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15-04-2026

13:43

Mauritanie-France : le président Ghazouzni reçu avec les égards d’un partenaire clé dans un Sahel tourmenté

Financial Afrik -- La visite d’État du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en France, cette semaine, ne relève pas seulement du protocole. Qu’il s’agisse de la cérémonie d’honneur, des échanges institutionnels ou du dîner d’État à l’Élysée prévu ce 15 avril, cette séquence met surtout en lumière une réalité politique : dans une période de forte dégradation régionale et internationale, le lien entre Paris et Nouakchott apparaît comme l’un des partenariats les plus stables, lisibles et utiles de l’espace euro-africain.

C’est d’abord ce point qui mérite d’être souligné. La Mauritanie et la France ont su préserver une relation de confiance sans excès d’affichage, fondée moins sur la rhétorique que sur une convergence d’intérêts et une capacité à agir dans la durée.

À l’heure où le multilatéralisme est fragilisé, où les rapports de force dominent de nouveau les relations internationales, les deux pays partagent une même préférence pour la diplomatie, le règlement politique des crises et une réforme de la gouvernance mondiale laissant enfin davantage de place au continent africain. Pour la Mauritanie, cette proximité est un atout : elle lui permet de faire valoir sa voix auprès d’un partenaire de premier plan tout en conservant sa propre autonomie stratégique.

L’intérêt de cette relation se mesure aussi dans le domaine sécuritaire. Dans un voisinage immédiat profondément instable, la Mauritanie a acquis un statut particulier : celui d’un État qui a su préserver sa cohésion et contenir durablement la menace terroriste.

Ce résultat, reconnu à l’extérieur, donne tout son sens au dialogue avec la France, non comme relation de dépendance, mais comme coopération entre partenaires soucieux de sécurité régionale. Le déplacement du président Ghazouani à Brest est, à cet égard, très significatif. Il rappelle que la sécurité maritime est désormais un enjeu central pour la Mauritanie, qu’il s’agisse de protéger son littoral, ses ressources ou ses flux commerciaux.

Mais la solidité d’un partenariat se juge surtout à ses effets concrets. De ce point de vue, la relation économique entre les deux pays mérite davantage d’attention. Les investissements français en Mauritanie concernent des secteurs essentiels : infrastructures, développement urbain, agriculture, santé, transition énergétique.

Ils participent déjà à la création d’emplois, à la formation de jeunes Mauritaniens et à la densification des échanges. Le forum d’affaires organisé à l’occasion de la visite illustre cette volonté de donner un contenu plus direct, plus productif et plus équilibré à la relation bilatérale.

Cette logique se retrouve dans l’effort de coopération engagé ces dernières années. Alors que plusieurs partenaires internationaux ont réduit leur présence, la France a choisi d’accroître son engagement en Mauritanie.

Cela se traduit par des projets structurants : appui à l’approvisionnement durable en eau de Nouakchott, ligne à haute tension entre Nouakchott et Néma, soutien au développement agricole dans le sud du pays, participation au programme des 100 barrages, construction de 13 collèges, ou encore projets menés dans le Hodh Ech Chargui pour accompagner l’accueil des réfugiés. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de soutenir la Mauritanie dans l’urgence, mais de contribuer à ses capacités de résilience à long terme.

Enfin, ce partenariat puise sa profondeur dans les liens humains. Les étudiants mauritaniens formés en France, les réseaux professionnels et universitaires, la circulation des artistes et la place de la langue française donnent à cette relation une épaisseur singulière. Ils en font un lien vivant, qui dépasse les alternances diplomatiques et inscrit la coopération dans les sociétés elles-mêmes.

C’est sans doute là le principal enseignement de cette visite. Dans un monde plus fragmenté, la Mauritanie a intérêt à s’appuyer sur des partenariats stables, respectueux et mutuellement profitables. Celui qui l’unit à la France n’est ni exclusif ni figé. Mais il reste, pour Nouakchott, un levier précieux de stabilité, de développement et de projection.

Par Paul Villerac, Paris.



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