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Déclaration du FONADH sur les violations des droits humains en Mauritanie
Le Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme en Mauritanie (FONADH) exprime sa vive inquiétude face à la situation des droits humains en Mauritanie. Depuis plusieurs mois, nous constatons de graves dérives : arrestations arbitraires, interdiction des manifestations pacifiques, bavures policières, et impunité face à ces violations, sous les yeux de tous.
Cette situation ne peut perdurer. Nous rappelons à l’État ses engagements constitutionnels en matière de droits humains, ainsi que ses engagements internationaux relatifs à la liberté de la presse, à la liberté de manifestation, à une justice indépendante et équitable, à la liberté d’opinion, et à l’ensemble des droits fondamentaux encore trop peu respectés en Mauritanie.
Le pouvoir est fait pour servir, et non pour dominer. Il est éphémère. L’usage excessif de la force est souvent l’arme des faibles.
Nous rappelons également au gouvernement, et en particulier au Président de la République, ses engagements, notamment lorsqu’il déclarait :
« Mon programme, dont les priorités sont l’éducation et la justice sociale, fait une place de choix à l’instauration d’un État fort et moderne, au service du citoyen, avec un climat politique apaisé, des institutions solides et une administration efficace. »
Nous nous souvenons aussi de votre discours prononcé lors de la 74e Assemblée générale des Nations Unies, dans lequel vous évoquiez la mise en œuvre de l’État de droit. Pourtant, force est de constater que la réalité observée sur le terrain ne correspond pas à ces engagements. En témoignent, entre autres :
• L’arrestation de deux députés par la police, puis leur condamnation par la justice, sans égard à leur qualité parlementaire ;
• la répression systématique des manifestations et rassemblements pacifiques par la police, ce qui ne saurait honorer un État de droit ;
• L’interpellation répétée de citoyens, de députés, d’hommes politiques et d’autres acteurs, sans convocation préalable ;
• les brutalités policières, notamment à l’encontre des femmes, qui ternissent l’image de notre pays.
Un pays qui se dit musulman et État de droit ne peut tolérer de telles pratiques. Ces faits constituent autant d’obstacles au dialogue, à la justice et à une paix durable. Ils alimentent la méfiance entre les citoyens et leur gouvernement.
À l’heure où tout le monde parle de dialogue politique national et de solutions pacifiques aux passifs humanitaires et politiques, il est urgent d’aborder ces questions avec sincérité, sans calcul politique, afin de créer un véritable climat d’apaisement national.
Nous ne faisons pas cette déclaration pour soutenir le pouvoir ni pour encourager l’opposition. Notre seule mission demeure la même : alerter en cas de violation des droits humains, de non-respect de l’État de droit et d’atteinte aux principes démocratiques.
La démocratie n’est pas seulement l’affaire de la majorité. La véritable démocratie est la capacité de la majorité à permettre à la minorité de participer activement à la construction du pays.
Nous appelons donc :
l’État à garder raison ;
Chaque citoyen a le droit de manifester pacifiquement pour exprimer son accord ou son désaccord. L’État doit mettre en place les conditions nécessaires pour lui permettre d’exercer ce droit en toute sécurité.
La liberté de manifestation est protégée par la Constitution mauritanienne et nous devons tous nous y conformer.
la police à davantage de considération et de respect pour la dignité humaine ;
l’opposition à faire preuve de plus de responsabilité dans ses discours ;
les membres de la société civile à demeurer équidistants et à jouer pleinement leur rôle de veille avec rigueur, afin d’être un véritable pont entre les acteurs politiques, l’État et la société ;
la presse à davantage de responsabilité dans la transmission d’une information juste et vérifiée.
Mais tout cela ne sera possible que si l’État joue cartes sur table, sans calcul politique, avec transparence dans ses démarches et une réelle volonté de pacifier l’espace politique et social.
Nous rappelons à toutes et à tous que la Mauritanie est un pays multiculturel, où chaque communauté et chaque ethnie a le droit de se promouvoir dans le respect des autres, et où l’État doit créer les conditions d’un dialogue sincère entre toutes ses composantes.
La Mauritanie ne peut se construire avec les Wolofs seuls, ni avec les Pulaar seuls, ni avec les Soninkés seuls, ni avec les Haratines seuls, ni même avec les Maures seuls. Dieu a voulu que la Mauritanie soit composée de plusieurs composantes qui doivent vivre ensemble et se compléter.
Par conséquent, les discours de haine, de racisme et de division, qui circulent parfois sur les réseaux sociaux, par ignorance, par maladresse ou parfois volontairement, révèlent un manque de citoyenneté et un refus de la paix. Nous constatons ces dérives aussi bien dans les rangs du pouvoir que dans ceux de l’opposition.
Nous rappelons enfin à la justice qu’elle est rendue pour le peuple et non pour un groupe de personnes.
Il est temps pour notre pays d’instaurer un véritable juge de la liberté, afin de réduire les emprisonnements liés aux opinions et aux engagements politiques.
Fait à Nouakchott, le 06 Mai 2026
I. Forum des organisations nationales des droit humains (FONADH)
1. Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH)
2. Collectif des Veuves
3. Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains (CSVVDH)
4. Groupe d’Etudes et de Recherches pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES)
5. Ligue Africaine des Droits de l’Homme- Section Mauritanienne
6. Regroupement des Victimes des Evénements 89-91 (REVE)
7. SOS- Esclaves
8. Association des Femmes Chefs de Familles (AFCF)
9. Association pour la Renaissance du Pulaar en RIM (ARPRIM)
10. Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la Culture SOONINKE (AMPLCS)
11. Ligue Mauritanienne des Droits de l’Homme (LMDH)
12. Association pour la Promotion de la Langue Wolof en RIM (APROLAWO-RIM)
13. Association de la Femme Citoyenne et Engagée (AFCE)
14. Association pour le Développement Intègre de l’Enfant (APDE)
15. Association d’Appui au Développement à la Base des Communautés (SALNDOU)
16. Union Nationale des Rapatriés Mauritaniens du Sénégal (UNRMS)
17. Collectif des Anciens Fonctionnaires de la Police Victimes des Evénements 1989
18. Collectif des Rescapés des Anciens Détenus Politique Civils Torturés (CRADPOCIT)