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01-02-2026

17:06

Symposium International de l’OMROP : la recherche, avisée et la profession, apaisée

L’Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP) a organisé, du 27 au 29 janvier à Nouakchott, un Symposium International sur le poulpe (Octopus vulgaris).

Celui-ci a été l’occasion pour des participants, venus de tous les continents, de confronter les résultats de leurs recherches et d’échanger leurs expériences sur une espèce stratégique pour les pays côtiers et énigmatiques pour ceux qui ont la charge d’éclairer les décideurs sur les meilleures stratégies pour son exploitation et sa gestion de manière durable.

La présence du Sénégal, du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, était incontestablement un bonus pour la manifestation et la réalisation de ses objectifs.

Alors, les trois jours du Symposium ont permis aux participants de découvrir que le poulpe est une espèce dont l’intelligence rend difficile l’étude de son éthologie, de sa biologie et de son écologie, bref la caractérisation précise de son comportement face aux stratégies développées pour sa capture, pour l’évaluation de ses stocks et de l’impact des changements climatiques sur ses populations (échelle de cohorte, de biocénose ou d’écosystème).

Les informations apportées sur son cycle de vie (1 à 2 ans), semblent d’un côté, semer le doute sur le taux admissible de captures annuel (TAC) de 29.000 tonnes/an appliqué en Mauritanie et de l’autre, créer un espoir chez les professionnels qui réalisassent, dans la pratique, une production annuelle allant jusqu’à plus de 50.000 t/an. Désormais, les spécificités éco-biologiques du poulpe, imposeront l’application de modèles d’évaluation et une échelle de temps différents des cas des stocks de poisson et de crustacés (TAC saisonnier ou au plus pour une année).

Le fait que le poulpe se nourrit, de préférence ou de façon dominante, des crustacés et des cadavres (résultant de la mortalité par pêche ou des rejets surtout des navires de la pêche industrielle hauturière), était un autre résultat salué par les professionnels. Même si ces résultats sont parfois nuancés, pour les professionnels la relation trophique du poulpe avec le Cymbium reste, au pire des cas, une hypothèse non vérifiée. Aussi, les praires ne semblent plus représenter une diète de choix pour le poulpe.

Un autre résultat, en constitue également la confirmation du déplacement du poulpe, en corrélation avec la température des eaux, de la côte vers le large pour atteindre déjà des profondeurs inhabituelles allant jusqu’environ deux (2) mètres. Suivant cette logique, il doit également migrer, à l’instar des espèces à affinité tempérée, du nord vers le sud, notamment pour ce qui est du stock sud.

L’une des conséquences de cette situation, devra être l’adoption d’une ‘’pêche hauturière’’ et une ‘’pêche côtière’’. Cette dernière devra comprendre, sous réserves de certaines modifications, nos segments actuels de ‘’pêche côtière’’ et de ‘’pêche artisanale’’, celle-ci étant, par définition, spatialement côtière. En d’autres termes, l’Administration, devra se rapprocher des professionnels pour redéfinir, sur la base des caractéristiques techniques les plus usuelles (longueur, largeur, puissance de moteur, engins et techniques de pêche, système de conservation des produits à bord et navire ponté et non ponté), une ‘’pêche côtière artisanale’’ et une ‘’pêche côtière semi-industrielle’’. Dans ce cas, un zonage correspondant aux caractéristiques des deux nouveaux segments, devra aussi être mis en place.

Le poulpe se chevauche grandement avec les crevettes sur le plan spatio-temporel. Le taux de 8% de prises accessoires de céphalopodes (poulpe) accordé aux crevettiers de l’UE, engendre une perte matérielle importante et constitue un accès déguisé à cette espèce déclarée, depuis 2012, comme étant réservée aux Mauritaniens. A propos, l’octroi de statut de navire battant pavillon national, est une autre triche plus flagrante et plus préjudiciable à l’Etat en termes de sous et de destruction de la ressource.

Quand les pêcheries sont entre surexploitées et pleinement exploitées et qu’on ne peut plus alors augmenter la production, on s’oriente généralement vers la transformation, l’amélioration de la qualité commerciale et hygiénique des produits et enfin vers l’aquaculture.

La certification et la labellisation, s’inscrivent dans ces choix de valorisation des produits et l’optimisation de leur valeur ajoutée. Au regard de la qualité actuelle de nos produits et de la santé de leurs milieux aquatiques, l’application des normes du Codex Alimentarius est largement suffisante pour atteindre de tels objectifs.

A mon humble avis, certains parmi les référentiels dont on nous parle à ce sujet, peuvent plutôt être vus comme un lux ou une manière d’emmener les Mauritaniens à assurer davantage la santé des consommateurs des pays importateurs de nos produits et à satisfaire les goûts de nouveaux clients devenant trop exigeants et capricieux. Les normes de l’UE en matière d’hygiène et de salubrité des produits, en plus de leur rôle de barrière douanière pour réguler l’entrée de produits étrangers dans l’espace des 27, visent les mêmes objectifs.

Serait-ce le lieu aussi de rappeler que la fiabilité technique de l’l’élevage du poulpe et les avantages que représente l’espèce en termes de croissance rapide et autres, ne doivent pas nous faire ignorer les éventuels revers de la médaille (conséquences environnementales et autres). La prudence, est donc de mise.

D’autre part, s’il y a des insuffisances ou des risques qui méritent d’être soulignés, il serait notamment question de :

• La climatologie a été modestement traitée et de façon noyée dans l’acceptation globale de l’environnement chez les agents des Eaux et Forêts, des géographes, des écologues et des environnementalistes formés avant l’ère pleine des changements climatiques et conformément aux principes du développement durable ;

• Les discontinuités que peuvent connaitre des séries historiques de données, même si de telles séries couvrent une longue période. Une ou plusieurs interruptions dans les séries (même pour des périodes courtes) peuvent en effet affecter la performance des modèles d’évaluation utilisés et, au bout de compte, la qualité des outputs.

• L’importance croissante des données satellitaires et de l’Intelligence Artificielle (AI) au détriment des données in situ. C’est une véritable menace pour la recherche scientifique de la part de ses hommes et femmes.

Enfin, je me permets de dire que la recherche à l’IMROP est sortie de son Symposium suffisamment avisée sur tout ce qui concerne le poulpe et la profession, apaisée de son stress lié particulièrement aux questions du TAC et du gastéropode dit Cymbium.

Une synthèse intelligente des actes de ce Symposium International enrichie de conclusions et de recommandations clairement exprimées, cohérentes et réalistes, aideront certainement (i) à leur prise en compte dans la stratégie sectorielle dont la naissance nécessite visiblement une césarienne et (ii) à l’adhésion, à cette dernière, de l’ensemble des acteurs du secteur de la pêche.

A bon entendeur, salut !

Dr Sidi El Moctar TALEB HAMME





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