Cridem

Lancer l'impression
02-09-2018

18:28

Mauritanie : Vers un troisième mandat pour Mohamed Ould Abdel Aziz ?

France24 - Un million quatre cent mille électeurs étaient appelés aux urnes, samedi, en Mauritanie. Ces élections ont valeur de test pour le régime de Mohamed Ould Abdelaziz et pourraient ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du président mauritanien.

Après une fin de campagne houleuse, les Mauritaniens se sont rendus aux urnes samedi 1er septembre pour des élections législatives, régionales et locales qui constituent un test pour le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz, à moins d'un an de la présidentielle de la mi-2019.

A 19 heures, heure prévue pour la fermeture des bureaux, plusieurs centaines d'électeurs attendaient toujours dans la cour du centre de vote de Teyarrett, un quartier populaire de la capitale Nouakchott, a constaté un correspondant de l'AFP. "Tous ceux qui se trouvent à l'intérieur de la cour pourront voter", ce qui devrait prolonger les opérations de vote jusqu'à "tard dans la nuit", a expliqué le président de ce bureau de vote.

Le taux de participation s'établissait à 18 heures dans une fourchette de 40 à 60% selon les régions, avec une moyenne nationale de 42%, a indiqué à l'AFP un membre de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Dans les bureaux de Nouakchott visités par l'AFP, il était de 50 à 55% à 19 heures. Les premiers résultats sont attendus en début de semaine prochaine.

Un test pour l’opposition

Contrairement aux précédentes législatives de 2013, l'opposition a cette fois décidé d'y participer, y compris dans ses composantes dites "radicales", ce qui porte au nombre record de 98 les partis politiques en lice pour ce premier tour. "Il y a un fort enjeu puisque que la majorité des formations avait boycotté les précédentes législatives en 2013. Il s’agit aujourd’hui de montrer ce que pèsent ces différents partis", explique Sarah Sakho, l’envoyée spéciale de France 24 à Nouakchott.

Alors qu'opposants et ONG dénoncent régulièrement des atteintes aux droits de l'Homme, dont l'arrestation d'un ancien sénateur et le maintien au secret d'un blogueur accusé de blasphème, la campagne électorale s'est achevée jeudi soir par des échanges acerbes entre le pouvoir et l'opposition.

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a affirmé à Nouakchott que le pays était "en danger" à cause d'une opposition divisée entre, selon lui, "islamistes dangereux, extrémistes racistes et des résidus d'anciens régimes ayant mis le pays à genoux".

"Nous devons les tenir loin des affaires par un vote massif pour l'UPR", le parti présidentiel, a-t-il lancé à ses partisans. Les islamistes "n'attendent que leur échec politique pour prendre les armes"
, avait-il déjà déclaré mercredi.

"C'est M. Aziz qui a pris les armes contre un régime élu et assassiné la démocratie", a rétorqué un responsable du parti islamiste Tewassoul, Jemil Ould Mansour.

Mohamed Ould Abdel Aziz, un ancien général, est arrivé au pouvoir par un coup d'État en 2008, avant d'être élu en 2009 et réélu en 2014. Un autre responsable de l'opposition, Mohamed Ould Mouloud, a accusé le "régime" d'être "aux abois" et "de s'acheminer vers une fraude massive".

Vers un troisième mandat pour Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Ces élections constituent en effet un test à moins d'un an de la présidentielle, prévue mi-2019. "Si la majorité présidentielle obtient plus de deux tiers des sièges, alors elle pourra si elle le souhaite modifier la Constitution, ce qui ouvrirait à la voie à un éventuel troisième mandat du président. C’est en tout cas ce que craint l’opposition mauritanienne, qui ne croit pas aux promesses du président qu’il partira après son deuxième mandat", précise Sarah Sakho.

Pour notre envoyée spéciale, un autre enjeu de ces élections sera le cas de Biram Ould Dah Ould Abeid, célèbre militant anti-esclavagiste, actuellement incarcéré : "Il a fait un pari audacieux pour ces législatives. Pour se présenter, il a allié son mouvement avec un parti nationaliste arabe Sawab. Ce qui va à l’encontre de son bastion électoral".

Amnesty International a fustigé récemment les "arrestations et détentions" de deux opposants et militants anti-esclavagistes, estimant qu'il s'agissait des "pires signaux d'intimidation, de harcèlement et de répression par les autorités mauritaniennes des voix dissidentes" à l'approche de ces élections.

Vidéo par Sarah SAKHO

Texte par FRANCE 24







Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org