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Kaedi : A qui profite le jeu des dupes ? « Et Si les paysans refusaient le développement ».
Comme toujours, le monde paysan doute, hésite, se débat et se tourne dans la tourmente pour chaque fin ou début de campagne.
La crise oui une réalité mais pas plus que celle de ces paysans moyen ageux qui n’ont toujours pas compris que les facteurs de production ont toujours un cout, que la culture de l’irrigué change et prend la couleur des termes de l’échange du marché ,que l’esprit coopératif doit primer sur les intérêts individuels et se focaliser sur la défense des intérêts généraux.
Le retour d’investissement de tout projet doit assurer une rentabilité qui fixe les conditions de sa pérennisation dans un système qui ne peut guère se dérober de la compétitivité et de la concurrence. Ainsi, Force est de constater que les agriculteurs du Gorgol, précisément des PPgI et PPGII évoluent au versant d’une réalité qui les rattrape toujours : la dette contractée en leur nom par un comité inamovible qui les prend en otage par l’absence d’un suivi, d’un bilan de campagne et d’un plan de production.
Munis d’ une architecture institutionnelle qui défend peu le labeur investi ,les comités de gestion sont plombés ,usés par le temps sont sans contrôle.ils gèrent des problèmes et créent d’autres à cause de leur incapacité et de leur insuffisance intellectuelle ,à valoriser ces grands périmètres qui constituent aujourd’hui un boulet aux pieds de plusieurs familles.
Comme des fossoyeurs ;les paysans creusent chaque année leur tombe mais en prolongeant par un effet sadique leur propre agonie ,leur mort lente . Allez y comprendre ! Trente ans d’exploitation, trente ans de misère, pas un sou économisé, les redevances fixes payées pour certains impayées pour d’autres, n’existent pas , les comptes sont au rouge. Comme des trophées honteux d’un bon dernier d’année en année les dettes s’accumulent, s’entassent à l’égard de leur bailleur que dis-je de leur « suceur » qui les écrase et les place du coup dans une posture d’inéligibilité jamais appliquée.
Des complicités insoupçonnées.
En effet ;le crédit agricole ,une institution décadente, une boite à pandore, majestueusement connue par sa gestion opaque des ressources agricoles ne répond plus aux exigences d’un irrigué qu’il tient en laisse, et bloque par son emprise étranglant toute innovation de nature à donner de nouvelles perspectives et de nouvelles vocations à un secteur qui à lui tout seul pouvait à défaut d’éradiquer la famine ,atténuer tout au moins son pic de plus en plus sévère en cette année de tous les dangers.
En charge du domaine Monsieur Brahim M’bareck Ould M’boirick le Ministre du développement rural , a rappelé –si encore la mémoire existe- au cours de l’une de ses visites de parades en début du mois les engagements de son gouvernement sur la nécessité impérieuse de payer les arriérés des PPGI et PPGI1 qui du reste sont tributaires de la gratuité des intrants de la campagne –potentielle - en cours. Dans un discours aux allures contrastés, le ministre semble bien jouer dans le registre du bluffeur que sous tend hélas la mauvaise volonté de faire de l’agriculture le créneau porteur de tous les espoirs.
Dans ce jeu de dupes ,ii s’illustre parfaitement par une incohérence notoire avec un savant mélange des antagonismes entre la réelle politique de développement et la politique politicienne .A l’image des années précédentes, le même discours vide ,la même rengaine qui montre bien que dans ce ministère rien ne se fait sur un chronogramme encore moins sur un programme. Aucune activité n’est soldée, capitalisée et réinvestie .On recommence et on refait la même chose pour produire des résultats identiques sinon pires, une attitude bien connue des anidés. Aller en campagne, un slogan bien politique mais techniquement bien risqué, mi –juillet aucune préparation, pas de tracteurs pour le labour, pas de préparation de sol, peu d’engagement des paysans un taux faible de recouvrement tout cela dans un climat de morosité extrême toutes chose par ailleurs convergent vers l’échec et s’y on y ajoute l’avis technique qui fixe le 15 Aout comme date limite des semis.
On notera que l’absence d’une vision de la problématique de l’agriculture et des agriculteurs, de la rentabilité de l’investissement reste la question principale à résoudre. Le Ministère du développement rural est lui-même un échec car son efficacité se mesure à la réussite de l’agriculture de selibabi à N’Diago, l’irrigué, le walo le maraichage etc. . La même désolation, la même amertume qui confère à ce ministère le surnom insultant de « complément d’effectif » de l’attelage gouvernemental dira ce paysan. Quel bilan le ministre peut défendre devant les bailleurs, les agriculteurs, quelles perspectives et quelle vision ?Un flou ,une nébuleuse.
Au moment ou les enjeux économiques dépassent les questions de survie pour s’orienter vers la rentabilité avec la consolidation des moyens d’existence, notre agriculture, malgré les potentialités énormes balbutie et pêche par incompétence et du mauvais déploiement des ressources humaines. En l’état actuel des choses, l’émergence d’une agriculture de haut standing relève des chimères. En attendant une réelle volonté à tous les niveaux, au Gorgol ,l’agriculture se meurt lentement…
Seybane Diagana