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Carburants : la valse des augmentations continue, le citoyen paie encore
Mauriweb -- En Mauritanie, les prix des carburants semblent désormais obéir à une mécanique implacable : chaque hausse en appelle une autre, toujours plus lourde pour des ménages déjà étranglés par le coût de la vie.
La dernière décision de la Commission nationale des hydrocarbures, annoncée cette semaine, marque la quatrième augmentation des prix en l’espace d’à peine trois mois.
À Nouakchott, le litre de gasoil est passé de 591,7 anciennes ouguiyas à 610,23, tandis que l’essence grimpe de 619,2 à 640,12 anciennes ouguiyas.
Une hausse supplémentaire présentée, comme les précédentes, comme une adaptation inévitable au contexte international. Mais à force d’« ajustements », c’est toute une économie domestique qui se retrouve asphyxiée.
Le problème n’est plus seulement l’augmentation elle-même. C’est son rythme, son accumulation et surtout l’absence d’une vision économique crédible capable d’amortir le choc pour les populations.
Depuis mars, les Mauritaniens assistent à une véritable escalade tarifaire. Début mars déjà, le prix du gasoil était passé de 487,9 à 512,3 anciennes ouguiyas. Quelques semaines plus tard, le 31 mars, nouvelle hausse : +10 % sur le diesel, +15,3 % sur l’essence, tandis que le gaz domestique enregistrait une explosion spectaculaire de 60 %, portant la bouteille B12 à 5000 anciennes ouguiyas.
Puis vint le mois de mai, avec une troisième augmentation de plus de 5 %. Aujourd’hui, une quatrième couche vient s’ajouter à une population qui n’a pourtant vu ni hausse généralisée des salaires, ni amélioration sensible des transports publics, ni véritable politique de compensation ciblée.
Dans les discours officiels, ces mesures sont souvent présentées comme des choix courageux dictés par les réalités du marché mondial. Pourtant, le courage politique ne consiste pas uniquement à augmenter les prix. Il consiste aussi à préparer le pays aux crises, à anticiper les chocs et à bâtir des alternatives.
Or, depuis des années, la Mauritanie demeure prisonnière d’un modèle énergétique fragile et peu diversifié. Malgré un potentiel solaire et éolien immense, malgré les promesses liées au gaz offshore et aux énergies renouvelables, le citoyen continue de dépendre presque exclusivement des fluctuations du pétrole importé.
Le plus frappant reste peut-être l’impression d’improvisation permanente. À chaque hausse, les autorités donnent le sentiment de gérer l’urgence sans véritable stratégie structurelle. Pourtant, une crise énergétique mondiale ne se combat pas uniquement avec des communiqués tarifaires.
Une politique sérieuse aurait pu inclure depuis longtemps :
– l’exonération massive des équipements solaires et éoliens ;
– un encouragement réel aux véhicules électriques ou hybrides ;
– une réforme ambitieuse des transports publics urbains ;
– des mécanismes transparents de compensation pour les secteurs les plus touchés ;
– une meilleure maîtrise des circuits d’importation et de distribution.
À défaut, ce sont les taxis, les transporteurs, les pêcheurs, les petits commerçants et finalement l’ensemble des consommateurs qui absorbent le choc. Car chaque hausse du carburant finit toujours par se répercuter sur les prix des denrées, des transports et des services.
Le paradoxe est cruel : au moment où la Mauritanie aspire à devenir un futur producteur gazier majeur, ses citoyens voient le prix de l’énergie devenir chaque mois un peu plus inaccessible.
Et pendant que les chiffres montent, la confiance, elle, baisse.