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20-04-2026

12:54

La controverse entourant la candidature de Coumba Bâ au poste de Secrétaire générale de l'OIF

Senalioune -- La controverse entourant la candidature de Coumba Bâ au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie ne saurait être évacuée par des lectures complaisantes. Elle impose, au contraire, une mise en perspective critique, fondée sur l’exigence de cohérence entre les discours internationaux et les pratiques internes de l’État mauritanien.

D’un point de vue strictement juridique, la légitimité de la Mauritanie est incontestable. Toutefois, se retrancher derrière cet argument formel reviendrait à éluder une question de fond : celle de la crédibilité politique et symbolique du positionnement mauritanien dans l’espace francophone.

Car enfin, il existe un décalage manifeste — et difficilement réfutable — entre l’ambition d’accéder à la plus haute fonction d’une institution vouée à la promotion de la langue française et les politiques linguistiques nationales menées depuis plusieurs décennies.

La marginalisation progressive du français, conséquence d’une arabisation conduite sans véritable stratégie d’équilibre, ne relève pas d’un simple ajustement technique : elle traduit une orientation politique structurante.

Dès lors, prétendre incarner la Francophonie sans interroger cette trajectoire revient à entretenir une forme de dissonance institutionnelle. Cette contradiction affaiblit objectivement la portée du discours mauritanien et expose le pays à des critiques légitimes sur la scène nationale et internationale.

Il serait cependant intellectuellement injuste de transformer ce constat en argument de disqualification. Une telle posture relèverait moins de l’analyse que d’une forme d’auto-dénigrement, préjudiciable aux intérêts nationaux.

Les insuffisances de l’action publique, aussi évidentes soient-elles, doivent être débattues dans le cadre national, avec la rigueur et la liberté qu’exige toute société politique mature. Elles ne sauraient servir de prétexte à une délégitimation externe de la Mauritanie par ses propres ressortissants.

C’est précisément ici que s’impose une distinction essentielle entre critique et désolidarisation. La première est un devoir intellectuel ; la seconde, une faute politique. En tant que citoyens, il nous incombe de dénoncer les incohérences, d’exiger une meilleure articulation entre politiques linguistiques internes et engagements internationaux, et d’appeler à une réévaluation lucide des choix stratégiques opérés par l’État. Mais cette exigence ne doit en aucun cas se traduire par un affaiblissement de la position nationale dans les arènes multilatérales.

En ce sens, soutenir la candidature de Coumba Bâ ne relève ni d’un réflexe émotionnel ni d’un alignement aveugle. Il s’agit d’un acte politique réfléchi, fondé sur la primauté de l’intérêt national. Cette candidature engage la Mauritanie dans son ensemble : son image, sa crédibilité et sa capacité à peser dans les équilibres internationaux.

En définitive, la position la plus rigoureuse consiste à conjuguer exigence critique et solidarité nationale. Exigence, en appelant sans détour à une révision des politiques linguistiques qui fragilisent la cohérence du pays. Solidarité, en affirmant sans ambiguïté le soutien à notre compatriote.

Plein succès à Coumba Bâ. Que cette candidature, au-delà des controverses qu’elle suscite, contribue avant tout à honorer la Mauritanie, à renforcer sa stature internationale et à rappeler que la défense des intérêts nationaux demeure, en toute circonstance, une ligne de conduite non négociable.

19 Avril 2026

Président Mamadou Moustapha Bâ



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