05:55
L’éditorial de La Nouvelle Expression: Habib, tu nous manques.
Habib Ould Mahfoudh. Fatiha + 11 ikhlass. 11 ans déjà. 11 années que tu es parti à jamais. Mais 11 ans, c’était comme si c’est seulement hier que tu nous quittais. Pour te rendre hommage, je ne sais par où commencer ! Ton œuvre où ta personne. Car doyen et très cher ami, tu as été unique en ton genre. Tu as aussi laissé une œuvre d’une utilité incommensurable. Habib, que Dieu nous donne éternellement la force de prier pour le repos de ton âme.
Habib, après toi comme de ton vivant, ils sont nombreux ceux qui sont venus à la presse grâce à tes écrits. Je suis l’un d’eux. Si tu as été un exemple pour beaucoup d’entre nous, beaucoup n’ont pas épousé les règles qui dirigeaient ton action : l’honneur, la dignité, la simplicité dans l’exercice de la vérité pour une Mauritanie réconciliée avec elle-même. Habib, tu es parti quand on avait, vraiment, besoin de toi. Si tu étais là aujourd’hui…
Habib, ceux d’entre nous qui t’ont admiré ou qui ne t’ont pas porté dans leurs cœurs n’avaient pas mesuré l’importance de ta mission sur cette terre et particulièrement pour ton pays, la Mauritanie, ce pays que tu avais tant aimé. Habib, repose en paix.
Ton nom, ton journal, tes œuvres sont pour nous à jamais un capital inestimable d’investissement pour le bien être de ton pays, la Mauritanie. Il y a onze ans que tu es parti, 11 ans que la Mauritanie te pleure. Voilà que nous prions et continuons de prier pour le repos de ton âme. Mais aussi pour essayer de faire le minimum sur tes traces de grand homme d’un idéal noble.
Le rayonnement de ton œuvre pour une Mauritanie juste et égalitaire est toujours une réalité. Par la force de ta plume, tu as ouvert les yeux de beaucoup de tes concitoyens. Ce combat t’a valu brimades, privations et toutes sortes de tracasseries. Ton journal, Le Calame, détient le triste record du « journal le plus censuré de la Mauritanie ». Car ton équipe et toi avaient choisi la Mauritanie, rien que la Mauritanie et toute la Mauritanie ; une Mauritanie débarrassée de la honte, de l’hypocrisie congénitale pour un épanouissement dans sa diversité.
C’était pour cette raison, rien que cette raison que les pouvoirs publics t’avaient déclaré la guerre. Mais, le Calame est resté un journal indépendant au service de la vérité pour la Mauritanie. Et pour cela, vous (l’équipe) avez payé le prix. Les hommes de la plume, la Mauritanie et les Mauritaniens vous sont éternellement reconnaissants. Et Le Calame est encore plus fort.
Habib, beaucoup de journaux sont nés, et le web connait aujourd’hui une expansion exponentielle. Mais bof… parfois du n’importe quoi ! Cet outil d’éveil et d’éducation n’est pas toujours ce qu’il doit être réellement. La profession a pris et continue de prendre un rude coup.
On se spécialise toujours dans la flagornerie, la flatterie, l’adulation et les applaudissements plats. Le phénomène peshmerga gagne du terrain et aucune rédaction n’est épargnée, mêmes si certains s’efforcent de rester dignes. Habib, tu ne peux pas être tout à fait content de cette presse. Cette profession, qui, avec la force de l’humour de ton verbe au service de la vérité avait refusé une certaine façon de faire, se cherche aujourd’hui et cherche ses repères dans les méandres de la marre de sa honte comportementale.
La presse se débat dans un imbroglio indescriptible de « papiers » produits par un type de journalistes particulièrement particuliers. Habib, La presse mauritanienne est malade. Quelques plumes essayent de faire honneur à la profession dans une société qui a horreur du travail bien fait.
Habib, la Mauritanie pour qui tu as tout donné à l’image de la presse, ne se porte pas mieux. Ici et là, dans ce pays, l’unité nationale est plus que jamais hypothéquée à cause des intérêts d’un peu moins de trois dizaines d’individus. Dans cette Mauritanie on détourne encore. Comme par le passé les grands voleurs sont des « dignes fils du pays ». Les petits voleurs, eux, continuent d’être envoyés à la citadelle du silence. Comme par le passé, les menteurs et les hypocrites sont les meilleurs patriotes.
Et ceux qui ne s’adonnent pas à cette sale besogne sont considérés comme des extraterrestres qui n’ont rien compris. Et ainsi va la Mauritanie.
Les crimes de sang sous Taya que tu as de tout temps dénoncés restent toujours impunis et ils y resteront pour beaucoup de temps encore. D’autres non moins odieux se sont ajoutés à notre macabre histoire. Des journées de commémoration sont initiées. Cette année, la fosse commune de Sorimalé sera visitée par des pèlerins. Et cette commémoration porterait ton nom.
L’éditorial que tu avais écrit après la découverte des « entassés sans vie » de cette bourgade du Sud du pays résonne encore. Il était titré : Quand la terre accuse… () et tu avais écrit que «Les entrailles de la terre ne mentent pas ». Tout celui qui a lu cet édito a eu les larmes aux yeux à cause de cette horreur révélée au grand jour. Et toute la Mauritanie avait salué le courage de ton équipe et toi-même. A l’époque c’était Al-Bayane.
Habib, pour Le Calame, mon ami Ahmed tient bien le coup et il te fait honneur à travers des éditoriaux intéressants qui sortent nettement du lot de l’aplatissement. Thiam a grandi, mais toujours égal à lui-même ; c’est pour vous dire de ne pas vous inquiéter pour le canard, il est et reste être le meilleur Hebdomadaire du pays. D’autres belles plumes ont rejoint l’équipe pour le bonheur des lecteurs et de la véritable Mauritanie.
Mon doyen et ami, repose en paix. Amine.
Seidi Moussa Camara