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09-05-2026

18:17

Plus de 12,968 milliards d’ouguiyas saisis : l’immense fortune controversée de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et de sa famille au cœur du scandale de la décennie

LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT - L’ampleur des biens attribués à l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz dans le cadre du dossier dit de la “décennie” continue de choquer l’opinion publique.

Selon les chiffres largement relayés, les comptes bancaires et dépôts financiers saisis au nom de l’ex-chef de l’État et de plusieurs membres de sa famille directe dépasseraient 12 968 838 115 ouguiyas, un montant colossal qui ne prend même pas en compte la valeur des dizaines de propriétés, entreprises, usines, stations-service, véhicules et autres actifs matériels recensés.

Au centre de cette affaire, les enquêteurs ont mis en avant une disproportion spectaculaire entre le patrimoine déclaré par Mohamed Ould Abdel Aziz lors de son arrivée au pouvoir en 2010 et l’étendue de la fortune révélée après son départ en 2019. Pour de nombreux observateurs, cette évolution représente l’un des symboles les plus marquants d’un enrichissement jugé suspect durant ses années de gouvernance.

Une liste impressionnante de biens saisis

Parmi les avoirs attribués à l’ancien président figurent notamment :

4,655 milliards d’ouguiyas de soldes bancaires

6,996 milliards d’ouguiyas de dépôts financiers

84 véhicules et engins, dont 46 Toyota Hilux, BMW, V8, VX, Cadillac Escalade, camions, citernes, bulldozers et grues

Deux usines d’eau “Al Assil”

Deux usines industrielles à Rosso (décorticage de riz et fabrication d’aliments)

20 stations-service Hydro 24

Un vaste portefeuille immobilier comprenant palais, villas, immeubles, appartements, terrains commerciaux, marchés, hôtels, complexes touristiques et centaines de parcelles à Nouakchott, Nouadhibou, Chami, Benichab, Rosso et ailleurs

Des biens à l’étranger, notamment en Turquie et en France pour certains membres de la famille

Des centaines de têtes de bétail : chameaux, bovins, ovins, caprins, chevaux et autres animaux

Des sociétés privées, dont des structures minières, industrielles et commerciales

Des avoirs familiaux également ciblés

Les dossiers citent aussi des milliards et centaines de millions d’ouguiyas répartis entre plusieurs proches, notamment son épouse, ses enfants et d’autres membres de la famille, avec à la clé maisons, terrains, boutiques, sociétés et comptes bancaires.

Un symbole de gouvernance contestée

Pour ses détracteurs, cette accumulation spectaculaire de richesses illustre un système où le pouvoir aurait servi de levier à une concentration massive de biens entre les mains d’un cercle familial, pendant qu’une grande partie de la population faisait face à la pauvreté, au chômage et aux difficultés sociales.

La récente lettre attribuée à l’ancien président, dans laquelle il demanderait au chef de l’État actuel de ne pas vendre ses biens saisis aux enchères, est perçue par ses opposants comme une tentative de préserver une fortune controversée désormais associée, dans l’esprit de nombreux citoyens, à l’un des plus grands scandales politico-financiers du pays.

Une affaire devenue emblématique

Au-delà du sort personnel de Mohamed Ould Abdel Aziz, ce dossier est aujourd’hui considéré comme un test majeur pour la justice mauritanienne et pour la crédibilité de la lutte contre la corruption. Pour une partie de l’opinion, l’exécution des décisions de justice et la vente des biens saisis constitueraient un signal fort : celui d’une rupture avec l’impunité et d’une volonté réelle de récupération des richesses considérées comme détournées au détriment de l’État.





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