Cridem

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16-01-2014

08:30

Affaire Ould Mkheitir : IRA Mauritanie lance un appel aux esclaves, forgerons… - [PhotoReportage]

IRA Mauritanie (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie), une organisation de défense des droits de l’Homme et de lutte contre l’esclavage, a organisé dans l’après midi du mercredi 15 janvier 2013, une conférence de presse a Nouakchott au siège du FONADH (forum national des organisations de défense des droits humains.). Objet de la conférence : réagir à l’affaire Mohamed Cheikh Ould Mkheitir.

Ould Mkheitir a été arrêté a Nouadhibou pour propos présumés offensant à l’encontre du prophète Mohamed. Ould Mkheytir agé de 28 ans a été inculpé pour « apostasie », un crime passible de peine capitale, a défaut de « repentir ».

« Nous exprimons notre désaccord avec ceux qui ont appelé au meurtre de Mohamed Cheikh Ould Mkheitir, comme, nous réitérons aussi notre rejet de tout ce qui peut de près ou de loin égratigner la place et l’image du prophète Mohamed, paix et salut sur lui » a déclaré Birame Ould Dah Ould Abeid président de Ira Mauritanie, au cours de la conférence.

Le président de IRA Mauritanie a ensuite « sonner l’alerte » contre « ceux qui exploitent l’Islam et en font un fonds de commerce. » Pour lui « cette exploitation d’une religion de paix et de justice, menace la paix civile, l’achèvement du processus démocratique et la paix entre els différentes composantes de la société mauritanienne. »

Et Biram a ajouté « A Oualata, le chef de l’État a dit que la Mauritanie est un Etat Islamique et non laïque. Moi je dis que la Mauritanie n’a jamais été un Etat Islamique car elle n’a jamais appliqué l’égalité intrinsèque qui est un des principes fondateurs de l’Islam, qui est l’esprit du Coran, qui est un des principes de base du prophète, paix et salut sur lui.. »

Il est dangereux, selon le leader de IRA Mauritanie « de diviser les mauritanien en bons musulmans et en ennemis de l’Islam. » Il a ensuite lancé un appel a « ceux qui sont opprimés par une instrumentalisation de l’Islam (Esclaves, forgerons et autres castés), une instrumentalisation pour les sortir de la bénédiction de Dieu. »

A l’adresse de ces « esclaves et castés » Biram a lancé : « Votre combat n’est pas contre la religion, pas contre le prophète car la religion et le prophète sont venus pour protéger des opprimés comme vous. Votre combat est contre les groupes dominants qui instrumentalisent la religion, des groupes dominants qui sont au pouvoir en Mauritanie. »

Biram dénonce « une politique de deux poids deux mesures. » car selon lui « d’autres mauritaniens qui ont offensé la religion n’ont pas été inquiétés parce qu’ils sont issus de grandes familles. »

Ensuite Ould Dah s’interroge : « Pourquoi ceux qui ont tué des centaines de noirs, qui ont violé, c’est ça la vraie offense a l’Islam, et ces auteurs de tueries, de viols, de tortures sont ici, pourquoi ils ne sont pas inquiétés.

Pourquoi les amis du chef de l’Etat qui ont tué des noirs, des musulmans, ne sont pas sanctionnés ? Lui (le chef de l’Etat) ne défend l’Islam que quand il s’agit des noirs et des forgerons.

Pourquoi les auteurs d’assassinats qui sont au pouvoir et dans les rangs de l’opposition ne sont pas inquiétés ? Pour quoi les érudits qui défendent l’Islam ne défendent pas cette religion contre les esclavagistes, contre ceux qui ont tué des noirs par centaines ?
»

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Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA)

Communiqué de presse



L'article controversé du jeune Mohamed Cheikh Ould Lemkheityr a été à l'origine d'une telle agitation qu'il nous a paru utile, en notre qualité d'organisation opérant dans le domaine des droits de l'homme, de préciser, aux yeux de l'opinion nationale et internationale notre position, notre vision et nos revendications en la matière.

Nous dénonçons, au sein de l'Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), toute atteinte à l'image d'Allah, grand et miséricordieux, ou à Son prophète, paix soit sur lui. Sous aucun prétexte nous ne pourrons admettre la remise en cause de la justice du Prophète, paix soit sur lui.

De la même façon, il nous est insupportable de voir que des foules hystériques s'apprêtent à rendre justice et à s'ériger en juges à la place des juges pour énoncer des verdicts à l'encontre d'individus ou de groupes d'individus.

C'est ainsi qu'il nous a été donné d'apprendre qu'un homme d'affaires avait, publiquement, mis à prix la tête de l'auteur de l'article controversé ouvrant la voie à toute sorte de surenchère et remettant clairement en cause la confiance que les citoyens devraient avoir en leur système judiciaire et le monopôle de la violence que l'Etat devrait avoir en toute exclusivité. L'Etat aurait dû mettre un frein net et définitif à cette dangereuse tendance en arrêtant le dit homme d'affaires et en reprenant son rôle de seul dépositaire de la justice et de la défense de l'intérêt commun.

Dans le même ordre d'idée, nous avons appris par l'intermédiaire de déclarations audio d'un prêcheur de notoriété publique qu'un certain nombre de personnes avaient exprimé leur disponibilité pour mettre à mort l'auteur de l'article en question.

C'est là aussi une preuve supplémentaire de la défection de l'Etat et de l'abandon de son rôle premier et consubstantiel de régulateur des affaires publiques. C'est là une situation inacceptable faite d'anarchie, de prolifération des forces obscurantistes et de justice de rue qui met en danger mortel l'avenir du pays et l'essence même de la citoyenneté.

Nous relevons, par la même occasion, les appels pathétiques, lancés par l'un des prétendus journalistes n'ayant jamais brillé par son intelligence, à constituer des milices civiles qu'il dénommerait " l'Armée d'Allah" pour défendre nos soit disant "fondamentaux religieux".

Il y a là un dangereux précédent et un défi inacceptable lancé à l'autorité de l'Etat et qui autoriserait tout un chacun à tuer ou à sévir en fonction de sa propre acception de la religion. L'Etat aurait dû interpeler le dénommé Abdel Vettah Ould Abeidna pour de tels agissements qui ne font que confirmer les antécédents connus du personnage.

Considérant l'ensemble des éléments précédents, nous, au sein d'IRA
:

1- réitérons, comme nous l'avions fait lors de notre dernière conférence de presse tenue le jour de l'arrestation de Ould Emkheityr, notre ferme condamnation de toute atteinte à l'image du Prophète, paix soit sur lui;

2- condamnons avec la même véhémence tous les appels au meurtre lancés contre le jeune Ould Emkheityr ainsi que les incitations à lever des milices privées à cette fin. De tels agissements mettent en grand danger la paix sociale et la cohésion nationale.

3- exigeons de l'Etat qu'il mette fin aux tribunaux de rue et qu'il assume ses responsabilités de seul dépositaire de la violence et seule source de justice;

4- refusons les appels au meurtre ou au châtiment de Ould Emkheityr. De tels appels, proférés au nom de l'Islam, ne font qu'assombrir l'image de notre religion, faite d'amour et de tolérance conformément à la vie du Prophète, paix soit sur lui. Nous nous appuyons en cela sur la Fatwa de l'érudit et penseur musulman, Mohamed El mokhtar Echeinguiti, qui interdit la mise à mort des apostats mais aussi sur l'ensemble des conventions et traités que la République Islamique de Mauritanie a signés en matière de droits humains;

5- nous nous étonnons de l'usage systématique, tout au long de notre histoire, de la religion pour marginaliser la caste des "forgerons" et la communauté des Hratine alors que la même religion aurait dû être utilisée pour réhabiliter et affranchir de tels groupes sociaux.

6- nous sommes persuadés que ce battage organisé contre la personne de Ould Emkheityr est complètement étranger à toute idée de piété ou d'exercice de notre sainte religion. Nul n'est dupe du fait que si l'intéressé n'était pas descendant du groupe socialement méprisé des M'almine (forgerons), l'intensité d'une telle campagne aurait été bien plus faible.

Nous évoquons pour preuve de cette affirmation le cas de jeunes issus de la "noblesse" qui furent, il y a quelques années, interpelés pour apostasie et conversion au christianisme puis relâchés sans autre forme de procès.

Nous nous rappelons aussi, à cette occasion, le qualificatif de "modeste présent" utilisé par un élément de la "noblesse mauritanienne" pour désigner le saint Coran sans que cela n’ait provoqué de vagues de l'ampleur du tsunami que nous vivons actuellement.

Une autre personnalité de noble extraction avait, du temps de Moawya Ould Taya, menacé les Imams velléitaires de convertir leur mosquée en boulangerie sans qu'aucune personne n’ait pensé à demander sa tête.

En fin, nous pouvons constater que les listes d'amis de Ould Emkheityr sur les réseaux sociaux ont été systématiquement épurées des patronymes des fils de "grandes tentes" pour laisser le "forgeron" affronter tout seul l'ire et la vindicte populaire.

7- Nous relevons, pour notre part, que l'intéressé avait, lors d'un écrit rendu public après la parution de son article controversé, exprimé ses regrets ce qui, du point de vue de la loi mauritanienne, le disculpe du crime de l'apostasie.

La Commission de Communication
Nouakchott le 13 janvier 2014


Avec Cridem, comme si vous y étiez...













 


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