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Mali: blocus jihadiste à Nioro du Sahel, «la situation est sous contrôle» selon les autorités de transition
RFI AFRIQUE -
Au Mali, la « journée de la souveraineté retrouvée » a été célébrée mercredi 14 janvier par les autorités de transition dans tout le pays.
À Nioro du Sahel, dans le sud du Mali, près de la frontière mauritanienne, un ministre est venu de Bamako spécialement pour l’occasion, par avion, en dépit du blocus imposé sur la ville depuis le 3 septembre par les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda. Mais cette visite n’empêche pas le calvaire des plus de 50 000 habitants de Nioro de se poursuivre.
« La situation à Nioro est sous contrôle », c’est ce que le ministre de l’Élevage et de la Pêche a déclaré à RFI. Youba Ba, lui-même originaire de la ville, est arrivé à Nioro lundi, par avion, dans le même vol que le gouverneur de la région qui se trouvait également à Bamako.
La souveraineté, l’avion et la route
Mercredi, le ministre a célébré à Nioro la « journée de la souveraineté retrouvée », organisée pour la quatrième année par les autorités maliennes de transition. Les communiqués officiels publiés par le ministère et par le gouvernorat racontent la montée des couleurs ou encore la « leçon modèle » prodiguée aux élèves, mais n’évoquent à aucun moment le blocus imposé par le Jnim à Nioro depuis près de cinq mois.
« La souveraineté serait retrouvée s’ils osaient venir par la route », ironise un notable de la ville, qui dénonce une « mascarade ».
Au moins une quarantaine d’otages
Lundi, le jour même de l’arrivée du ministre, la crainte d’une attaque jihadiste sur la ville avait mis l’armée en alerte et incité des écoles à renvoyer les enfants chez eux.
Selon les témoignages de nombreux habitants de Nioro, les jihadistes contrôlent toutes les routes alentours et interdisent à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville. Au moins une quarantaine de personnes ayant pris le risque ont ainsi été capturées et sont actuellement détenues, selon les estimations de notabilités locales.
« Les terroristes sont à un kilomètre de la ville, déclare une habitante, jointe par la rédaction en mandenkan et fulfulde de RFI. S’ils prennent quelqu’un et qu’ils voient sur ses papiers qu’il est de Nioro, ils l’enlèvent ou ils le tuent. Nous n’osons pas sortir. »
Mardi, le lendemain de l’arrivée du ministre, un enseignant en poste dans la localité voisine de Bema a été enlevé près de Fassoudébé, sur la route menant à Nioro. Il a depuis rejoint le nombre des otages du Jnim. Le 3 janvier dernier, l’armée malienne indiquait avoir libéré un otage « avec sa charrette » près du village de Gourel Hairé, au nord-ouest de Nioro, sans fournir de détails sur l’opération.
Aliments et médicaments
Les habitants joints par RFI disent également souffrir du manque croissant de denrées alimentaires, de médicaments et de carburant, ainsi que d’importantes coupures d’eau et d’électricité. La raréfaction de certains produits a également provoqué des hausses de prix.
Interrogé sur ces différents points, le ministre Youba Ba, qui indiquait jeudi matin ne pas avoir quitté la ville, répète à plusieurs reprises : « La situation à Nioro est sous contrôle. »
Par :
David Baché