Cridem

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28-06-2012

12:17

Reportage : 3 jours à Bruxelles.

A la faveur du Forum mondial des éditeurs qui se tenait à Paris, je fus invité par l’organisme officiel VisitBrussels à venir découvrir la capitale du Royaume de Belgique et de l’Europe. Impressions de voyage :

Certes Bruxelles est la capitale de 500 millions d'Européens, mais quand on y débarque on a l’impression que c'est le monde entier qui s'y est donné rendez-vous. Une pluri culturalité totale, tous continents confondus qui métissent les couleurs, les parfums, les sensibilités, les arts et les genres.

Si le centre ville est un charmant mélange « d'ethnies », les quartiers plus reculés, loin d'être des ghettos, gardent leur spécificité ; on y distingue des concentrations maghrébines, africaines ou turques dont la vie, les commerces et les marchés gardent une allure exotique et où chacun peut retrouver ses racines avec bonheur.

C’est dans ces quartiers que les belges à la recherche d’un peu de dépaysement peuvent venir acheter des produits exotiques ou manger dans l’un des nombreux restaurants qui offrent des cuisines d’ailleurs. Dès l’arrivée à la gare de Bruxelles Midi, le premier contact se prend avec le climat.

Même en juin, le ciel et la température peuvent ne pas être cléments et la pluie arroser le pays pendant plusieurs jours de suite. Les Bruxellois s'en plaignent, mais nous, sahéliens, nous ne pouvons que les envier surtout que cette année la Mauritanie a connu une sécheresse sévère. Et après tout, un ciel gris, bas et lourd confère à cette ville du Nord un certain mystère et des couleurs en demi-teintes qui lui vont très bien.

Pour ceux à qui le soleil viendrait à maquer, il se trouve ailleurs ! Dans le cœur et les yeux de ceux qui habitent cette belle ville : on y est bien accueilli et la gentillesse y est omniprésente dans un sourire, une salutation presqu'imperceptible d'un signe de tête, dans une éducation élégante qui met à l'aise tout de suite.

L'accueil de qualité passe aussi par une signalisation très pratique pour s'orienter dans les différents quartiers et par un réseau de transports en commun assez dense où le non-initié, à l’image du mauritanien que je suis, pourra néanmoins se perdre à plusieurs reprises. Petit inconvénient qui permettra toutefois de découvrir des coins de vie surprenants de diversité.

Le cœur de la ville est vibrant, en constante agitation, même si certains quartiers résidentiels paraissent endormis en plein jour quand on les parcourt à plus de 22 heures, que le soleil n'est pas encore couché en cette période de l'année mais que magasins et demeures particulières ont déjà baissé leurs volets. On ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui seront obligés d’observer les rigueurs du Ramadan sous ces cieux.

L'architecture est à l'image de cette cité plurielle. Bâtiments-tours modernes côtoient des façades Art Nouveau dont les structures en fer forgé ressemblent à des lianes envahissant portes et fenêtres. Ce qui est particulièrement frappant pour nous mauritaniens habitués aux grands espaces et aux demeures vastes ce sont les habitations bâties sur trois ou quatre étages mais dont la largeur n'excède pas les quatre mètres … concentration urbaine oblige !

Les espaces verts sont nombreux sur les grandes avenues mais aussi à l'intérieur des îlots d'habitation, sans oublier les parcs où chantent les oiseaux et le Bois de la Cambre, véritable poumon de la capitale. Les lieux historiques et typiques à visiter sont légion et certains valent plus qu'un détour.

Pour en citer quelques uns : le panorama sur toute la ville basse à contempler de l'esplanade au pied du gigantesque Palais de Justice, la somptueuse Grand Place du XVème siècle, le marché aux puces aux incroyables étals pleins de raretés, les antiquaires du marché du Sablon, les majestueux abords du Palais Royal et la salle Eldorado du cinéma de la place de Brouckère aux murs d'inspiration coloniale entièrement dorés. Impossible de faire en trois jours le tour de cette métropole qui compte, me dit-on, plus de cent musées …

En 2012, on célèbre ici la gastronomie par une impressionnante série d'actions regroupées sous le label Brusselicious qui met à l'honneur tous les métiers de bouche et les produits de qualité. Les saveurs de Bruxelles sont innombrables, il y en a pour tous les goûts. Il faut absolument y déguster les tomates garnies de toutes petites crevettes grises de la mer du Nord, les frites dorées servies en cornet de papier et qui se mangent avec les doigts, les gaufres chaudes qui embaument (presque tous) les coins de rue, le chocolat : une gourmandise ici élevée au rang de discipline artistique et le pain à la grecque aux pépites de sucre qui craquent sous la dent.

Une des meilleures façons de découvrir Bruxelles est de marcher et de se perdre dans les rues, pour en saisir toutes les beautés, mais en gardant toutefois un œil sur les trottoirs souvent porteurs de dangers sous la forme de crottes de chiens … On a tôt fait de comprendre que la capitale de l'Europe n'est pas une city administrative comme pourraient le faire croire les médias qui focalisent souvent sur les décisions administratives que doivent prendre les pays de l'Union Européenne.

Pour la Mauritanie, c’est là du coté de la rue de la Loi, que s’est tenu il y a deux ou trois ans, sous l’égide de l’UE, l’importante table ronde des bailleurs qui focalisa l’attention pendant de longues journées. Les bâtiments kafkaïens qui abritent les nombreux organes du pouvoir sont regroupés dans le quartier moderne de la ville mais les sites qu'ils occupent sont une véritable mosaïque de places avec terrasses et restaurants ; il s'y trouve aussi des coins résidentiels, un parc et quatre musées, des galeries commerçantes et des galeries d'art.

La vie ne s'y arrête donc pas à la sortie des bureaux. Pour la plupart des mauritaniens, Bruxelles c’est un marché à ciel ouvert de la voiture d’occasion. Chaque mois 400 voitures quittent les bords du Grand canal pour le port de Nouakchott.

A Anderlecht, quartier transformé en marché de l’automobile, des garagistes syro-libanais qui ont pignon sur rue, et une forte colonie de mauritaniens se retrouvent autour de la Rue Heyvaert pour faire des affaires. Ce n’est pas un hasard si plus de 60% du parc automobile mauritanien porte une adresse à Bruxelles. Bien entendu cette colonie force l’estime dans la mesure ou en plusieurs années de vie en Belgique, pas un seul ne fut mêlé à une quelconque affaire louche ou n’a eu affaire à la justice.

En tout état de cause, Bruxelles est une ville où il fait bon vivre, où chacun se sent à l'aise et où tout est mis en œuvre pour que demain soit meilleur.

Envoyé spécial
Moussa Samba Sy


 


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