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Mauritanie: prison pour deux députées après des accusations de discrimination visant le président
TRT FRANÇAIS - Deux députées de l'opposition écopent de quatre ans de prison pour avoir accusé le président d’appliquer une politique de discrimination raciale.
Quatre ans de prison ferme pour deux députées de l'opposition en Mauritanie. Mariem Cheikh et Ghamou Achour, condamnées par la chambre pénale de la Cour de Nouakchott, étaient poursuivies pour "atteinte aux symboles de l'État et diffusion de propos à caractère raciste".
Le tribunal a en outre ordonné "la suppression des contenus numériques, la confiscation de leurs téléphones et la fermeture de leurs comptes en ligne".
Les deux députées accusent le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani de discrimination raciale envers les Noirs et les descendants d'esclaves dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.
Il leur est notamment reproché d'avoir qualifié sur les réseaux sociaux le président Ghazouani de mentor de "l'apartheid en Mauritanie". Dans plusieurs publications, elles ont appelé à la destitution du chef de l’État. Elles ont aussi accusé le "système judiciaire dominé par les Arabes de traiter les citoyens noirs et les descendants d’esclaves comme des citoyens de seconde zone".
Les deux femmes sont membres de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une organisation de défense des droits humains.
Leur détention et leur procès se sont déroulés sous haute surveillance sécuritaire. L'opposition mauritanienne a décrié une "séquestration" et une "utilisation abusive de la procédure de flagrant délit". Ce qui a permis, selon elle, de "contourner l'immunité parlementaire".
Persistance de l’esclavage
Biram Dah Abeid, leader de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (lui aussi plusieurs fois incarcéré pour son combat contre les discriminations raciales en Mauritanie, ndlr), a dénoncé un procès "injuste" et "politiquement motivé". Il a qualifié les deux députées "d'héroïnes" et de "combattantes sincères contre l’injustice" lors d’une conférence de presse après le verdict.
Officiellement aboli en 1981, l'esclavage perdure en Mauritanie. Le sujet demeure sensible dans le pays, malgré l’adoption de sanctions dissuasives contre ce phénomène en 2015. La Mauritanie apparaît ainsi comme le dernier pays au monde dans lequel persiste encore l’esclavage.
Environ 149 000 personnes vivraient toujours dans des conditions d’esclavage moderne dans ce pays de moins de 5 millions d’habitants, d’après l’indice mondial de l’esclavage 2023.
SOURCE : TRT français et agences