17:43
Sénégal : Les cinq sages renvoient l’ascenseur à Wade, le pays flambe.
‘’Le conseil constitutionnel valide la candidature de Wade : le Sénégal est chaos !’’, « Le Conseil constitutionnel valide Wade : feu sur Dakar’ », « ça brûle partout », «sa candidature passe, Wade jubile, le pays brûle», « les 5 sages font chavirer le Sénégal dans la violence.»
Les titres de la presse sénégalaise traduisent l’ambiance qui a suivi la décision du conseil constitutionnel validant la candidature de Me Abdoulaye Wade à la présidentielle de 2012.
La décision des sages a été rendue publique vendredi 27 janvier vers 23 heures. Malgré cette heure tardive, des jeunes ont investi les rues de Dakar et ont mis à feu tout sur leur passage.
Un policier a été tué à Colobane. Le siège de l’OMVS a été brûlé…
Me Abdoulaye Wade, 85 ans, contre l’avis d’une bonne partie de l’opposition et de la société civile sénégalaise, a déposer son dossier pour briguer un troisième mandant.
Pour démontrer l’irrecevabilité de cette candidature, l’opposition se fonde sur deux articles de la constitution sénégalaise.
Controverses constitutionnelles.
L’article 27 qui dispose que «la durée du mandat du président de la République est de cinq ans et le mandat est renouvelable une seule fois» l’article 104, une disposition transitoire, dit «le président en fonction poursuit son mandat jusqu’à son terme.» Le président en fonction, c’est Me Abdoulaye Wade. Il est arrivé au terme de son mandat, le second.
Il veut un troisième « le texte ne pouvant lui être rétroactivement appliqué.» l’opposition, elle, rebondit sur le deuxième alinéa de cet article 104 qui précise «toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables», applicable au président dont le mandat est en cours.
Les adversaires de Me Wade sont d’autant plus en colère que les cinq sages du conseil constitutionnel, avant de traiter de la recevabilité des candidatures, ont reçu augmentation de salaires, voitures neuves et terrain de l’État sénégalais. Ces « cadeaux » ont-ils pesé dans la décision des sages ? Pour lever toute suspicion sur leur indépendance, ils auraient pu, ils auraient du les refuser.
Réactions
Après l’annonce de la décision du conseil constitutionnel, le président Abdoulaye Wade a demandé à l’opposition d’accepter le verdict rendu par les juges et à aller a l’élection présidentielle pour laisser au peuple la légitimité de choisir.
Du coté de l’opposition, le ton est à la colère. Le leader de l’APR, Macky Sall a déclaré "Wade a tout fait, il a augmenté les salaires des magistrats. Il a offert des terrains. Il a tout fait pour faire valider sa candidature", a déclaré le leader de l’Alliance pour la république ’APR).
Poursuivant sa diatribe, l’ancien Premier ministre de Wade, précisera : "C’est la constitution qui rejette sa candidature. Si le conseil constitutionnel qui est le juge des élections le sait et se débrouille pour la valider, nous, nous la rejetons, avec force. Il utilise la force pour l’asseoir.
Nous ne l’accepterons, ni aujourd’hui, ni demain. Nous avons aussi constaté qu’il a donné des uniformes à des individus qui ont jeté des pierres. La police a chargé des chars à eau pour perturber la manifestation et violenter des personnes. Il base sa candidature sur la force. Mais, comme personne ne peut discuter avec lui, et même le monde entier ne peut l’amener à la raison, nous ferons face, comme nos grands parents l’ont toujours fait. "
Le chanteur Youssou N’dour dont la candidature a été invalidée, a dénonce « un coup de force du Me Wade qui aura comme réponse une résistance du peuple sénégalais »
L’ancien premier ministre Idrissa Seck, a noté « C’est avec tristesse et consternation que j’apprends la décision du Conseil Constitutionnel de valider la candidature illégale d’Abdoulaye Wade.
C’est une décision grave de conséquences pour la paix, la stabilité et la sécurité du Sénégal. Mais c’est surtout une décision surprenante et décevante pour tous les démocrates du Sénégal comme des pays amis.
Nous préciserons dans les heures qui viennent, en concertation avec les partenaires des différentes organisations politiques et civiques, les actions à mener pour que soient préservées la République et la démocratie. »
Du coté des partenaires du Sénégal, l’Union Européenne, a invité « tous les candidats contestant le bien-fondé de la décision du Conseil constitutionnel, validant la candidature de Wade, à user des voies de recours prévues par la législation électorale.»
Ils useront de ces recours mais aussi de la rue. L’opposition prévoie de marcher en direction de la présidence de la République « pour déloger Me Wade du palais.» Cette marche pourrait fait craindre un véritable embrasement. Les États Unis, eux, ont demandé aux candidats de respecter la décision des juges du conseil constitutionnel.
Khalilou Diagana