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Loupe du Jour : La Mauritanie de tous les défis
On a beau aller aux élections pour élire un Président à la tête de l’Etat. On remplira les deux chambres de parlementaires de tous les bords politiques, on dotera les communes de maires et de conseillers municipaux.
On votera des lois, on amendera à chaque fois la constitution. On nommera tous les jours des ministres, des walis, des hakems. Le pays sera doté de toutes les institutions constitutionnelles, politiques, de toutes infrastructures et superstructures économiques.
Des programmes de lutte contre la pauvreté, contre l’esclavage, le chômage et tout ce qui est possible, imaginable ou non. Nous aurons droit à toutes sortes d’accords de pêche, de contrats d’exploitations de toutes nos richesses souterraines, rien ne changera de manière significative et durable au destin de notre pays. A son devenir. Rien ne résistera au retour à la case de départ.
La Mauritanie fait face non seulement à une crise politique chronique aggravée à chaque fois par des hold-up sur le palais, avec des putschs militaires qui clouent au sol tout ce qui commençait à décoller.
Elle est traversée en lame de fond par une crise morale, qui se traduit par une dépréciation de l’image de l’Etat, une déstructuration des valeurs et des fondamentaux d’une nation qui au lieu d’unir, rapprocher les identités, bâtir sur un socle solide des agrégats culturels soutenus par un désir et une volonté de vivre ensemble.
Quand chaque citoyen se sentira fier de son pays, de toutes ses références identitaires, quand il sera gagné par le sentiment d’appartenir à une nation où la notion qui compte le plus est le mérite et que tout doit s’obtenir par le travail, le sacrifice et non par l’interventionnisme, le népotisme, le favoritisme, l’allégeance à un parti au pouvoir, à un système dominant.
C’est quand à la fin de ses études un jeune éprouve le plaisir et la fierté de regagner son pays non seulement par un élan de nostalgie de revoir les siens, mais par devoir de rendre à son pays ce qu’il lui avait donné comme instructions, comme éducation sachant qu’avec son diplôme il pourra accéder par son profil au poste qu’il faut.
Un pays deviendra une mère affectueuse quand elle traitera tous ses enfants sur le même pied d’égalité. Quand elle partagera à part égale le peu qu’elle trouve. Le pays deviendra un grand papa quand il montrera le bon exemple à sa progéniture sans aucune discrimination.
Il se fera le devoir de tracer à chacun les limites de son champ, de sa liberté qui doit commencer là où finira celle des autres. Un pays deviendra un grand-père quand il léguera sa sagesse à sa postérité. Un pays deviendra une source intarissable, quand ses bienfaits inonderont toutes ses terres et irrigueront toutes ses ressources.
La Mauritanie sera un pays de paix et de justice quand un juge n’interrogera que le droit seul devant sa conscience, sa responsabilité et devant le seigneur et non par un simple serment à main levée. Les mauritaniens se respecteront entre eux, se toléreront quand la religion comme référence suprême sera scrupuleusement suivie et ses enseignements strictement appliqués tel que le tout-puissant et son envoyé ont recommandé et prescrit.
C’est quand les érudits ne se laisseront pas dominer par leurs égos et ne céderont pas à la tentation de la fortune ou de la politique, des vices sataniques. La Mauritanie ne pourra pas avancer si on continue de piétiner l’essence même d’une nation, d’asseoir un Etat sur des bases communautaristes, sur une politique de majorité et de minorité, de clans, de familles, de féodalités.
Cette crise est la plus grave et la plus porteuse de tensions. La crise politique sur laquelle se focalise la classe politique n’est que l’expression d’une bataille de positionnements qui occulte les vrais problèmes de fond.
Cheikh Tidiane Dia
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