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16-04-2026

11:31

Malgré un démarrage tant attendu : Le dialogue politique dans l’impasse

Le Calame -- Le dialogue politique national est entré dans une nouvelle phase de blocage. Il n’est nullement excessif de parler aujourd’hui d’impasse. Malgré les assurances du président de la République et les efforts du coordinateur national du dialogue, Moussa Fall, aucun compromis n’a pu être trouvé. Les deux camps restent figés sur leurs positions.

L’opposition rejette toute ambiguïté dans la feuille de route. Elle refuse notamment que le dialogue ouvre la voie à un débat sur la question du nombre et de la durée des mandats présidentiels, des dispositions qu’elle estime clairement verrouillées par la Constitution en vigueur. Pour elle, il s’agit d’éviter tout piège politique.

En face, la majorité présidentielle s’oppose à toute limitation du champ des discussions. Elle entend profiter de ce dialogue pour aborder l’ensemble des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Elle accuse ainsi l’opposition de vouloir censurer certaines thématiques jugées essentielles.

Cette tension est accentuée par une zone grise, née de l’ambiguïté de la réponse récemment apportée par le chef de l’État à Moussa Fall pour tenter de débloquer la réunion préliminaire.

À cela s’ajoutent les prises de position de certains proches du pouvoir, ainsi que les appels de groupes nationalistes hostiles au dialogue. Une posture qui semble en décalage avec celle affichée par le président de la République.

En effet, Mohamed Ould Ghazouani avait pourtant pris l’initiative de convoquer un dialogue national inclusif, « sans tabou », afin de dégager des solutions consensuelles aux grandes questions nationales. Il avait, dans la foulée, assuré les acteurs politiques de sa volonté de mener le processus à son terme et de mettre en œuvre les résolutions qui en découleraient.

Après une année de consultations, un semblant de consensus semblait s’être dessiné autour des thèmes à débattre et la plupart des acteurs politiques avaient salué cette ouverture. Cependant, la posture de la majorité présidentielle, jugée par certains « tiède » depuis le début du processus, suscite aujourd’hui des interrogations.

Sa position sur la question sensible des mandats, pourtant identifiée comme un point de crispation majeur, est perçue par plusieurs observateurs non pas comme une simple demande de clarification, mais comme une forme d’obstruction.

Feuille de route validée et partagée

Moussa Fall a multiplié, pour sa part, les initiatives pour rapprocher les positions ; sans succès. Il est difficile de soupçonner le coordinateur de vouloir saborder un processus qu’il a lui-même patiemment construit pendant plus d’une année, en consultant l’ensemble des acteurs politiques et des personnes-ressources, avant de proposer une feuille de route validée et partagée.

Dès lors, une question s’impose : qu’est-ce qui a changé pour que certains acteurs, notamment au sein de la majorité, semblent aujourd’hui freiner un processus pourtant proche de son aboutissement ? Beaucoup évoquent, en filigrane, les appels à un éventuel troisième mandat et les ambitions présidentielles de certains.

Il convient toutefois de noter que cette ligne dure ne fait pas l’unanimité au sein même de la majorité. Mohamed Jemil Mansour, président du Front pour la citoyenneté et la justice, a ainsi appelé à davantage de souplesse afin de dépasser le blocage et permettre au dialogue d’avancer.

Reste à savoir si le président de la République saura recadrer ses soutiens et réaffirmer son engagement en faveur d’un dialogue abouti, ou s’il cédera aux pressions des partisans du statu quo, opposés à toute avancée politique, démocratique et sociale.

Beaucoup redoutent en effet que les forces de l’immobilisme — nourries par la gabegie, le tribalisme, le népotisme et le régionalisme — ne finissent par l’emporter sur celles du patriotisme et du progrès. L’échec du dialogue de 2022, encore présent dans les mémoires, rappelle avec acuité la fragilité des dynamiques politiques dans notre pays.

Dalay Lam



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