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30-12-2017

15:54

Mauritanie: un nouveau patron de patrons sur fond de contestation

Le360 - Les assises du 13e congrès de l'Union nationale du patronat de Mauritanie (UNPM) ont élu jeudi nuit, Zeine El Abidine Ould Cheikh Ahmed, en qualité de nouveau président de leur confédération. Une élection sur fond de vives contestations du camp du président sortant.

Le 13e congrès ordinaire de l’Union nationale du patronat de Mauritanie (UNPM) a clôturé ses assises jeudi soir, au Centre international des conférences de Nouakchott (CICN), par l’élection d’un nouveau bureau de 18 membres, sous la présidence du "nouveau riche", Zeine El Abidine Ould Cheikh Ahmed.

Présenté comme un «très proche» du pouvoir, Zeine El Abidine n'est autre que le président de la toute nouvelle Banque mauritanienne pour l’industrie (BMI), une institution dite à vocation "islamique" mais qui connait déjà un envol si fulgurant, qu'on en parle beaucoup dans les salons de Nouakchott.

Les identités réelles des actionnaires tapis derrière la dernière née des banques mauritaniennes restent du domaine du clair-obscur.

S’exprimant à l’issue des travaux du congrès, le ministre mauritanien de l’Economie et des finances, Moctar Ould Diaye, décrit le contexte national en ces termes: «La contribution du secteur privé dans le processus de développement du pays était faible en raison d’un certain nombre de facteurs: médiocrité des infrastructures, manque de financements, faiblesse des ressources humaines…. Mais le gouvernement, sous l’impulsion du président Mohamed Ould Abdel Aziz, travaillera désormais à relever ces défis, en coopérant avec le nouveau bureau du patronat».

En attendant d'y voir plus clair, le choix du nouveau patron des patrons, jusqu'à hier encore tenancier d'une modeste papeterie qui lui permettait juste de subsister au quotidien, s’est déroulé sur fond de vive contestations de la part des partisans du président sortant de l’UNFP, mais aussi des juristes et analystes.

Aussitôt cette nouvelle tombée, maître El Yezid Ould Yezid, avocat du président sortant de l’UNPM, Ahmed Baba Ould Azizi, absent du pays depuis plusieurs mois, dénonce "le caractère illégal du congrès, qui aurait débouché sur la mise en place d’un nouveau bureau".

"Je tiens à rappeler que la convocation d’un 13e congrès de l’UNPM ne peut se faire que par le biais du président légitime de l’institution, Ahmed Baba Ould Azizi, ou par une décision de justice revêtue de l’autorité de la chose jugée".


Or, ajoute-t-il, "Ahmed Baba Ould Azizi n’a adressé aucune convocation pour la tenue d’un tel congrès, et la justice, saisie au sujet de cette convocation, continue d’instruire ce dossier qui est actuellement devant la Cour suprême".

A l’appui de sa déclaration l’avocat évoque "les dispositions légales et statutaires nécessaires à la tenue d’un congrès de l’UNPM: la tenue des assemblées générales de toutes les fédérations précédant le congrès, pour que leur mandat soit à jour et que leurs délégués soient élus, ainsi que le paiement régulier des cotisations des membres".

Or, sur ces 2 points essentiels, qui ont bloqué jusqu’à présent la convocation du congrès, les choses ont pris une tournure rocambolesque. "Les cotisations des fédérations n’ont été payées qu’en juillet 2017, en grande partie directement par la personne qui s’est fait élire illégalement ce 28 décembre, en violation de toutes les règles relatives à la transparence dans la gestion des fonds, à l’éthique et même à la loi anticorruption, qui a été pourtant invoquée dans un autre dossier pour des faits beaucoup plus licites".

Commentant cette élection, Pr Lô Gourmo Abdoul, vice-président de l’Union des Forces de Progrès (UFP, opposition), estime dans une contribution publiée par plusieurs organes de presse, que la configuration du patronat mauritanien confirme de manière encore plus retentissante la polarisation ethnique, et même sous ethnique, tribale de cette classe économique.

Elle confirme le laminage du reste de la bourgeoisie négro africaine, désormais quasiment inexistante dans le pays comme l’est la composante Haratine au sein de cette classe économique dominante, avant d'ajouter que l'Etat, au lieu d’être un régulateur et un intégrateur social, est devenu un simple instrument entre les mains d’un pôle économique et social dominant, de plus en plus restreint à sa plus simple expression, qui dicte une politique discriminatoire à courte vue.

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya




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