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23-11-2017

17:15

Assainissement du marché de la Capitale : Chassez les squatteurs, ils reviennent au pas de charge !

Le Rénovateur Quotidien - Il n’y a pas longtemps, personne n’était plus surpris par l’encombrement qui caractérise tous les marchés majeurs de Nouakchott. A l’instar du premier d’entre eux : le marché central de la capitale.

Il s’agit des marchands ambulants qui, il y a à peine quelque temps, obstruaient la voie publique et rendait difficile la circulation des personnes et des biens dans ce marché considéré comme un poumon de l’économie informelle du pays.

Nombreux sont les jeunes mauritaniens à se muer en colporteurs pour échapper aux affres du chômage, au clavaire du désœuvrement et au vice, en gagnant fièrement leur vie à la sueur de leur front avec dignité et honneur.

De ce côté-ci du marché de la capitale attirait beaucoup de mauritaniens et d’étrangers venus de divers pays, tous mus par un même souci de subvenir à ses besoins et à ceux de la famille. A travers de petits métiers divers. A l’exemple d’Abdou Thiam, de nationalité sénégalaise, qui travaillait depuis des années au marché de la capitale, comme horloger réparateur de montres. Pour qui, la réparation d’une montre nécessitait tout juste quelques minutes, disait-il fièrement.

Pour sa part, Samba était un cordonnier recycleur de chaussures aussi bien traditionnelles qu’importées. En revanche, il fallait du temps à Samba pour mener à bien sa tâche, celle de la remise en l’état de chaussures, car ces dernières devaient passer par diverses étapes avant d’être prêtes à la revente et exposées au regard de la clientèle.

L’horlogerie, la cordonnerie, tout comme d’autres petits métiers, ont fait sortir de nombreux jeunes du carcan de la maison, de la rue, du chômage, du vice et du désœuvrement. Une solution provisoire dans l’attente de jours meilleurs. Abou, lui, est un vendeur de lunettes qu’il fixe à un éventaire, sorte de tables rase sans pieds qu’il transporte toute la journée à tour de bras.

Les vendeurs à la sauvette se plaignent du désordre, de l’absence d’organisation, qui caractérise cette activité saisonnière, instable et précaire, en plus de ses incidences sur l’espace urbain, tout cela fait que le colportage est confronté à de multiples défis.

Les jeunes recourent à cette solution provisoire, sorte de gagne-pain à défaut de mieux. Pour se sortir d’affaire en attendant que les vents tournent. Ils ont été déguerpis sans la moindre aménité par les forces de sécurité. Certes, les automobilistes, les piétons sont ravis à la vue des avenues, des routes et des rues désormais dégagées. Mais doit-on pour autant sacrifier Abdou, Samba, Alioune, Oumar, Zeinebou, Hawa et des milliers d’autres pour un meilleur look de la ville ?

Zeinebou mint Eweinatt, vendeuse au marché de petits accessoires de cosmétique féminine : pâte épilatoire, henné, teinte, encens, dit être au marché, pour essayer de gagner sa vie afin de nourrir ses enfants, subvenir aux besoins de sa famille. Elle dit que c’est mieux que de vivre aux suspends des autres, de voler ou de mener toute activité inconvenable, telle que la mendicité ou la débauche. Mais, le problème, c’est que Zeinebou, ses consœurs et collègues, sont empêchés de travailler, de vendre le peu qu’ils possèdent pour nourrir leurs enfants. Les autorités viennent souvent pour les faire déguerpir d’ici, en jetant leur camelote à tous vents à la fourrière. Et s’ils poursuivent le dossier pour récupérer leurs affaires, ils ne trouvent rien.

Oumar ould Mohamed Nani estimait pour sa part que cette activité le délivre de la délinquance, du besoin, de la dépendance des autres, du chômage, de l’oisiveté. Mais les tracasseries sont si nombreuses de la part de la police, de la municipalité, qui viennent souvent arracher son parasols et confisquer le peu qu’il a. Beaucoup n’ont rien d’autre à faire que d’essayer de gagner quelques billets d’argent pour survivre. Pourquoi s’en prendre à eux, le maillon faible de la chaîne économique ?

Aujourd’hui, en ce 20 novembre 2017, point de trace d’Abdou Thiam, ni de Samba, ni d’Abou, ni de Zeinebou, et pas davantage d’Oumar et de tous les autres. La Communauté Urbaine de Nouakchott a mené une opération d’assainissement de la voie publique et de marchés. Les revendeurs sont gommés de la capitale. Pourquoi ? La raison n’est pas uniquement l’assainissement. Une autre, plus prosaïque explique l’opération choc menée par la CUN, d’autant que les précédentes n’ont jamais eu une telle envergure.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les grands marchés environnants flambant neufs en phase de finition. De grands centres commerciaux qui appartiendraient au président de la République via des proches lui servant de prête-nom auxquels les terrains auparavant abritant des installations publiques (écoles, unités de forces sécuritaires) ont été vendus pour des miettes.

La raison serait de pousser les commerçants à s’installer dans ces marchés modernes au loyer exorbitant. L’usage de la force dissuasive de l’appareil étatique pour des fins personnelles est scandaleux.





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