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25-08-2018

12:52

Sahara : Une jonction terrestre algéro-mauritanienne en faveur du Polisario

Le Desk - Décidé au plus fort de la crise entre le Maroc et le Polisario autour du corridor de Guerguerat à l’extrême sud du Sahara Occidental, un poste-frontière assurant la liaison terrestre entre l’Algérie et la Mauritanie a été inauguré à proximité de Tindouf.

La route ainsi ouverte offrira un débouché aux produits algériens vers le Sahel, mais servira aussi à satisfaire les velléités du Polisario dans la zone. L’Algérie et la Mauritanie ont ouvert le 20 août le premier poste frontalier terrestre entre les deux pays qui partagent 460 kilomètres de frontière commune aux confins du Sahara.

Situé à 75 km au sud de Tindouf en Algérie, il est destiné à assurer la jonction de la route menant vers la cité minière de Zouerate de 40 000 habitants située à la pointe nord du territoire mauritanien. De là, la liaison parcourra 632 kilomètres jusqu’à la capitale de la Mauritanie, Nouakchott.

Une Commission mixte algéro-mauritanienne avait autorisé la construction du poste frontière lors de sa dernière réunion en décembre 2017 à Alger.

Après huit mois de travaux, le ministre algérien de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et son homologue mauritanien, Ahmedou Ould Abdallah, ainsi que d’autres autorités, ont assisté le 20 août à la cérémonie d’ouverture du poste appelé du nom du nationaliste algérien Mustafa Ben Boulaid. Celui-ci est composé d’une cinquantaine de baraquements préfabriqués et de parkings.

Des débouchés pour l’Algérie au Sahel

« L’objectif est d’accroître les échanges et de faciliter les voyages entre les deux pays, dans le cadre d’une politique de renforcement des liens économiques et de l’amitié, garantissant la circulation des marchandises et des biens. Cela permettra également de renforcer le contrôle de la sécurité à la frontière entre les deux pays africains », ont fait savoir les deux parties.

L’Algérie a exporté en 2016 un total de 43,8 millions d’euros en Afrique subsaharienne. « Cette étape ouvre une nouvelle ère d’intégration entre les pays nord-africains et ceux du Sahel », selon la chaîne de télévision algérienne. La frontière s’étend sur 460 kilomètres de désert et dans la partie mauritanienne dans une zone sensible déclarée zone militaire, l’accès aux civils n’y est donc pas autorisé.

Un projet servant les intérêts du Polisario

Le point de départ à proximité de Tindouf, s’il trouve sa logique sur la carte, comporte néanmoins une forte symbolique politique, puisqu’il permettra aussi au Front Polisario dont les camps y sont installés de bénéficier également d’un accès plus aisé à la zone qu’il contrôle à l’est du mur de défense marocain au Sahara Occidental. Une étendue désertique objet de vives tensions récentes à l’ONU, Rabat ayant accusé le Front de vouloir y établir des bases permanentes et de s’y adonner à divers trafics.

D’un coût de 8,5 millions d’euros, l’édification de ce ruban de bitume et du poste-frontière ont aussi un objectif économique évident : il est censé concurrencer le point de passage de Guerguerat à l’extrême sud du territoire du Sahara Occidental qui constitue aujourd’hui la seule voie terrestre pour les exportations marocaines et internationales vers la Mauritanie, les pays du Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Le corridor de Guerguerat avait, lui aussi, connu une escalade entre le Maroc et le Polisario entre 2016 et 2017.

Or, pour nombre d’observateurs, la voie algéro-mauritanienne est bien moins aisée à emprunter pour le transport de marchandises que celle de Guerguerat, sans compter le transit des milliers de touristes qui la choisissent pour des raisons évidentes de sécurité et de moyens logistiques disponibles.

Par Issam El Yadari



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