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Indépendance contestée : deux voix parlementaires, deux visions de l’histoire
SHEMS MAARIF - Lors d’un débat organisé par TTV, deux députés, Khadjata Diallo et Daoud Ahmed Aïcha, ont confronté leurs points de vue autour d’une question sensible : faut-il célébrer l’indépendance le 28 novembre alors que certains citoyens appellent au boycott de cette date ?
Ce débat intervient dans un contexte national marqué par des mémoires encore vives et des lectures divergentes de l’histoire récente du pays.
Dès l’ouverture des échanges, Daoud Ahmed Aïcha a fermement défendu le maintien des célébrations.
Selon lui, aucune raison ne saurait justifier l’abandon d’une date « fondatrice » de l’État mauritanien. Il a estimé que, même si la perte de vies humaines est toujours injuste et condamnable, elle ne doit pas servir de motif à un boycott qui risque, selon lui, « d’affaiblir l’unité nationale ».
Le député a illustré son propos par un exemple personnel : son propre grand-père est décédé le 28 novembre 1905, mais cela n’empêche pas, dit-il, sa famille d’honorer cette date considérée comme la fête nationale par excellence.
En face, Khadjata Diallo a adopté une position diamétralement opposée. Pour elle, les événements tragiques de 1990-1991, survenus précisément autour de cette date, constituent une « tache noire » dans la mémoire collective mauritanienne. Elle estime que le pays ne peut célébrer sereinement son indépendance tant que ces faits ne sont ni reconnus, ni élucidés.
La députée a plaidé pour qu’une enquête nationale soit ouverte afin d’établir la vérité et de permettre aux familles des victimes de faire leur deuil dans la dignité. « On ne peut construire une nation sur des non-dits », a-t-elle insisté.
Ce débat, parfois vif mais toujours courtois, met en lumière une fracture mémorielle encore vive dans la société mauritanienne, partagée entre le devoir de célébration et l’exigence de vérité historique.