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02-07-2020

09:35

Tensions avec la Turquie: la France suspend sa participation à une opération de l'Otan

RFI - La France a confirmé ce mercredi 1er juillet sa décision de suspendre temporairement sa participation aux opérations de surveillance de l’Otan jusqu'à ce qu'elle obtienne des réponses à ses demandes concernant ses frictions avec la Turquie.

Pour dénoncer une forme d'impuissance de l'Alliance atlantique, la France annonce qu'elle va retirer ses moyens militaires de l'opération de sécurité maritime de l'Otan Sea Guardian.

Et dans un courrier envoyé mardi au siège de l'Alliance, Paris exige de ses partenaires qu'ils réaffirment leur engagement à imposer l'embargo sur les armes en Libye, mais aussi que les navires turcs cessent dorénavant d'utiliser des indicatifs Otan lorsqu'ils mènent des missions qui ne relèvent pas de l'Alliance.

Entre Paris et Ankara, l'affaire de la frégate Courbet est donc manifestement loin d'être soldée. Le 10 juin dernier, ce navire qui était alors en mission Sea Guardian avait tenté de contrôler un cargo suspecté de violer l'embargo sur les armes en Libye. Le Courbet avait alors subi les foudres de trois frégates turques qui l'escortaient et qui s'étaient servies de leur radar de commande de tir pour écarter le bâtiment de la marine nationale.

Rapport classifié « secret Otan »

Après une réunion houleuse lors d'un Conseil des ministres de la Défense de l'Otan, le secrétaire général de l'Alliance avait accepté de diligenter une enquête. Ce rapport classifié « secret Otan » n'a pas permis d'apaiser les tensions entre Paris et Ankara. Ce rapport va être l’objet de discussion au comité militaire de l’Otan, c’est-à-dire les trente chefs d’état-major des armées alliées rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet. D'ici là, personne ne prendra le risque d’en révéler le contenu et d’aucuns estiment pour le moins étrange que l’ambassadeur turc à Paris ait pris sur lui d’en parler.

Pour le reste l’Alliance ne prend aucune responsabilité et souligne que la participation à une opération est une décision purement nationale pour chaque pays. Mais c’est une nouvelle épine dans le pied pour le secrétaire général de l’Otan qui fait tout son possible pour maintenir l’unité des alliés. Après les nombreux cavaliers seuls des États-Unis, les tensions franco-turques viennent ouvrir un nouveau front. Non seulement la France pose des exigences en réclamant un engagement clair de l’Otan en faveur de l’embargo sur les armes pour la Libye, mais en outre, lors de la demande d’ouverture d’une enquête, elle a reçu au sein de l’Alliance le soutien de huit alliés européens et non des moindres.

Sur fond de désaccord en Libye, à Chypre, mais aussi sur la question des missiles russes S-400 acquis par Ankara, les relations ne cessent de se dégrader entre la France et la Turquie. À la demande de Paris, une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne se tiendra le 13 juillet pour débattre de la question turque. « Des sanctions ont déjà été prises à l'encontre de la Turquie par l'UE, en raison des forages que la Turquie initiait dans la zone économique maritime de Chypre (...) et d'autres sanctions peuvent être envisagées », a averti le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

«C'est l'un des dossiers stratégiques sur laquelle la France et la Turquie sont en désaccord parce qu'elles ont une compétition de puissance plus globale qui s'exprime particulièrement dans cette région de la Méditerranée et du Moyen-Orient, que les Français considèrent comme leur arrière-cour parce qu'ils ont été puissance coloniale et que les Turcs considèrent aussi comme leur espace naturel historique parce que l'Empire ottoman y a été présent pendant plusieurs siècles. Et finalement, aujourd'hui c'est un peu ça qui se joue symboliquement entre les deux pays», explique Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l’IFRI.

Par RFI





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