10:58
Mali: «Jeune Afrique» interdit par les autorités, «diffamatoire» répond le mensuel
RFI AFRIQUE - Au Mali, dans une décision datée du 16 janvier 2026, le ministre de l’Administration territoriale, le général Abdoulaye Maïga, annonce l’interdiction de « la circulation, la distribution et la vente du journal Jeune Afrique. François Soudan, directeur de publication du magazine, réagit au micro de RFI.
Le document officiel invoque notamment des « accusations fallacieuses » concernant l’approvisionnement en carburant, l'« apologie du terrorisme », des accusations d’exactions portées contre les forces armées du Burkina Faso, une « absence d’objectivité », de la « diffamation et incitation à la haine », sans toutefois présenter d’exemple ni citer d’article.
Ancien hebdomadaire, Jeune Afrique est passé en publication mensuelle en 2020 et publie depuis l’essentiel de ses informations sur son site internet. Son directeur de publication, François Soudan, réagit au micro de Carol Valade, de la rédaction Afrique.
« Il y a deux accusations qui ne méritent même pas qu'on s'y arrête tant elles sont diffamatoires et relèvent de des éléments de langage à la fois primaires, usés jusqu'à la corde des juntes. Toute critique est ipso facto qualifiée d'apologie du terrorisme et d'incitation à la haine.
Mais il y a deux autres motifs qui montrent bien, je crois, que notre travail touche à des points particulièrement sensibles. D'abord, notre couverture de la crise du carburant, et puis la deuxième chose, c'est notre couverture des exactions contre une partie de la population, tant par les groupes jihadistes qui pratiquent le terrorisme, que par l'armée et les milices comme les VDP ou l'ex-groupe Wagner, aujourd'hui Afrikacorps. Ça a fait l'objet d'enquêtes qui effectivement contredisent totalement le discours officiel.
C'est une décision qui est regrettable, qui est archaïque à l'ère du numérique, qui bafoue le droit des lecteurs maliens à une information pluraliste, mais qui n'aura aucun effet sur notre volonté d'une information objective et équilibrée. Il en va pour Jeune Afrique comme il en va, je crois, pour tous les journaux aussi de presse écrite qui sont maintenant interdits partout dans les trois capitales du Sahel. »
Au Mali, les chaînes RFI et France 24 sont suspendues de façon permanente depuis 2022, et TV5 Monde depuis mai 2025.
Par RFI