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A Rosso, il n'y a pas eu procès mais règlement de compte politique contre Biram, Djiby et leurs compagnons!
Lô Gourmo - On aurait pu croire, devant le vide absolu, sidéral, du dossier d'accusation contre MM. Biram ould Dah Ould Abeid, Djiby Sow et leurs compagnons que le juge de Rosso reculerait et se libérerait lui même de la lourde charge de condamner des gens que tout innocentait, du moins pour les faits qui leur étaient reprochés.
Il a probablement fait ce qu'il a pu pour ne pas aller jusqu'au bout de la mascarade qu'a voulu imposer le parquet et tomber dans le ridicule. Les charges d'appartenance à une organisation non reconnue (IRA) mais qui a pignon sur rue en Mauritanie, attroupement pour une...caravane stoppée par les forces de l’ordre de leurs propres aveux -.seront abandonnées pour ne retenir que la seule pouvant avoir un semblant vraisemblance : la « désobéissance » ou « rébellion ».
Mais cette accusation est précisément la plus incongrue et la plus difficile à soutenir devant un juge impartial au vu des circonstances et des « preuves » présentées devant le tribunal. Le code pénal (art. 191) définit la rébellion comme « Toute attaque, toute résistance avec violence et voies de fait ….. ».
A aucun moment lors du procès, aucun acte n’a été spécifiquement invoqué comme ayant été commis contre un membre quelconque de l’impressionnant dispositif des forces de l’ordre que les autorités de Rosso ont déployé pour mettre fin à la poursuite de la Caravane motorisée, venue sans heurts ni reproches de Nouakchott jusqu’à l’entrée de Rosso (à une dizaine de km de la ville) en passant par Boghé, sur un trajet de plus de 500kms, après information préalable du Ministère de l’Intérieur.
Pas un seul nom ou prénom d’un seul agent dont la chemise fût froissée par l’un quelconque des membres de la Caravane, et à plus forte raison par M. Biram Ould Dah qui n’était pas de la Caravane et qui, de passage à Rosso au moment des faits pour aller au Sénégal, s’était de lui-même présenté aux autorités locales pour faciliter la poursuite d’une caravane parfaitement licite ( ce que le juge a d’ailleurs reconnu implicitement en rejetant l’accusation de « marche » non autorisée).
Des « victimes » fantômes d’une rébellion fantôme ! L’accusation est donc restée sur sa ligne politique : Biram Ould Dah est à abattre et la justice doit s’en charger, d’une manière ou d’une autre.
Le verdict : deux ans de prison est le reflet à la fois de l’impossibilité radicale de juger suivant le droit et d’acquitter selon les urgences de la politique dictées par l’exécutif. S’il y’a une justice, à Rosso, elle a été otage des pires exigences de la politique politicienne. Du déjà dit et du déjà vu. Le Président Ould Abdel Aziz avait promis de régler leur compte aux « extrémistes » : le juge de Rosso a tenu cette parole, comme il a pu !
Si le Chef de l’Exécutif veut que notre pays prenne le chemin de la paix et de la démocratie pluraliste, s’il veut que son appel au Dialogue soit pris au sérieux et ouvre de réelles perspectives de changements favorables à l’unité nationale et loin de tous les extrémismes, alors, il doit laisser la justice se faire et s’assurer que les droits de tous sont respectés dans la sérénité et la complète égalité de tous. A commencer par Biram, Djiby et leurs compagnons. Dont la place est dehors, libres.