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06-09-2018

23:15

Mauritanie, des élections en forme de plébiscite

Mondafrique - Les élections législatives qui ont eu lieu le samedi 1er septembre en Mauritanie ont pour seul objectif de préparer la voie du troisième mandat présidentiel pour le chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, malgré son caractère anti constitutionnel.

« Même si tous les Chinois votaient aux élections en Mauritanie contre moi, je conserverais dans tous les cas la majorité absolue », s’amuse souvent en privé le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, dont l’humour n’est pas la qualité première, ni d’ailleurs le gout pour la démocratie.

Le logiciel du colonel Aziz, autoproclamé général depuis son accès au pouvoir en 2008 et adepte du coup d’état permanent, n’est clairement pas formaté pour la démocratie. Son seul objectif est d’utiliser le scrutin législatif comme un tremplin pour obtenir, dans quelques mois, un troisième mandat dont le caractère anti constitutionnel est avéré. » Si vous souhaitez que je me représente, a répété en substance Mohamed Ould Abdel Aziz, votez pour mon parti, l’Union Pour la République (UPR) ».

Et peu importe qu’il ait promis au printemps de ne plus se représenter et qu’il ait juré sur le coran qu’il respecterait le texte fondateur du pays. Dans le monde selon Aziz, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

L’achat de conscience

La campagne électorale qui a eu lieu cet été en Mauritanie a singé les grandes dramaturgies électorales des pays occidentaux. Maitre ès cynisme, le chef de l’Etat a totalement instrumentalisé la campagne électorale, marquée par l’interpellation des journalistes indépendants et l’emprisonnement d’un des principaux leaders politiques, Biram Dah Abeid, le chef du mouvement anti esclavagiste IRA.

Tous les moyens de l’Etat ont été mis au service du parti présidentiel, qui a pratiqué sur une grande échelle l’achat de vote par la distribution de liasses d’ougiyas, la monnaie locale.

Au final, une centaine de partis, pas moins, ont présenté des candidats pour des élections là la fois législatives, régionales et locales, provoquant une véritable confusion chez les électeurs sans culture démocratique et sommés de cocher les cases innombrables des bulletins. Dans de nombreux bureaux de vote, les représentants de l’opposition ont été juste jetés dehors, laissant aux hommes du pouvoir, souvent des agents du Basep, la garde présidentielle, contrôler le dépouillement des suffrages.

Enfin depuis samedi, jour du scrutin, les résultats sont délivrés au compte-gouttes par des médias officiels sous le seul contrôle de la commission électorale nationale indépendante (CENI), tout sauf indépendante et qui ne compte aucun représentant de l’opposition. Ce triste paysage politique n’a de démocratique que le nom.

Une démocratie d’opérette

Les « élections » tronquées que le pouvoir mauritanien organise depuis dix ans sont juste un aimable hochet qu’il agite face à ses partenaires occidentaux pour acheter leur silence, voir leur appui. Le président Aziz sait adopter la posture que ses « alliés » attendent de lui. Ainsi quand il reçoit le président français à Nouakchott début juillet, il s’engage à se mobiliser corps et âme en faveur du fameux G5 Sahel, l’obsession d’Emmanuel Macron qui cherche à sortir l’armée française du guêpier africain.

En échange, le chef de l’état français a laissé clairement entendre à son interlocuteur que la France saura être accommodante si Aziz s’apprête, par un troisième mandat, à suivre l’exemple des Bongo, Sassou, Deby et consorts, qui, eux non plus, n’ont guère subi de pressions françaises pour quitter le pouvoir.

Dernier geste, le président mauritanien libérait, vendredi dernier, un de ses principaux opposants, le sénateur Ghadda, emprisonné arbitrairement depuis un an malgré des condamnations innombrables ( y compris de l’ONU). Du coup, Mohamed Ould Abdel Aziz bénéficie d’une immunité internationale pour émasculer l’exercice démocratique auquel il prétend se livrer.

Les occidentaux, notamment les Français, détournent pudiquement les yeux sur ce qui ressemble seulement à une démocratie d’opérette.

Par Nicolas Beau



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