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11-02-2026

11:13

Troisième mandat : qui peut vraiment arrêter la machine ?

LA DÉPÊCHE - Alors que le dialogue politique n’a pas encore commencé, l’idée de modifier la Constitution pour permettre au président actuel de briguer un troisième mandat n’est plus une simple rumeur portée par quelques soutiens isolés. 

La question est méthodiquement rappelée insidieusement dans les rencontres publiques. Mohamed Ould Ghazouani cédera-t-il à la tentation, encouragé par les voix qui, autour de lui, plaident ouvertement pour cette option ?

Depuis l’avènement de la démocratisation, jamais un président n’a bénéficié d’un contexte politique aussi favorable. L’opposition s’est affaiblie, son noyau dur s’est fragmenté, laissant le terrain largement dégagé. Dans ces conditions, engager une réforme constitutionnelle sur la limitation des mandats ne semblerait pas insurmontable.

À l’international, la contestation paraît tout aussi improbable : le régime a su rassurer et convaincre ses partenaires, notamment sur les dossiers sensibles comme la lutte contre le terrorisme et la migration irrégulière. Ils fermeraient bien les yeux sur une “affaire interne”.

Tout est parti de questions, d’abord discrètes, sur l’identité du successeur potentiel du président à l’issue de son second mandat, dans trois ans. Ces spéculations ont eu un double effet : fragiliser l’autorité du chef de l’État en fin de parcours et réveiller les ambitions dans son propre camp.

Sur les réseaux sociaux, les scénarios se sont multipliés. Était-ce un simple test pour sonder l’opinion ? Difficile à dire. Toujours est-il que des proches du président ont rapidement dénoncé des « propositions fantaisistes », rappelant qu’il était prématuré, après seulement deux ans de second mandat, de parler de succession.

Beaucoup estiment que le président n’aspire qu’à achever sa mission avec sérénité. Mais un chef d’État ne décide jamais seul. Son entourage, proche ou élargi, pèse forcément sur ses choix et ses projections. Et dans ce climat mouvant, les appels à franchir le pas d’un troisième mandat se font de plus en plus audibles au sein même du sérail politique.

Le président, qui doit se rendre en France après le Ramadan, dispose d’une marge de manœuvre confortable. Ira-t-il jusqu’à briser le tabou du troisième mandat, au risque de fragiliser le principe d’alternance pacifique ? Cette alternance qui, rappelons-le, lui avait permis d’accéder au pouvoir.

Le dialogue politique devrait s’ouvrir dans les prochaines semaines, malgré les tensions. Le pouvoir et l’opposition devront composer avec l’absence – désistement personnel– du tonitruant opposant, Biram Dah Abeid, aujourd’hui principal challenger de Mohamed Ould Ghazouani.

Affaibli, mais toujours figure centrale de l’opposition antisystème, il semble toutefois trop isolé pour inverser le rapport de force. Alors, troisième mandat ou non ? Au final, une seule certitude : la décision appartient au président.

Jedna DEIDA





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