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Passation de pouvoirs en France: Le tandem Aziz-Hollande marchera-t-il?
Le président de la république, Mohamed Ould Abdel Aziz n’aura finalement pas fait le déplacement à Paris, ce mardi 15 Mai, pour assister à l’investiture du président socialiste fraîchement élu, M. François Hollande.
Les deux hommes, Ould Abdel Aziz et Hollande, ont quand même pris la peine de se parler la veille au téléphone pour échanger, à en croire la très gouvernementale AMI, sur «les excellentes relations existantes entre les deux pays et les voies et moyens de les renforcer davantage, ainsi que sur la situation qui prévaut dans la sous-région» des pays du Sahel où sévit AQMI.
La lutte contre le terrorisme, une carte passepartout
Un entretien téléphonique qui compte beaucoup plus qu’un soulagement pour Nouakchott puisqu’il s’agit là du premier entretien depuis l’élection de Hollande le 6 mai. La France n’est-elle pas le premier partenaire dans le développement de la Mauritanie ? Le drapeau mauritanien ne flottait-il pas place de la Bastille avec d’autres drapeaux maghrébins après la victoire du candidat socialiste ?
Hollande n’avait-il pas réaffirmé, lors de son débat avec Nicolas Sarkozy, à la veille du deuxième tour de la présidentielle française, son soutien à la Mauritanie dans sa lutte contre le terrorisme et le crime organisé ?
Le bonus aurait été d’être là, à Paris, à l’Elysée, ce mardi 15 Mai, grand jour de l’investiture de François Hollande. La France n’est-elle pas le premier partenaire dans le développement de la Mauritanie ?
Non seulement parce que cela aurait scellé à nouveau le rapprochement entre les deux hommes, peut-être même plus fort que cela n’était avec le désormais ancien président Nicolas Sarkozy, mais cela aurait porté un coup dur, très dur même, pour une certaine opposition mauritanienne. Car, en Mauritanie, ce sont plutôt les opposants progressistes de la radicale Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) qui ont toujours été les proches amis des socialistes et de l’Internationale socialiste dont Ahmed Ould Daddah, le président du RFD, est membre.
Or, c’est cette COD-là qui n’arrête plus d’appeler le président Aziz à quitter le pouvoir.
D’ailleurs, cette même opposition radicale s’était ingéniée, entre les deux tours de la présidentielle française, à prier pour la défaite de Nicolas Sarkozy pour ses relations avec l’actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz.
De même qu’elle a vite fait de réagir (à quelques minutes seulement de l’élection du candidat socialiste François Hollande), avec le président du parti islamiste Tewassoul, M. Mohamed Jemil Mansour, nous déclarant à Nouakchott Info: «Nous félicitons le peuple français pour son choix que nous respectons et nous demandons au nouveau président de la République française, M. François Hollande d’ouvrer à l’avènement d’une nouvelle ère de démocratie dans des pays amis de la France comme le nôtre».
C’est dire combien ce changement de pouvoir en France a son effet en Mauritanie, même si le président élu français est «obligé» de soutenir la Mauritanie dans sa lutte contre Al Qaida au Maghreb Islamique. Tout simplement parce que la France de Hollande continuera dans le même sillage que celle de Nicolas Sarkozy en matière de relations géostratégiques avec ses anciennes colonies d’Afrique et que cet activisme antiterroriste de Nouakchott ne se fait pas sans le précieux appui logistique, voire de troupes militaires françaises.
Et aussi, parce que, comme nous l’avons déclaré le Secrétaire exécutif chargé de l’Orientation et des Affaires politiques à l’UPR (parti au pouvoir), Mohamed Mahmoud Ould Jaavar, «notre pays a des relations historiques avec la France quels que soient les différents pouvoirs qui la dirigent. Nous félicitons le nouveau président français, M. François Hollande auquel nous souhaitons pleins succès et espérons que ces relations continueront d’évoluer et de se raffermir pour le grand bien de nos deux peuples.»
Une chose est sûre, au jour d’aujourd’hui, le nouveau président français compte beaucoup sur le président mauritanien pour libérer les otages français détenus par AQMI et les groupes djihadistes dans le nord du Mali.
Cela d’autant plus qu’avec la situation de crise actuelle au Mali, seule la Mauritanie est à même de pouvoir prendre langue avec les arabes touaregs qu’elle compterait, selon certains médias locaux, réunir le 23 Mai courant à Nbeiket-Lahouach. Une carte passepartout bien précieuse entre les mains du président mauritanien dont l’activisme antiterroriste ne pouvait et ne peut se faire sans l’aide de la France.
Un Premier ministre pour l’Afrique ?
Certes, le président Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas été le seul africain absent, M. Hollande s’étant réservé une trentaine d’invités personnels (tout sauf étrangers) pour cette cérémonie d’investiture qu’il a également souhaité «sobre», sachant que son quinquennat s’ouvre sous le sceau de la crise et du chômage et qu’il n’aura pas d’état de grâce.
Un geste qui en dit long sur le caractère que veut imprimer à son règne ce technocrate doublé d’un politique qui n’a jamais occupé de fonctions ministérielles même s’il a dirigé onze ans durant le parti socialiste français. Une investiture donc qui n’a rien des nôtres (en grandes pompes et avec les présidents amis des pays amis).
Le nouveau président français a-t-il vu le film «Black micmac», veut-il supprimer «la cellule africaine de l’Elysée», lui qui a nommé, quelques heures après sa prise de fonction un Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, «à la fibre africaine», dit-on, pour ses relations avec certains pays du continent (l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Maroc, le Cameroun ou encore l’Algérie) et ses prises de positions en faveur de l’Afrique, notamment à l’Assemblée nationale où, président du groupe socialiste, plaidait devant Alain Juppé, alors Ministre des Affaires étrangères de Sarkozy: «Une nouvelle Afrique émerge … Elle mérite une nouvelle politique» ?
Quoi qu’il en soit, cette nomination marque un signal fort à l’endroit de l’Afrique qui avait, avec le président sorti Nicolas Sarkozy, essuyé un sérieux coup à Dakar, le 26 juillet 2007 quand il affirmait que «le drame de l’Afrique (…), c’est qu’il n’y a pas de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.»
En clair, le président Hollande a placé un nouveau Premier ministre qui s’était même essayé le 3 mars 2011, en plein printemps arabe, à un semblant de discours de politique étrangère appliqué à l’Afrique où il avait formé un certain nombre de propositions : «Il revient à la France de soumettre des programmes d’aides spécifiques, destinés à stimuler la productivité agricole africaine […]. La France doit avoir le courage de proposer un moratoire des subventions européennes aux produits agricoles exportés vers l’Afrique, afin de rendre compétitives les denrées africaines». Reste maintenant qu’il a désormais les moyens de transformer ces propositions en actes.
Un François Hollande d’abord pour les français
Mais, le président socialiste François Hollande, compte tenu des difficultés actuelles de la France dont il est conscients et parce que, comme disait le général de Gaulle «la France n’a ni amis, ni ennemis, elle n’a que des intérêts à défendre», ne peut dans l’immédiat que porter «aux Françaises et aux Français un message d’espoir».
C’est donc un François Hollande devenu, en cette journée historique de mardi 15 mai, officiellement le septième président de la Vème République française, qui entre à l’Elysée avec une réelle conviction que «le pays a besoin de réconciliation, de rassemblement, c’est le rôle du président de la République d’y contribuer, faire vivre ensemble tous les Français sans distinctions (...) autour des mêmes valeurs, celles de la République, tel est mon impérieux devoir», a-t-il dit, promettant «simplicité et dignité» à la tête de l’Etat» et affirmant que «le chef de l’État ne doit pas être le chef de tout.»
Ainsi, son discours d’investiture exprimait clairement cette priorité, de «besoin de rassemblement, de réconciliation». «Nos différences ne doivent pas devenir des divisions, nos diversités ne doivent pas devenir des discordes (…) La première condition de la confiance retrouvée, c’est l’unité de la nation (…) La justice sera le seul critère sur lequel chaque décision sera prise au nom de la République», martèlera-t-il.
Mohamed Ould Khattatt