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07-12-2017

22:15

Deuxième lettre à Michel Onfray, philosophe français/Par Ahmedou Ould Moustapha (quatrième partie)

Le Calame - Les enseignements du Coran

Cette précision faite, reprenons le fil de notre propos : selon beaucoup de théologiens et érudits, la doctrine Wahabite présente quelques faiblesses dans sa méthode pédagogique de la compréhension du Coran, reposant sur une littéralité qui résiste mal devant moult versets et Hadiths ;

lesquels sont par ailleurs toujours occultés par les prédicateurs de cette doctrine, que ce soit dans les mosquées ou dans l’espace audiovisuel public.

Pourtant, ils devraient être conscients des limites de leur méthode d’interprétation, parce qu’ils ne sont pas sans savoir que l’exégèse fait appel à la réflexion, au jugement, quand bien même le récit coranique n’exclut pas l’allégorie, l’image idyllique et eschatologique qui frappe l’esprit, particulièrement celui du bédouin arabe qui vit dans un environnement que le poète Alphonse de Lamartine décrivît avec beaucoup de lyrisme comme « Cette petite zone de rochers et de sable entre deux mers limpides et sous des étoiles sereines qui réfléchit à elle seule plus de divinité que le reste du globe ».

Le style et la syntaxe coraniques, qui incarnent jusqu’au plus haut point la structure à la fois complexe et sobre de la langue arabe, traduisent ce souci primordial de former l’esprit et les relations de signification qu’ils suggèrent. L’analyse de chaque verset constitue en effet un exercice qui renvoie à d’autres versets :

« Allah a révélé un discours sublime, un Livre aux versets tout pareils et qui se font écho… » (Les Groupes, Verset 23) ; ce qui oblige donc à s’affranchir de la lettre, à dépasser le mot pour saisir le sens et l’esprit, et c’est la science du Bayâne, ou la linguistique, qui fournit cet éclairage, comme indiqué plus haut.

C’est pourquoi la Charia ne peut pas se présenter comme une injonction pure et simple, un décret figé qui exige d’être obéi sans discernement. Selon Ibn Ruschd (Averroès) et bien d’autres, elle est, par essence, « un élément évolutif qui change avec les cycles et les périodes du monde ».

Les Wahabites viennent seulement de le comprendre à leurs dépens, avec cette nouvelle décision autorisant les femmes à conduire les véhicules, plus de huit siècles après la mort d’Ibn Rushd.

Doit-on rappeler que la Charia tire sa principale source du Coran et que celui-ci se veut avant tout explicatif et convaincant ?

Quelle serait alors la valeur d’une prière accomplie sous la contrainte ? Cette méthode coercitive n’est-elle pas interdite par le Hadith susvisé ‘’ pas de contrainte en religion’’ ?

Et surtout par le verset : « Rappelle ! Tu n’es là que pour rappeler. Tu n’as nul pouvoir de les contraindre à la foi. Quant à celui qui se détourne en mécréant, Allah lui fera subir le plus grand des tourments » (L’Epreuve Universel, verset 22) ?

Par ailleurs, tout le monde sait que la prière exige, avant son entame, une intention (Niya) et, durant son accomplissement, une concentration (Al khouchou’h). Cela parce que l’Islam requiert l’adhésion à la fois du cœur et de l’esprit, et Allah Lui-même déclare dans le Coran ne pas se satisfaire d’une approbation contrainte ou résignée ou d’une foi aveugle.

Le récit coranique est un lieu de pédagogie et de dialogue, d’abord avec le Prophète, bien qu’il ne prenne jamais la parole dans le texte. Ses soucis y sont mentionnés et la révélation vient à chaque fois lui apporter des solutions à des problèmes ayant fait de sa part l’objet de doute et de longues réflexions.

Il y est interpellé, tantôt loué, tantôt blâmé, tour à tour approuvé et désapprouvé, toujours invité à peser toutes ses décisions, à ne jamais s’engager spontanément ou à la légère, à s’informer non seulement pour éclairer sa conduite, mais aussi pour former sa certitude.

Le Coran insiste sur les preuves qui suggèrent une critique historique et un doute méthodique mettant la réflexion à contribution : « N’affirmes rien que tu ne saches de science certaine ! Car tu répondras de tout ce que tu as fais de ton ouïe, de ta vue et de ton esprit » (Le Voyage Nocturne/V 36).

Il donne un sens profond à la vie et détermine ainsi le cadre de vie qui permet au croyant de s’épanouir dans la piété et la dignité. Et il instruit l’individu sur la réalité de la vie future, rétribuée éternellement, selon le mérite, par la splendeur ou le malheur.

Tels sont, entre autres, les traits saillants du Coran qui ont été le plus souvent portés à la connaissance des hommes. Mais il contient également un autre domaine longtemps laissé de coté ou en friche.

Parce que, jusqu’au milieu du vingtième siècle, les seuls qui s’y sont intéressés étaient des Oulémas ou théologiens et jurisconsultes, des philosophes, des historiens, des sociologues et des orientalistes qui appartiennent au domaine de la science humaine et qui n’avaient pas la vocation de saisir le sens de son contenu scientifique : les phénomènes qu’il mentionne avec précision sur la création de l’univers et son expansion continue, sur la vitesse de la lumière et la hiérarchisation du cosmos, sur le cycle de l’eau, etc.

Tous ces phénomènes et tant d’autres – tels que l’embryon et le cerveau humain ainsi que leur développement, la formation de la terre avec les montagnes implantées en surface et en dessous comme des piquets pour la stabiliser, les eaux de mers et les eaux de rivières qui se rencontrent sans se mélanger ainsi que leurs profondeurs – ont été révélés par le Coran, quatorze siècles avant que les hommes de science ne les confirment ou ne les découvrent à leur tour.

Prenons l’exemple de la création de l’univers, qui constitue sans doute l’un des phénomènes les plus mystérieux, étant entendu que plus de 70 % des versets coraniques évoquent de multiples sujets liés à la science qui furent tout aussi mystérieux jusqu’au vingtième siècle et dont la plupart demeure encore objet de questionnement.

La création de l’univers

Depuis la nuit des temps, toutes les civilisations se sont interrogées sur les origines de l’univers. Et s’il est impossible de recenser le nombre de théories et d’hypothèses avancées dans ce domaine, il est tout de même certain qu’aucune n’a jamais pu vraiment dévoiler la réalité de ce gigantesque phénomène.

Selon les anciennes légendes :

L’histoire nous enseigne que toutes les croyances à ce sujet ont été fondées sur l’ignorance qui prévalait dans les différentes époques de l’évolution.

Ainsi, pour le poète athénien Hésiode (VIII ème siècle av. J C), au départ, ce fut un gouffre béant d’où est sorti le cosmos.

Mais pour son compatriote le philosophe Anaximandre (VI ème av JC), le cosmos avait émergé d’une graine et, de manière infinie, évolua en grandissant comme une plante.

Après quoi, il y eut une très grande variété de théories encore plus surprenantes les unes que les autres.

Et puis vint la Bible, du moins celle qui est connue dans sa forme actuelle, comme pour innover dans ce domaine marqué par les fantaisies, quand bien même elle resta, elle aussi, bien loin de la réalité. Le Livre de la Genèse relate la création de l’univers mais avec beaucoup d’incohérences au regard de la science. On peut, en effet, y lire :

« Au premier jour, Dieu créa le ciel et la terre. Puis Il dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut ; Il sépara la lumière de l’obscurité … ».

« Au deuxième jour, Il fît une voûte pour séparer les eaux d’en bas des eaux d’en haut. Il appela cette voûte ciel… ».

« Le quatrième jour, Il fît des lumières dans le ciel pour séparer le jour de la nuit, et afin qu’elles puissent du haut du ciel éclairer la terre. Après le soleil et la lune, il ajouta les étoiles ».

On remarquera que, selon ce récit : (i) Dieu créa le ciel au premier jour et Il le créa aussi au deuxième jour sous la forme d’une voûte qu’Il appela également ciel ;

(ii) Dieu figure dans le texte à la troisième personne du singulier, ce qui signifie qu’IL n’en est pas l’auteur, mais qui ne veut pas dire non plus que l’historicité de la Bible n’était pas vraie, le Coran lui a d’ailleurs consacré tout un récit, c’est plutôt l’originalité de sa version actuelle qui est sujet à caution(1) ;

(III) les grandes séparations – le ciel et la terre, la lumière et l’obscurité, les eaux d’en bas et les eaux d’en haut – expriment ce qui apparaît comme une approximation et n’apporte aucun élément tangible permettant d’expliquer les mécanismes de la création originelle de l’univers ;

(IV) d’un point de vue scientifique, il est clair que les auteurs de la Bible prirent beaucoup de liberté en s’imaginant que les étoiles furent créées après le soleil et la lune : c’est une chronologie pour le moins contraire aux modèles scientifiques établis par les astronomes ainsi que les astrophysiciens et généralement admis par les autres membres de la communauté scientifique…

Selon la science :

En 1922, un mathématicien russe, Friedman, exposa une nouvelle théorie, révolutionnaire à l’époque, selon laquelle l’univers serait né de l’explosion d’une gigantesque boule de feu cosmique il y a treize milliards d’années et dont le rayon n’a cessé d’augmenter au fil des temps.

Sa théorie postule que cette formidable explosion diffusa un rayonnement intense sur toutes les longueurs d’ondes, produisant une lumière aussi bien dans le spectre visible que dans les autres rayonnements imperceptibles à l’œil humain.

En 1931, c’est l’astrophysicien belge, Georges Lemaitre, qui formula le premier l’actuelle théorie préconisant que l’univers résultait de l’explosion d’une matière hyper-concentrée qu’il qualifia d’atome primitif. Ce fut la naissance de la théorie du Big bang qui ne portait pas encore ce nom...

Ce sont ensuite deux physiciens américains, Ralph Alpher et George Gamow, qui ont le plus développé et vulgarisé cette théorie. Surtout Gamow avec ses calculs aboutissant à ce résultat que l’atome primitif de Georges Lemaitre était une masse compacte et devait couvrir un rayon de 40 millions de Km, c’est-à-dire 60 fois celui du soleil, mais que son volume par contre serait dans l’ordre de 10 p49 tonnes, soit 1 suivi de 49 zéros, ce qui représenterait environ 20 milliards de galaxies renfermant chacune 100 milliards d’étoiles.

En revanche, les savants n’ont jamais pu accorder leurs points de vue sur la densité de cet atome primitif : d’aucuns estiment qu’elle était infinie, d’autres ont calculé qu’un cube d’un millimètre de cette matière pouvait peser plusieurs milliards de tonnes.

Ils admettent cependant, presque unanimement, que toute la matière céleste (étoiles, planètes, comètes, météores, poussières, nuages cosmiques, molécules et particules diverses) était concentrée dans cette masse d’atome ultra dense qui aurait explosé pour donner naissance à l’univers.

Telle est, succinctement, l’approche du modèle scientifique qui s’est forgé au siècle passé et qui continue toujours son cheminement pour mieux comprendre l’univers et son origine.

A présent examinons les descriptions de quelques versets coraniques à ce sujet ; sachant auparavant que les hypothèses scientifiques soutenues aujourd’hui par la communauté scientifique, qui sont parfaitement conformes à ces descriptions, ne devraient pas nous faire croire que le Coran avait besoin de leur appui pour prouver les vérités éternelles qui y sont révélées ;

c’est plutôt cette communauté de ‘’ceux qui savent’’ qui devrait ouvrir son cœur pour reconnaître définitivement que le Message porté au septième siècle, par un homme illettré, était effectivement une prophétie divine qui transcende la raison humaine.

Selon le Coran(2):

« Les incrédules ne voient-ils pas que les cieux et la terre formaient à l’origine une masse compacte ? Nous les avons ensuite scindés (fafetaqnahouma) et Nous avons tiré de l’eau toute chose vivante. Se décideront-ils à croire ? » (Les Prophètes, Verset 30).

Première remarque :

Ce sont bien les cieux (pas un ciel) ainsi que la terre qui forment l’univers : « Celui (Allah) qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux… » (La Royauté, V23).

En arabe, le mot ratqâne traduit ici par masse compacte désigne effectivement quelque chose qui a un volume dur et compact ; le terme fafetaqnahouma (‘’Nous les avons ensuite scindés’’) signifie, lui, une puissante action de séparation qui implique un éclatement;

En suivant les programmes de télévision relatifs à la théorie du Big bang ou en parcourant un peu la littérature y afférente, ce qui revient tout de suite à l’esprit est évidement ce verset 30 décrivant cette masse compacte originelle (ratqâne) qui fut désagrégée par l’Omniscience et la Toute Puissance du Seigneur de l’univers…

Deuxième remarque :

Concernant la dernière partie du même verset ‘’ et Nous avons tiré de l’eau toute chose vivante’’, on pouvait bien se demander au septième siècle en quoi elle était en rapport avec la première partie. De fait, c’est seulement au vingtième siècle que la science a pu déterminer le niveau (60 à 90%) de la proportion de l’eau dans la composition de tout être ou ‘’ de toute chose vivante’’ ;

c’est aussi durant ce siècle qu’elle découvrit que même la matière minérale, tel que l’uranium qui libère l’isotope 235 U, une matière naturelle, ne pouvait entrer en réaction qu’en présence de l’eau qui lui permet de se transformer par fission en atome, un composée de protons, neutrons et électrons, d’où l’arme nucléaire ; et c’est encore avec l’eau que les scientifiques procèdent à l’ionisation (transformation) de cette matière en anions et en cations, c’est-à-dire en puissantes charges électriques négatives et positives, d’où les centrales nucléaires.

De ce qui précède, il ressort que le Coran était très en avance par rapport aux savants, puisqu’il fut le premier à décrire, au septième siècle et de façon sans équivoque la masse compacte que la Volonté divine éclata pour donner naissance à l’univers…. (A suivre)

Suite : L’expansion de la planète et la rotation orbitale du soleil et de la lune :

(1)Pour preuves : Les Evangiles canonisés (c’est-à-dire dépouillés de textes jugés par l’Eglise comme apocryphes pour certains et surannés pour d’autres textes) sont attribués à quatre auteurs : Jean, Luc, Mathieu et Marc. De même, la Bible hébraïque fut écrite, selon les historiens, plusieurs fois par des tendances rabbiniques aux traditions différentes et dans des époques très éloignées les unes des autres.

[1] Les versets qui seront cités ici sont tirés de la traduction du Saint Coran de Sadouk Mazigh (mort en 1990).



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