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25-09-2014

07:00

Le film "Timbuctu" : Après la projection, le feu des critiques

Cheikh Aïdara - C’est tout le gotha Nouakchottois qui s’était donné rendez-vous, lundi 21 septembre 2014, au Palais des Congrès pour assister à la projection du film «Timbuktu» d’Abderrahmane Sissakho, réalisateur et conseiller culturel du Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Ce dernier fera d’ailleurs le déplacement pour assister à cette première. Organisée par la Maison des Cinéastes en collaboration avec le Ministère de la Culture, la projection du film «Timbuktu» devrait profiter à une plus large frange de la population, car des séances seraient prévues à l’Ancienne Maison des Jeunes, à l’Espace de la Biodiversité culturelle et à l’Institut Franco-mauritanien.

Selon plusieurs observateurs cependant, la joie de consommer tranquillement le film de Sissakho a été quelque part gâchée par le caractère trop officiel donné à l’évènement, entre les roucoulades du réalisateur trop «honoré de la présence du Président de la République à l’évènement» et les sérénades de la ministre de la Culture qui s’était fendue d’un discours trop plat sur la stratégie de son département dans la promotion des arts et de la culture.

Présence de Mohamed Ould Abdel Aziz oblige, c’est toute la République qui était là, du Premier ministre Yahya Ould Hademine jusqu’au cadre le plus exalté du parti-état.

Mais le film de Sissakho, s’il a été apprécié par bon nombre de téléspectateurs qui ne sont pas allés jusqu’au fond des clichés, a été par contre matraqué par ceux-là qui n’y ont vu que du racisme primaire, une bombe interethnique qui risque de dresser les «Beidhanes», décrits comme des oppresseurs dans «Timbuktu», aux Noirs peints comme des asservis, voire des victimes de l’humiliation et de la domination des «Maures blancs».

Les tenants d’une telle hypothèse trouvent que le film «Timbuktu» a choqué l’élite intellectuelle «Beidhane» qui a suivi sa projection lundi dernier. Ils y voient un cachet raciste à travers les évènements qui ont lieu dans le Nord Mali, et cette confrontation entre «Arabes» et «Négro-africains».

Pas étonnant selon cette vision que ce film, qui aurait eu selon eux une mauvaise facture, n’ait décroché le moindre titre au festival cinématographique de Cannes, à cause de la nature médiocre de sa production et son exagération dans le scenarii, voire même son crétinisme pour toute conscience critique.

Pour ceux-là, le film d’Abderrahmane Sissakho s’est focalisé sur cette confrontation «Beidhane»-Noir, au-delà de la métaphore constructive, avec ces «Arabes» maliens qui exposent des femmes noires en Hijab au marché des esclaves, ces enfants noirs chicanés pour avoir joué ou visionné un match de football, ces exécutions sommaires de noirs, les mariages forcés des jeunes filles noires sans témoin ni tuteur au nom de la Chari’a, etc.

Cette vision apocalyptique du «Beidhane» dominateur aurait selon cette critique dominé tout le film de Sissako, au point de constituer un catalyseur d’une éventuelle confrontation entre Noirs et Blancs.

Cheikh Aïdara



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