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30-07-2020

17:00

Tour du monde de l’adaptation | Nouakchott, la capitale tentaculaire de la Mauritanie, piégée entre l’océan et le désert

Novethic - Cet été, Novethic vous propose un tour du monde un peu particulier afin d’aller voir comment certaines régions s’organisent pour faire face aux premiers impacts du changement climatique. C’est ce qu’on appelle l’adaptation, dans le jargon diplomatique onusien.

Aujourd’hui, nous partons pour Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, au nord-ouest de l’Afrique. Elle doit gérer une densification croissante malgré l’avancée du désert, l’érosion du littoral et des inondations fréquentes.

Construite dans les années 1950 sur un campement nomade, Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, a connu un boom démographique foudroyant, passant de 2 000 à 600 000 habitants en 50 ans. La ville abrite aujourd’hui le tiers de la population mauritanienne. Néanmoins, le développement urbain s’est fait de façon anarchique, de nombreux secteurs se trouvant sous le niveau de la mer.

À cela s’ajoutent les impacts du changement climatique : érosion dunaire renforcée par l’augmentation des tempêtes extrêmes et des incursions marines, recul du trait de côte avec la hausse du niveau des océans, ensablements plus fréquents en raison des sécheresses…

"Notre seule frontière avec la mer est un cordon dunaire, dont le sable a longtemps été exploité illégalement pour bâtir la ville, explique Fatimetou Boukhreiss, cheffe de service des études et de la coopération à la Région de Nouakchott. La construction du port, perpendiculaire à la côte, a également bloqué la traversée naturelle du sable et contribué à l’érosion.

Au Nord-Est, nous devons faire face à l’avancée des dunes de sables et à des ensablements qui dégradent nos infrastructures et nos habitations. Enfin, nous sommes en proie à d’importantes inondations par les eaux de pluies", ajoute-t-elle.

Un besoin de financements avant tout

Face à ces nombreuses menaces, un projet d’appui à la résilience environnementale et au développement durable de la ville de Nouakchott, financé par l’Union européenne, a été mis en œuvre par la région de Nouakchott.

Il repose notamment sur la restauration du cordon dunaire, la relocalisation des populations en situation de risques, un projet pilote de "quartier-éponge" contre les inondations ou encore l’assainissement de l’ensemble de la ville. "Mais c’est un cas extrêmement complexe, qui cumule de nombreux enjeux", commente Guillaume Simonet, chercheur indépendant et consultant sur l’adaptation.

Dans sa contribution climatique de 2015, la Mauritanie avait estimé ses besoins pour mettre en œuvre les différentes mesures d’adaptation à 9,4 milliards de dollars. "Notre plus gros problème est le manque de financements, souligne Fatimetou Boukhreiss. La Mauritanie est un grand pays avec des infrastructures qui coûtent très chères à construire.

Notre gouvernement se concentre là-dessus plutôt que sur le changement climatique, car sa priorité est avant tout de donner à boire aux gens et de leur amener l’électricité." Les pays du Nord se sont engagés à contribuer aux efforts de transition des pays du Sud à hauteur de 100 milliards de dollars chaque année, à partir de 2020. Mais seuls 20 % des fonds vont à l'adaptation…


Concepcion Alvarez @conce1

Cette série est réalisée en collaboration avec Climate Chance qui a publié, en 2019, un cahier spécial sur le bilan des actions d'adaptation à travers le monde d'où sont tirés les exemples développés.



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