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Docteur Bettar El Arby (RAG): "Les acteurs politiques invités au dialogue ne représentent pas la population"
LE CALAME : Professeur à l'Université de Nouakchott, Docteur Bettar El Arby est membre du parti RAG (non reconnu). ENTRETIEN....
Le Calame : Le président Ghazouani a rencontré plusieurs acteurs politiques de l’opposition pour discuter des préparatifs du dialogue politique en gestation. Même si votre mouvement a décidé de boycotter ce conclave, il n’a certainement pas manqué de suivre, à distance, ces concertations au Palais. Qu’en pensez-vous donc ?
Docteur Bettar El Arby : Pour nous, le gouvernement n’a présenté aux Mauritaniens qu’une scène de théâtre. Premièrement, les acteurs invités ne représentent pas la population : la majorité parmi eux est inconnue sur le plan politique. Secondement, le fait d'inviter cinquante-deux personnes pour discuter quinze minutes n’a pas de sens. Pour notre mouvement, surtout le parti RAG, nous boycottons le prétendu dialogue, mais nous prendrons en considération la plateforme présentée par l'opposition. Et c'est évident que nous en suivons et suivrons toutes les péripéties de près, comme tous les acteurs politiques.
- Au cours d’une conférence de presse tenue le lundi 5 Janvier par la Coalition anti-système, le président Biram a déclaré que l’opposition a élaboré une plateforme crédible prenant en compte les préoccupations de l’opposition et que si ce dialogue vient régler les problèmes de la Mauritanie, il applaudira. Pourquoi donc refuse-t-il d’y participer et contribuer ainsi à la réalisation d’une telle ambition ?
- L'honorable député Biram Dah qui préside la Coalition anti-système n'est pas contre la réussite de quelque initiative que ce soit, d'où qu’elle vienne, surtout si elle ambitionne de satisfaire toutes les revendications de la plateforme crédible que soutient la Coalition.
- Après la rencontre entre le facilitateur du dialogue et le président Biram, n’y aurait-il pas eu des tentatives de la part du gouvernement ou de vos amis de l’opposition visant à convaincre l’IRA ou le RAG de reconsidérer leur boycott ? Si oui, sur quoi ont porté les divergences ?
- Tout le monde a essayé de convaincre le président Biram Dah de participer au dialogue – le coordinateur Moussa Fall l’a même tenté plusieurs fois –, mais aucun de ces acteurs politiques n'ont pu persuader le gouvernement de faire un effort, en répondant positivement à toutes les conditions du RAG et des autres partis de notre coalition. C’est justement sur ce point que portent les divergences.
- Au cours de ladite conférence de presse, la Coalition anti-système a condamné les appels au meurtre contre la personne du député Biram Dah Abeïd et dénoncé l’absence de réaction du gouvernement. Qu’est-ce qui explique ce silence de l’Exécutif, selon votre parti ? Qu’attendiez-vous des autorités ?
- Pour les appels au meurtre à l’encontre de l'honorable député Biram Dah, je pense que le silence du gouvernement vise à pousser à la manifestation les militants de l’IRA et du RAG, afin de trouver un prétexte pour les mettre en prison et intimider l'honorable député, mais cette posture doit être condamnée par tous les Mauritaniens, en tant que musulmans. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et sanctionner les auteurs de tels propos. Si ces menaces continuent, les Mauritaniens se retrouveront devant des situations difficiles que celui-ci ne pourra plus maîtriser.
- Dans un communiqué diffusé lors de leur conférence de presse, la Coalition anti-aystème réclame la libération de ses militants arrêtés depuis des mois. Que leur reproche-t-on ?
- Je pense que tous les Mauritaniens doivent réclamer la libération de tous les militants arrêtés qui n'ont fait qu’exprimer leurs opinions. Le gouvernement y a intérêt, s'il veut, bien sûr, susciter et appliquer les conditions d’une saine démocratie.
Propos recueillis par Dalay Lam