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Quatre Questions à : Hamoud Ould Ely, homme politique et diplomate
« A l’égard de la crise Libyenne, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a eu une attitude tout à fait responsable et, au plan diplomatique, exemplaire. »
Hamoud Ould Ely est un homme politique et un diplomate qu’on ne présente plus. Son passage à de hautes fonctions de l’Etat – il fut plusieurs fois ministre et Ambassadeur de la Mauritanie à Paris, Rome, Bonn, Pékin, Nations-Unis et Abidjan – lui a permis d’étaler des talents de fin politique et de diplomate mis au service de son pays.
A l’extérieur comme à l’intérieur, il fait donc partie de ces hommes politiques qui comptent, ce qui justifient, amplement, sa présence, lors du dialogue national engagé, en septembre dernier, entre la Majorité et quatre partis d’Opposition, dans l’une des commissions les plus importantes : « Alternance pacifique et Rôle de l’Armée ».
« Les résultats de ce dialogue seront sans aucun doute des étapes qualitatives dans le renforcement de la démocratie et dans la consolidation du développement, parce que la Mauritanie est capable de gérer les accumulations négatives résultant de décennies de manipulations... de la corruption systématique et de la médiocrité généralisée des performances », avait déclaré le Président Mohamed Ould Abdel Aziz dans son discours suivant l'annonce de l'Accord, le 20 octobre 2011.
C’est dans ce cadre que « Les Nouvelles Nouvelles » a rencontré Son Excellence Hamoud Ould Ely pour entendre l’avis de l’homme politique sur ce dialogue, mais aussi du diplomate avisé sur la reconnaissance « tardive » du CNT (Conseil National de Transition) libyen et ce qu’on appelle communément aujourd’hui les « printemps arabes ». Entretien.
Les Nouvelles Nouvelles : Vous avez pris part aux assises du dialogue national, qui avait débuté le 18 septembre 2011 et avait duré un peu plus d’un mois. Pouvez-vous revenir pour nous sur cet important évènement, et nous dire quelle impression vous a-t-il laissé ?
Hamoud Ould Ely : Le dialogue auquel j’ai participé du côté de la majorité présidentielle a été en définitive une très bonne chose. Il s’est déroulé dans un climat notoire de concorde et de fraternité. J’étais dans la commission « Alternance pacifique et Rôle de l’Armée ». Au sein de cette commission, les discussions étaient fructueuses avec nos frères de l’opposition qui faisaient preuve de bon sens mais qui manquaient parfois de la mesure. En effet, il nous est arrivé d’avoir des moments difficiles inspirés sans doute par une certaine culture démocratique qui veut que l’opposition doit toujours s’opposer.
Malgré cela, nous arrivions à nous entendre grâce à notre volonté commune de servir notre pays et de vouloir réussir dans cette noble mission. Il faut dire que notre commission avait l’avantage d’avoir 2 bons Présidents et des participants de haut niveau.
Je considère que ce dialogue a été un grand succès pour notre peuple comme pour tous nos acteurs politiques, même pour ceux qui étaient absents, dans la mesure où toutes les questions susceptibles d’être posées par les uns et les autres ont été largement évoquées et traitées convenablement. Ce dialogue a montré enfin que le pouvoir actuel, nonobstant des positions partisanes, a une ferme volonté de conduire le pays vers une réelle démocratie.
Les NN : Excellence, comment voyez-vous la situation de notre pays après bientôt trois ans d’exercice de pouvoir du président Abdel Aziz ?
Hamoud Ould Ely : Je pense que dans l’ensemble notre pays va bien avec une stabilité bien reconnue et qui lui permet de progresser dans son œuvre de réalisations.
Certes la conjoncture internationale n’est pas excellente et ceux qui détiennent l’équilibre du monde ne sont pas dans leurs meilleures performances. Cependant, la Mauritanie marche à son rythme et le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui est à mi-parcours de son mandat poursuit l’exécution du programme pour lequel il a été élu.
Les nombreux chantiers dans les régions et les projets multiples sans oublier le renforcement de nos moyens militaires sont autant de motifs de satisfaction et de renouvellement de confiance pour notre peuple. Il est vrai que la sècheresse cette année pourra être difficile pour nos éleveurs et agriculteurs mais les pouvoirs actuels qui sont déjà avisés ont commencé à exécuter un ambitieux programme d’intervention de 45 milliards d’ouguiyas qui viendra atténuer l’impact de ce fléau sur nos populations.
Les NN : En tant que diplomate et homme d’expérience, comment expliquez-vous le retard pris par notre pays à reconnaître le CNT libyen ?
Hamoud Ould Ely : A l’égard de la crise Libyenne, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a eu une attitude tout à fait responsable et, au plan diplomatique, exemplaire. En effet il présidait la Commission de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine et à ce titre il ne pouvait guère être juge et partie. Il avait d’ailleurs entamé avec ses pairs africains des contacts nécessaires et des réunions pertinentes pour trouver une solution à cette Affaire de Benghazi. Seulement les pouvoirs de l’Outre-mer n’ont pas voulu aider l’U.A dans sa démarche pourtant positive. Ils l’ont plutôt empêchée, voire humiliée, sous couvert de l’O.N.U.
Il est donc bien normal que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, et partant notre pays, ne s’emballe pas à reconnaître le C.N.T tant que Kadhafi est encore en poste. Le contraire aurait été, à mon avis, une ingérence coupable dans les affaires intérieures d’autrui qui demeure à nos jours décriée dans les relations d’Etats.
Les NN : Est-ce-que selon vous le printemps arabe pourrait atteindre notre pays ? Et comment vous le voyez ?
Hamoud Ould Ely : Ce qui s’est passé en Tunisie, en Egypte ou en Lybie ne pourra pas se produire chez nous pour la simple raison que notre Régime n’est pas aussi vieux. Il faut ajouter que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz dès son arrivée au pouvoir s’est occupé d’abord des conditions sociales de notre peuple et a pris dans ce cadre les décisions qui s’imposent. Il est certain que les évènements de Tunisie et d’Egypte n’ont été entrainés que par l’usure du pouvoir qui se traduit très souvent par les dérapages multiples.
Cette usure a donc provoqué une rupture dans le système politique en place incitant alors la rue qui était presque préparée pour offrir aux médias le spectacle de l’année. N’oublions pas, en tout cas en Tunisie, que s’il n’y avait pas eu le dérapage de la femme de police avec Bou Azizi, celui-ci ne serait pas immolé et Ben Ali ne serait pas dérangé.
En Lybie, par contre, l’évènement est différent, même si le pouvoir là aussi a trop duré. En effet, je pense qu’on a voulu tout simplement éliminer le guide libyen au nom d’une révolution plus sophistiquée que celle qui l’avait porté au pouvoir. La suite et fin nous les connaissons. Je ne suis pas du tout un adepte de Kadhafi mais je crois que la mort qui lui a été servie a heurté plus qu’on s’y attendait l’honneur des Arabes surtout les Maghrébins, les Africains dont il est fondateur de l’Union ainsi que les libyens eux-mêmes. Je ne suis même pas sûr que nos frères libyens y compris ceux de Benghazi soient plus heureux aujourd’hui qu’avec leur guide d’hier.
Propos recueillis par Jiddou Hamoud Derdeche
Les Nouvelles Nouvelles (Mauritanie)