle en 2010, en compagnie d'un groupe de quarante-trois autres accusés qui avaient été relâchés après avoir participé au dialogue avec un groupe de faqihs, dialogue organisé en coordination avec les autorités mauritaniennes."
"Après leur libération, ils avaient même bénéficié de dons sous forme de cadeaux et de prêts, pour les aider à se réinsérer dans la société. Mais Almajlissi n'avait pas accepté cette aide, qu'il considérait comme une récompense pour avoir renoncé à des idées qu'il avait embrassées, ce qu'il refusait", ajoute cet analyste.
Abdullah Ould Mohamed Sidia, l'un des porte-parole d'un groupe de salafistes ayant bénéficié de cette grâce présidentielle, indique qu'Almajlissi avait refusé de participer au dialogue en compagnie d'autres prisonniers, souhaitant avoir des discussions avec les seuls érudits.
"Almajlissi et un autre groupe détenu dans cette prison avaient des idées différentes des nôtres, parce qu'ils avaient des idées extrémistes concernant le takfir des autres. Ses différences avec nous l'ont poussé à refuser de participer au dialogue en notre compagnie", ajoute-t-il.
Par ailleurs, les femmes proches de ces salafistes emprisonnés ont organisé une manifestation à Nouakchott, le mercredi 4 janvier dans la soirée. Elles ont brandi des banderoles demandant la libération de leurs proches ou l'assurance d'un procès équitable.
Outre Almajlissi, un autre accusé important était Sidi Ould Habbot, alias Abou Obeida. Il a été l'un des premiers Mauritaniens à rejoindre le Groupe salafiste pour le prêche et le combat (GSPC) en 2004 avant que ce mouvement ne se rebaptise al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), selon Aslam Ould Mustafa, directeur du site web Tahalil et spécialiste du terrorisme.
"Si le démantèlement de cette cellule ne fait pas partie des habituelles mesures de sécurité, il vient néanmoins confirmer que la menace terroriste ne se limite plus au seul nord du Mali, mais qu'elle menace désormais également la Mauritanie", ajoute-t-il.
Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott