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18-07-2015

22:00

Une autre présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne : Mohamed Ould Cheikh, le plus proche équipier de Moktar Ould Daddah de 1957 à 1966 - journal et entretiens en Décembre 1967 (suite)

Le Calame - Les forces armées

Mon éminent hôte sous la tente de qui je viens plusieurs fois, n’est donc plus au pouvoir depuis deux ans et demi. Ses propos sont datés. Dix ans avant le putsch et aussi la fondation d’El Hor. Vingt ans avant la circulation du tract des FLAM et des purges dans l’élite civile puis militaire des originaires de la Vallée du Fleuve.

Près de quarante ans avant que le mouvement abolitionniste ait fait opérer des amalgames impensables sous le régime fondateur et commencer d’inverser les fameuses proportions ethniques en faisant des haratines non un élément d’équilibre et peut être, mais l’apport nécessaire aux pétitionnaires de Février 1966 et d’Avril 1986 pour que les Maures soient considérés minoritaires.

Mohamed Ould Cheikh sur cette question – que Moktar Oud Daddah réglait par prétérition : Etat de droit, unité nationale, mise en œuvre pour le bien commun des ressources générales – comme sur celle des forces armées ou du sens en Mauritanie de la démocratie élective témoigne d’une profonde maturité, d’une indépendance mentale et d’une originalité qui n’ont pas eu leur suite.

Mohamed Ould Cheikh, demeuré ministre de la Défense ou « rappelé au service » pour soutenir la guerre du Sahara et tandis que certains civils commençaient de « travailler » certains militaires… l’histoire nationale mauritanienne et la géographie politique de l’Ouest du Grand Désert auraient changé.

Les forces auraient été préparées de longue date. Elles avaient reçu une pratique privilégiant discipline, instruction autant que l’entretien du matériel. Elles étaient imprégnées à l’origine d’une doctrine les instrumentant pour l’Etat et non pour qui que ce soit.

Sur tous les sujets que nous traitons alors, Mohamed Ould Cheikh est presque iconoclaste non seulement pour l’époque mais plus encore pour maintenant. Il me passionne encore plus aujourd’hui qu’à l’époque. Mettant au net ces notes de près de cinquante ans, je regrette de n’avoir pas fait ce travail aussitôt pour le dialoguer avec le président Moktar Ould Daddah qui me recevait peu après, et encore pour que celui-ci l’évalue dans ses mémoires. Oui ! La Mauritanie ne connaît pas ses ressources humaines. Elle a davantage expérimenté le pire que le meilleur.

Bertrand Fessard de Foucault - Ould Kaïge

Entretiens sous la tente, à la badia.

I - samedi 9 Décembre 1967 (suite)

Forces armées

Je suis nommé secrétaire général de la Défense nationale [i] à la fin de Juillet 1961. L’armée mauritanienne n’existait pas. Accords prévoyant que la France devait nous passer les éléments militaires définis dans ces accords [ii].

Par ses dimensions, l’armée mauritanienne ne peut être formellement de politique intérieure : force de police ou de réserve, en même temps que des moyens militaires permettant de faire face à un ennemi de dimension faible, voire moins importante que lui si l’on connaît bien le pays, les difficultés du pays. Moyens légers et autonomes : parcours de quelque distance sans réparation ni ravitaillement.

Nécessité de matériel adapté au Sahara, et de personnel adapté à l’absence de machines, de fournitures et de réparation. Nécessité formation de cadres et de petits cadres surtout. La formation du personnel a été un impératif, pas de guerre sans qualification.

Pas les moyens de le recruter : les bacheliers disputés par tout le monde, et pas nécessaire. Nécessité de petits cadres : avoir un matériel parfaitement entretenu et à l’abri de toute panne idiote. Dans le domaine des dotations et des effectifs, voilà les conditions.

Domaine des effectifs. Partir des données mauritaniennes : clivage racial, les castes, etc… Il fallait quand même partir de cela. Problème de la discipline était important. La tentation était grande de politiser le tout. Choix entre la politisation de l’armée et son cloître derrière ses murs de caserne.

Réflexion faite, je me suis dit que le Parti n’étant pas encore solide, si, après lui, il n’y avait plus rien et l’Etat mourait, d’où la nécessité de caserner l’armée comme une île, au milieu de la mer agitée, au point de vue politique, afin de consacrer cette soupape de sûreté à l’Etat dans la mesure où le Parti deviendrait défaillant.

Illustration : dans aucun pays du monde, on ne laisse opérer une garnison dans sa cellule sociale mère. En Février 1966, les soldats ont préféré la discipline de l’armée à la discipline sociale, alors que vivant toute la journée en caserne et aux ordres : ainsi ils se battaient. J’ai été très draconien à ce sujet.

A chaque fois qu’un homme politique intervenait pour un soldat, permutation de ce soldat. Au bout d’un an, plus personne n’est intervenu. Les militaires ont cessé de croire à autre chose que leurs chefs, seule la filière du commandement comptait.

Tous ces problèmes seulement des plus naturels encore. Dans le cadre d’un budget donné, on a préféré limiter les effectifs : faisabilité matérielle et humaine, suppléer la quantité par la qualité. Tout le temps où je suis resté, je n’ai pas fait bouger les effectifs. J’ai essayé de faire que l’instruction et le matériel reçoivent le maximum de sollicitude.

Au moment où je quittais l’armée, les cadres de l’armée n’étaient pas attachés à ma personne, j’ai travaillé en fonction du service.

Rumeurs de coup d’Etat : j’eusse été un renégat si j’avais demandé à l’armée de ne pas faire de politique, puis après de l’utiliser. Je n’ai jamais pensé faire un coup d’Etat, chargé d’avoir une responsabilité politique déjà suffisamment difficile pour qu’on aille me chercher, et à plus forte raison pour le coup militaire.

Sait qu’il n’est pas aimé, mais estimé. Je n’ai pas cherché à être aimé mais à créer une discipline. Nécessité de la discipline. Sur ce plan, nous sommes une génération sacrifiée. Dans beaucoup d’autres corps de l’Etat, on a préféré faire du recrutement plutôt que de la qualité. On a couru à la satisfaction des individus. Dans l’armée, cela a été refusé. Une bonne part du budget a été consacrée à l’instruction et au matériel.

L’assistance technique. Difficile de faire accepter aux Mauritaniens de ne pas aller trop vite. Se plaignaient de l’omni-présence des Français et les Français ne voulaient pas de problème parce que leur séjour est très court. Le colonel Mourier a tracé les choses.

J’avais limité les pouvoirs du secrétaire général de la Défense nationale. C’était une limite factice. Dans la pratique, le président de la République ne faisait rien sans moi. En théorie, le S.G.D.N. ne faisait rien, même pas un arrêté. Rapports excellents entre MoD et MoC pendant toute cette période.

Concepts du Parti et de l’Etat

A l’égard des corps constitués et du Parti. Avant que le Parti ait vraiment fait ses preuves et soit sûr, il faut que ce qui a existé et fait ses preuves, subsiste, vg. l’armée, et surtout l’U.T.M. Ne pas faire crever une tentative de centrale qui peut être utile. J’avais pesé de mon temps en ce sens, et j’étais opposé à son intégration dans le Parti.

Le Parti à l’échelon de la Mauritanie entière, ce n’est pas possible. Pour les nomades, ce n’est pas possible. Faire partie avec une simple carte d’adhérents ? L’éducation et l’apprentissage se font par répétition. Il ne suffit pas de dire que l’on a un parti. Il faut que l’on sache que les moyens répondent.

Dans mon esprit, le Parti devait être le substitut à une nation pas encore formée. Il devait servir de source au pouvoir. Le pouvoir en tirerait sa force et sa légitimité. Actuellement, c’est l’Etat qui est le parti. Tel qu’il existe actuellement, le Parti n’est rien de par lui-même. Tout tourne autour du président de la République. Tout ceci est bien, si ce n’est pas une fin en soi. Partant de ceci, je ne le blâme pas. Puisqu’en cela, il faut partir de cela. En fait, le Parti n’a pas de moyens propres.

C’est le Parti qui est instrument de l’Etat, et non le contraire. Or, c’est le contraire qui aurait dû se produire, dans mon esprit. Je pense que c’était possible, selon les villes nouvelles, organisées, avec une milice organisée, comparable à la force de l’Etat. Un équilibre nécessaire à la démocratie aurait été créé, non dépendant de la démocratie du président de la République.

L’Etat a le monopole de la contrainte. En fait partage entre divers organes. On ne fait que reporter ce partage d’un terrain où il n’est pas possible, au terrain où il est possible. S’il y a conflit entre Parti et Etat, il y a du recul, car ils sont de force comparable et le conflit est réglé par la voie démocratique. Pas de cumul entre les fonctions de secrétaire général du Parti et de président de la République.

Il y a tous les éléments d’un conflit, certes, mais aussi tous les éléments de solution. Nécessité d’un minimum de démocratie. Les conflits existeront toujours puisqu’il s’agit de défendre tous les intérêts. Faire en sorte que les conflits n’apportent pas de catastrophes ou l’abîme. En Occident, pluralité de têtes. En Mauritanie, situer les têtes là où c’est possible. Assurer la même protection du citoyen et des militants pris ainsi, protection qui est assurée en Europe par le partage des pouvoirs.

Ici, pas de recours au peuple possible. Constituer une force suffisante, une partie organisée de l’opinion pour faire front à un abus de l’Etat, et faire de même pour que l’Etat puisse s’opposer à abus de cette partie de l’opinion.

Elections

Ce qui est réel, c’est que les gens qui se présentent pour voter, votent dans le même sens. Dans ce pays où la notion d’abstention n’existe pas, il y a des gens qui s’abstiennent tout court de toute activité, de toute participation, de tout vote.

Cent mille sédentaires urbanisés. Les sédentaires ruraux sont aussi cultivateurs que les nomades. Si ceux qui votent pour, votent effectivement, cela suffit. Je ne suis pas pour le petit mensonge, mais cela n’a aucune espèce d’importance. Quelle que soit la manière dont on le fait, il y a des gens que l’on trouve, s’ils sont pour : cela va.

Si scrutin d’un mois ou deux, si l’on adapte, que les votants votent pour, ce serait 1 à 2% de participation, il y aurait une abstention affolante. L’astention suppose une volonté. Pourtant, là où les gens votent, c’est intéressant. L’expression des gens qui s’expriment. C’est la seule valeur des gens qui s’expriment. Chez nous, pour ceux qui ne votent pas, ce n’est pas un besoin, ni même une exigence.

* * *

Entretiens sous la tente, à la badia.

II - dimanche 10 Décembre 1967

Problème culturel

Peut-être un épouvantail. Vieille question, pas particulière à la Mauritanie. Difficile à résoudre, et solutions précaires. Pas trouvé de solution facile encore en Afrique. Donc pas de solution valable à copier jusqu’à présent.

J’ai eu l’ambition, et la croyance en tout cas, et je persiste à le penser, qu’on peut faire l’économie de heurts violents, de ces heurts-là parce que la majorité des Maures l’admettrait.

Problème particulier de cette minorité. Le Maure est esclavagiste, ces esclaves sont noirs. Les Noirs sont eux aussi esclavagistes, mais leurs esclaves sont noirs. C’est un stade socio-historique dans lequel la nature est autant à libérer que l’esclave. C’est à pleurer ou à applaudir. Ne pas changer cette situation sans chercher à en changer les causes, et souvent on a l’impression que les deux s’entendent parfaitement pour rester esclave et maître.

L’Etat mauritanien n’a que peu de moyens, pas les moyens d’aller au-devant des problèmes, ne les prendre que quand ils se présentent. L’Etat attend que les problèmes se produisent. Moyens surtout curatifs, pas prophylactiques sur le plan social. L’Etat n’est pas entré là et ne s’est pas préoccupé des rapports de caste et de société. Exception : l’Etat au temps de la France. Les Français ont pensé que le lien le plus facile à défaire et le moins dommageable à défaire, était le problème des tributaires.

C’était un problème plus récent et moins structurel, cachant des normes en dehors de cela. L’administration coloniale, et l’administration mauritanienne, n’ont pas cherché à résoudre plus que ce qui ne se posait guère. Elle ne l’a fait nulle part et ne l’a pas fait car cela aurait posé plus de problèmes qu’elle n’en aurait résolus.

Chercher à changer une situation, sans… Il m’a semblé plus sage de laisser évoluer les choses : si l’esclave se plaint, je lui donne raison [iii], mais je n’allais pas chercher s’il y avait esclave ou famille ailleurs. Doctrine que j’avais en tant que commandant de cercle.

Le problème est quand même l’un des plus sensibilisants pour les Noirs. Ils estiment que cette cohabitation avec esclavage d’une partie de l’ethnie noire, n’était pas rassurante. Argument léger, car si la société change, les rapports d’asservissement évoluent. L’élite noire estime que c’est contre la bonne volonté des Maures. En plus, dans les régions où ils se trouvent, ils ont toujours à payer redevance aux émirs. Ensuite, ce sont eux qui ont été recrutés par les Français, alors que les Maures ne l’ont pas été.

La discrimination est également fiscale. L’impôt de capitation est perçu chez les Noirs, et pas chez les nomades. Ceux-ci ne payent pas la zekat parce qu’ils ne sont pas cultivateurs. Problème de l’assiette de l’impôt sur les cultures. Difficile d’imposer cette culture. Si l’on ne paye pas la zekat, ce n’est pas un cadeau : les Peuls payent la zekat.

Tout ceci est venu s’ajouter à nombre de choses. La religion musulmane est arabe, les Maures revendiquent leur arabité et donc la religion. D’où des problèmes très compliqués si l’on entre dans ces considérations. Plus moyen de les raisonner.

Les beïdanes noirs. Plus variés que les nomades chameliers ou les bouviers moutonniers ou les agriculteurs. Chez les nomades chameliers, le Maure noir est très peu nombreux et parfaitement intégré, par groupe qui pourrait devenir indépendant au sein d’un groupe plus vaste. Ainsi les Regueibat, les Ahel Barikallah. Ce n’est qu’un appendice, pas de groupe individualisé.

Plus loin vers le sud, ce sont les bouviers moutonniers. L’amplitude des mouvements est plus réduite, semi-nomades seulement. Dans cette tranche de populations et de géographie (centre de la Mauritanie), début de groupes constitués : des esclaves ou d’anciens esclaves. Problème de fait : appendice à collectivités tribales, donc les appellations sont individuelles. Haratin ahel tel. Ensuite on entre dans les régions agricoles.

Il existe des tribus où il n’existe plus de Maures blancs On a l’impression que c’est le Toucouleur qui reprend ses droits de Boghé à Rosso : des collectivités noires hassanophones (ainsi à 30 kilomètres à l’ouest de Boghé). Ensuite de cette limite : 30 kilomètres à l’ouest de Boghé jusqu’au Mali, ces collectivités désormais réintègrent le mode de vie et de subsistance toucouleurs.

Ce processus est lent, car les Maures noirs sont majoritaires (30 kilomètres à l’ouest de Boghé jusqu’à l’océan) dans cette région. Il se pourrait même qu’ils ne retournent pas aux Toucouleurs. Mais dans la région de Boghé au Mali, ils sont moins nombreux et se réintègrent dans les communautés noires originelles.

Je vous ai ainsi parlé des fiefs traditionnels des Noirs

Les Maures sont aussi des fautifs. Ils trouvent que les Noirs sont peu sympathiques. Ces messieurs, pas gentils au départ, sont en plus en train de nous enlever nos esclaves. Auraient dû être heureux de ne pas être esclaves eux-mêmes, et donc ne pas se mêler de ces problèmes. Les Maures voient cela d’autant plus mal que les Toucouleurs sont musulmans, et que l’Islam permet l’esclavage. Ces Noirs ont des esclaves à eux, les ont même vendus à nous. Pas de grosse différence entre eux. Querelles de terrains de parcours et de cutlures.

Sur le plan du nationalisme des élites nouvelles, ceci demeure. Le Maure vient avec son arabe, sa culture, son expression, la redécouverte de son origine arabe. Le Noir crie au panarabisme : vous voulez nous assimiler et nous exploiter, par la voie de l’arabe et de l’Islam.

Ils ont des armes : l’arabe a des infirmités encore, pas encore scientifiquement sûr, il a eu son éclipse historique. En tout cas, ne nous imposez pas l’arabe. Les plus raisonnables disent : faites de l’arabe, mais ne nous l’imposez pas. Ils voient que par la victoire de l’arabe, le jeune Maure arabe redevient le continuateur de ses ancêtres esclavagistes.

Voilà le problème tel qu’il se pose et se discute. Cette querelle existe. Personnellement, je crois que si l’on ne peut régler définitivement le problème, on peut l’empêcher de dépasser le seuil de l’ordre public. Pour éviter de dépasser ce seuil, il suffit que l’on admette de faire des concessions.

Il n’est pas raisonnable d’empêcher les Maures d’avoir l’arabe comme langue officielle et de culture, et l’enseignement en sera acceptable. Ne pas obliger les Noirs à les suivre. Et les Noirs, sachant qu’ils ne sont pas soumis à cette obligation, ne verraient pas d’inconvénient à l’apprendre dès lors.

Il est possible que l’on aille examiner le problème plus à fond. Régionaliser l’administration, ou en tout cas l’enseignement, au moins pour le degré primaire. Les collectivités locales s’en chargeraient, pourvu que le niveau soit acceptable pour entrer dans les écoles d’Etat. L’enseignement d’Etat serait ce que l’administration régionale ne peut supporter.

Dans mon esprit, se méfier de la contrainte. Tout système bâti sur la contrainte est fragile, et cette fragilité ajoute un élément supplémentaire : elle suscite la réaction. Et surtout la contrainte. On a des voies possibles : la régionalisation de l’enseignement du 1er degré. L’école de l’Etat définissant les conditions d’entrée et d’enseignement.

Autre solution possible, l’enseignement bâti sur l’arabe, langue officielle. Injustice d’empêcher les Maures. Qu’ils décident de cela : régionalisation de l’enseignement du 1er degré. L’Etat définit l’entrée dans le secondaire. Cet enseignement secondaire est facultatif : on peut y être ou pas.

Le problème politique réveille tout cela. On envisage le pouvoir par la démocratie. La majorité l’emporte, la minorité a des droits. Il est possible d’envisager des aménagements. Envisage en termes de majorité est impropre. Il s’agit d’une totalité et d’une autre totalité. Dans ce problème, éviter la contrainte. Et rechercher une solution négociée, c’est lent et fatigant, mais c’est la seule voie.

Problème de la Fédération c’est la question que je pose (BFF)

Au Congrès de l’Unité, les Noirs ont posé leur problème. Il s’est posé dans le désordre. Ils ont posé le problème dans le désordre, sans avoir une solution toute prête, et ceux qui refusaient, le faisaient en désordre et n’avaient pas de solution de refus. C’était une attitude de refus de part et d’autre. J’étais pour la discussion.

Les Noirs ont soulevé la question de la fédération. J’ai dit que j’étais prêt à discuter de tout, y compris de fédération. N’importe quoi pouvait être discuté. Il n’y avait pas de problème tabou. On pouvait discuter de tout. Quant à dire que j’étais partisan de la fédération, on a fait violence à mon idée. Je crois sincèrement que la fédération est une mauvaise chose.

Dans toutes ces histoies, c’est le chaos qui l’a emporté. Kane Elimane, on peut discuter calmement, l’un des Noirs de ce pays les plus à même d’envisager ses responsabilités en tant qu’homme Noir et sincèrement Mauritanien. Il est convaincu personnellement de se déterminer en tant que Mauritanien.

Les projets de Fédération ne sont pas allés très loin, ni dans l’élaboration, ni dans le sentiment. En ce moment, les jeunes Noirs sont de plus en plus secrets. Ils parlent de moins en moins, j’y ai de moins en moins accès. Je suis resté lié avec Kane Elimane. Je pense que la plupart des jeunes Noirs ont été traumatisés par 1966. Ils acceptent tout, comme s’ils vivaient dans l’attente d’autre chose. Si l’on veut que le problème ne prenne pas une dimension grave, il faut discuter.

À suivre

Entretien du 10 :

Suite du problème culturel, la position de Moktar Ould Daddah,

La conception du Parti, la politique extérieure

[i] - jusqu’au 26 Juillet 1965, le président Moktar Ould Daddah garde le portefeuille, créé en même temps que celui des Affaires Etrangères quand, à la suite de son élection présidentielle, il constitue le 20 Septembre 1961 un nouveau gouvernement, – alors que dès les 3-5 Novembre 1962, il avait cédé celui des Affaires étrangères (d’abord à Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf)

25 Novembre 1960, loi créant les forces armées nationales

8 Novembre 1961, à Rosso, transfert à la République Islamique de Mauritanie des forces de gendarmerie stationnées en Mauritanie

20 Janvier 1962, le commandant Mourier (de l'assistance technique française), chef d'état-major national

29 Juin 1962, loi instituant le service militaire obligatoire

[ii] - 29 Juillet 1961 : conférence militaire franco-mauritanienne au cours de laquelle est fixé le programme de transfert des troupes à l'armée mauritanienne :

. Constitution d’un état-major à Nouakchott en Août

. Installation à Rosso d’une compagnie de commandement en Septembre

. Transfert effectif des compagnies de Néma et d’Atar et de la section de parachutistes en Octobre

[iii] - c’est ce qu’a fait pratiquer Moktar Ould Daddah : La Mauritanie contre vents et marées – mémoires pp. 564 à 568 (éd. Karthala. Octobre 2003. 669 pages) disponible en arabe et en français – cf. circulaire n° 8 du ministre de la Justice en date du 5 Décembre 1969 qui dessaisissait les cadis de tous les cas concernant “ la main d’œuvre servile ” et l’un des thèmes de la première conférence des responsables régionaux administratifs et politiques, tenue sous sa présidence du 27 au 31 Janvier 1969.



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