Cridem

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30-07-2012

07:37

La Mauritanie au pluriel.

Avec ce numéro, Mauritanies1 fête ses deux années d’existence. Que de péripéties ! Il a fallu d’abord vaincre le scepticisme de l’entourage, des amis et parents qui pensaient que tout projet d’une telle envergure est fatalement voué à l’échec.

Puis, il a fallu convaincre les puissants de la cité qu’un média, de classe internationale, en couleur, est possible en Mauritanie. Le plus difficile fut encore de persuader les journalistes, surtout nos aînés négro-africains, de faire la place à leur «petit frère ». Ainsi, sommes-nous nés, avec quelques rares soutiens moraux, décisifs et importants. Mauritanies1 n’est pas un journal du pouvoir ou de l’opposition.

Nous sommes le média de la Mauritanie au pluriel, cette Mauritanie dont Mokhtar Ould Daddah avait donné l’ébauche dés 1960. Quelle était belle cette Mauritanie, promise à un bel avenir. C’était sans compter avec les nationalistes de tout bord, des nasséristes et des kadhaffistes pas forcément patriotes.

Après les crises ethniques de 1966, 1978 et 1989, la Mauritanie est devenue un territoire administré par un seul Etat, mais avec deux peuples, deux langues, deux écoles, qui ne se côtoient jamais. Dans les premières années de l’indépendance, le maure et le négro-africain se rencontraient après le travail, aux blocs manivelles par exemple. Aujourd’hui, ils ne se rencontrent plus à l’école et, sitôt la porte de l’administration franchie, ne se rencontrent plus du tout.

Cette séparation est encore plus vraie dans les quartiers. Une règle non écrite veut que tel endroit ne soit habité que par les maures et tel autre que par les négro-africains. Tous les pays qui ont vécu de telles séparations n’ont pas survécu à la division. C’est pourquoi notre jeune journal avait cru en Mohamed Abdel Aziz. Nous avions vu dans ses premières décisions le dernier rempart pour une Mauritanie plurielle, celui qui allait restaurer l’Etat dans son rôle de gardien de l’intérêt général.

Hélas, faut-il le dire, le président de la République est fils de son temps, de ses alliances politiques et des forces économiques. C’est pourquoi nous avions écrit «Aziz est pris en otage » et nous le répétons encore aujourd’hui avec force. Le chemin de l’unité nationale est pénible, pas forcément populaire. S’il veut redonner à la Mauritanie sa dimension plurielle, le président devra mener le combat aux lobbys qui ont pris l’Etat en otage pour leurs intérêts mercantiles.

Le développement passe par une administration neutre et respectueuse de l’égalité des chances. Or, aujourd’hui, les recrutements et les appels d’offres sont souvent biaisés. Une caste de privilégiés rafle tout et s’enrichit sans efforts pendant que d’autres tirent le diable par la queue. La lutte contre la gabegie passe plus par des réformes que par des emprisonnements qui ont d’ailleurs montré leurs limites.

Aujourd’hui, il importe de jeter les bases du futur afin que tous les enfants de la Mauritanie puissent se retrouver dans leurs médias publics (monocolores pour le moment), leur administration et les symboles de la nation. Nous ne sommes pas contre l’arabisation, encore que cette arabisation ne soit pas utilisée comme une arme d’exclusion.

Encore que ceux qui prônent l’arabisation ne continuent d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles privées ou en France pour apprendre la langue de Molière. Les négro-africains ont toujours appris l’arabe. Des parchemins datant du 15e siècle ont été retrouvés dans le Fouta. Et quand Cheikh Oumar El Foutiyou a écrit aux habitants de Chinguitti, ce fut en arabe.

Bref, le souci de tout Mauritanien est l’équité, la méritocratie et la transparence. Pour tous ceux qui militent pour le retour aux mythes fondateurs de la Mauritanie au pluriel, noire et blanche, maure, soninké, wolof et poular, ce journal est le vôtre. Vous pouvez contribuer à notre projet commun par vos remarques, vos suggestions et en nous lisant tous les mois.

Par Dia El Hadj Ibrahima


 


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