Cridem

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29-08-2018

17:45

Voilà pourquoi Aziz ne doit pas partir

Mohamed Hanefi - Ce jour-là, devant le portail de l’hôpital national, un jeune homme couché à plat ventre avait un poignard planté jusqu’à la garde dans le dos. Je le regardais, révolté par l’apparente inattention, mais surtout par l’inaction de ceux qui gravitaient autour de lui.

Pourquoi diable personne ne se penche pour retirer ce couteau ? Quand je posais la question à l’un des infirmiers, il me répondit : « impossible de retirer le couteau. Il va saigner de l’intérieur et mourir."

Il faut une chirurgie.

Étrange similitude avec le « Système », qui a pris possession d’Aziz et de la Mauritanie. Et qui d’une pierre a fait deux coups. Ce pays est difficilement conçu pour progresser et être libre. Et c’est le libre choix de ses citoyens qui en a décidé ainsi.

On ne peut empêcher personne de se faire harakiri, quand il le décide.

Ce peuple est tellement bon, tellement naïf, tellement impulsif, tellement facile, tellement crédible, tellement confiant que ses bergers en font ce qu’ils veulent et comme ils le veulent. Et son sort que depuis l’aube de l’indépendance son sort ne pouvait dépendre que de la rectitude, de la droiture et de la vertu de ses cadres.

Hors, le cadre chez nous cadre mal avec tout ce qui n’est pas son intérêt personnel, la priorité de ses proches sa vie sous les apparences et l’exploitation de tous ceux et tout ce qui tombent sous sa domination.

L’équation est donc faussée depuis le départ.

Le mal est d’autant plus grave et plus aggravé que la dextérité de chez nous à épouser les circonstances, à jouer les comédies depuis la religieuse, passant par la politique, brûlant les feux du social, aveuglant les yeux de la censure et de la morale, font de notre élite des commandos blindés, capables de faire voguer les navires, sur les dunes de sables.

Personnellement je ne vote personne, je n’ai jamais voté personne. Comme tout ce qui est sur le dos de la terre de ce pays, mon droit de vote de citoyen vivant l’exil, a été phagocyté par cette situation anormale, anachronique et déséquilibrée, qui fait qu’une jalousie douloureuse me prend aux tripes, à chaque fois que je passe dans un pays, où le citoyen, peut marcher en levant la tête. Je peux cependant, et j’en remercie ceux qui m’en ont au moins laissé le droit, exprimer mon opinion sur une situation, qui pour sûr, nous mènera à une catastrophe certaine.

Je viens de passer deux mois et demi dans le pays. Période au cours de laquelle, j’ai fui la capitale, la politique et les politiciens.

C’était une bonne chose.

Mais en même temps j’ai pu constater avec tristesse et amertume, comment ces citoyens, pour la plupart vivant sous les vapeurs, qui tardent à se dissiper d’une civilisation et de traditions, qui en ont fait une cible facile, pour tous les malhonnêtes du pays et d’ailleurs, sont en danger.

J’ai vu de mes yeux et entendu de mes oreilles, comment les démons du tribalisme, du clanisme, du racisme, des vieilles haines, ont été brutalement tirés de leur sommeil. Réveillés et tirés des fonds du monde de l’obscurité et de l’obscurantisme abjecte, pour manipuler les masses. Le but, jamais avoué est d’en faire des catapultes aveugles, pour pulvériser les obstacles aux chefferies, aux hégémonies, au profit et au leadership, qui ouvre les sésames des commandes de l’influence et de l’argent.

Des citoyens en argile, avec lesquels on fabrique la poterie qu’on veut, selon la situation qu’on désire et le siège convoité, pour poser un derrière.

Las ! Quelle honte et quelle fourberie. Vendre son pays, ses parents, ses frères, ses sœurs, et la carte de son existence pour un siège ou un confort, fades et délavés par le nombre de fois où un postérieur s’est posé dessus.

Non ! Et ce n’est qu’un avis. Ce n’est que mon avis : Aziz, ne doit pas partir, tant que nous n’avons pas vu qui remplira son siège, de façon différente.

Ceci ne le dédouane nullement de la responsabilité, d’avoir plié à un moment donné aux toiles d’araignée de la gabegie, qu’il avait fustigé à Nouadhibou. Un jour qu’il tirait à boulets rouges sur « ceux qui semblent ne pas avoir pitié de ce pauvre peuple ». Ceux qui disait-il « ne pensent qu’à fournir le fourrage pour leurs chameaux et leurs moutons. ».

Aujourd’hui le fourrage est pour les V8, les Villas, les mariages, les randonnées dans le monde sur le compte d’un peuple qui plie sous la misère. Un fourrage tellement gras que notre cheptel en a crevé de cholestérol.

Bien que le but de ce texte ne soit de critiquer personne, je ne peux m’empêcher de rappeler certaines horreurs, qui ne peuvent en aucun cas rimer avec l’intention de vouloir briguer ou même prétendre vouloir un bien pour ce peuple. Car on ne peut avancer en reculant.

Avec toutes les réalisations (plutôt pour les beaux yeux des bourgeois), des vagues intarissables de citoyens continuent à mourir brutalement si ce n’est par la faim ou l’ignorance, ils finissent pulvérisés sur le dos arqué et rugueux de ces monstres de routes nationales, dont la soif de sang ne s’étanche jamais et qui semblent rigoler de notre prétention à être un pays civilisé.

La sècheresse qui sévit, a désaxé des paysans ahuris, qui ne trouvent ni sensibilisation, ni aide. Et bien sûr, quand on sait que l’ingénieur, les spécialistes, les techniciens et mêmes les hâbleurs tout court, sont en campagne, pour être députés et de députés, ils seront des « parleurs ». Ils tourneront la langue pour un salaire facile et une influence, pour une tutelle qui ne leur pèsera jamais sur la conscience. Aux prochaines élections, ils reprendront le manège. Et avec le temps le coup par coup deviendra automatique. Ils pourront mitrailler les constitutions, les conventions, les habitudes, les traditions et les usages.

Quand l’homme se tue à être Dieu, souvent il devient moins qu’une bestiole. Le vrai face à face n’est pas entre les politiciens ou les partis politiques. Ils sont tous animés de la même intention et la même convoitise.

Le vrai conflit se situe entre un peuple bon faible, malléable, contre des groupes de ses enfants qu’il a générés dans l’espoir et qui l’assassinent par gourmandise.

Aziz ne doit partir qu’après avoir expliqué pourquoi il a tué l’espoir qu’il a fait naitre dans les poitrines des pauvres. Et pourquoi il a permis aux vautours et aux rapaces de continuer à planer dans le ciel du pays pour le dominer et le maitriser, contre tout intérêt supérieur de la nation. Pourquoi il a joué sur les vieilles cordes du tribalisme, au point de mettre le pays en péril et diviser ses enfants pour des échéances indéfinies.

Pourquoi l’enseignement est-il dans cette situation sous le règne d’un homme sur lequel tous les espoirs étaient fondés.

Pourquoi cet écart immoral entre celui qui mange et celui qui n’a rien à se mettre sous la dent. Etc… Aziz a été responsable, pour une décennie de la vie et de la mort de centaines de citoyens. Il doit expliquer, s’expliquer, pour que nous puissions le situer dans l’histoire du pays dans la place bonne ou mauvaise selon sa prestation.

Il doit lui-même demander des comptes à tout celui qui l’aurait induit en erreur, si inducteur en erreur il y a. C’est ainsi que les pays avancent et c’est ainsi que personne ne sera tyrannisée par la fausseté des jugements.

La répétition de ces scénarios, devient éprouvante pour nous autres les « cibles- proies ». Celui qui remplacera le président Mohamed ould Abd Aziz, doit étaler ses stratégies, et qu’elles ne soient pas la traditionnelle litanie contre l’autorité précédente, pour bouffer à la place de celui qui bouffait déjà.

C’est fini ! cette stratégie est désuète et délavée par les rafales de mensonges et les orages de promesses non tenues…jamais tenues qui la caractérisent. Craignez Dieu dans ce peuple. Vous finirez tous un jour dans une tombe.

Nous en avons marre ! S’il faut opter pour un moindre mal, nous choisissons celui qui est déjà rassasié. Au moins, peut-être, il laissera tomber quelques miettes pour le pauvre. Nous avons tout vu, tout entendu, tout avalé et nous connaissons qui vous êtes.

Mes deux dernières nuits à Nouakchott, dans la cacophonie de hauts parleurs, qui n’expriment rien d’intelligible, mais qui assourdissent le citoyen, pour lui faire perdre l’ouïe et les pédales avec. Je me suis souvent demandé, les yeux grands ouvert dans l’obscurité, « Ces gens-là que diront-ils à Allah le jour de la rétribution. ».

Je ne pouvais savoir s’il s’agissait de Jamil Mansour, de Messaoud Boulkheir, d’Ahmed Daddah, de Biram, de « Tawa soûl », Sawab, UPR, d’un mariage ou du Sabar d’un baptême Wolof dans les environs. Le même tintamarre flou et envahissant de griots qui chantaient, des tam-tams sourds et lourds, qui m’empêchaient de fermer les paupières, alors que je devais être à l’aéroport à trois heures du matin, pour un long voyage.

J’ai quitté mon pays sans comprendre pourquoi un si authentique pays ne vaut-il même pas quatre sous pour ses enfants. Et comment pour des pacotilles éphémères, on peut vendre tout ce qu’on a de plus cher.

يا ويلكم من الله.

Mohamed Hanefi. Koweït.



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