16:21
Mali: les jihadistes du Jnim lèvent leur blocus sur la ville de Léré
RFI-Afrique -- Au Mali, le blocus de Léré, dans la région de Tombouctou, est terminé. Cela faisait presque un an - depuis octobre 2025 - que les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim, liés à al-Qaïda) interdisaient toute entrée ou sortie de cette ville proche de la Mauritanie.
Les habitants manquaient de tout et notamment d'aliments pour se nourrir. Mais au terme de négociations qui auront duré environ un mois, les jihadistes ont accepté de lever leur blocus.
L'accord a été conclu lundi 31 août. Le Jnim doit encore déminer certaines portions de route. La levée du blocus devrait être effective « d'ici trois à quatre jours ».
Selon une personnalité directement impliquée, ce sont les habitants de Léré qui ont pris l'initiative des négociations, à travers leurs chefs traditionnels et communautaires. « Il n'y avait presque plus rien à manger, explique cette source. C'était intenable, et c'est ce qui a poussé tout le monde à accepter les compromis. »
Depuis près d'un an, les habitants de Léré subissent une grave pénurie d'aliments et de produits de première nécessité. Des notabilités de la zone évoquent même « une famine généralisée » avec « des conséquence humanitaires dramatiques ».
Exactions de l'armée et représailles du Jnim
Depuis octobre 2025, seuls les véhicules de l'armée malienne, qui dispose d'une caserne à Léré, parvenaient encore à entrer et à sortir de la ville. Le commandement militaire de la zone et le gouvernorat de la région de Tombouctou ont également été impliqués dans les négociations.
Le détail des concessions faites pour obtenir la levée du blocus n'a pas été précisé, mais plusieurs participants pointent les très nombreuses exactions commises à Léré, ces dernières années, par les soldats maliens et leurs partenaires russes du groupe Wagner, devenu Africa Corps : assassinats de bergers sans armes, vol de bétail, d'argent ou de bijoux, destruction de bâtiments civils... « Des habitants de Léré leur servent de guide », confie un ressortissant. Un observateur qualifie le blocus de la ville, imposé par le Jnim en représailles, de « punition collective ».
« Chacun a pris des engagements pour construire un accord solide, assure un négociateur. Les citoyens ne seront plus inquiétés par quiconque ».
Retour des habitants et reprise des activités
Selon plusieurs sources, les jihadistes considèrent encore l'accord comme « provisoire » ou « temporaire ». Une commission de suivi est censée être mise en place par le gouverneur, afin de garantir le respect des engagements et de pérenniser l'accord.
Ni les autorités maliennes de transition, ni les jihadistes du Jnim n'ont communiqué officiellement sur le sujet et, sollicités par RFI, le gouvernorat de la région de Tombouctou et l'armée malienne n'ont pas donné suite.
La levée du blocus pourrait permettre aux milliers d'habitants qui avaient fui Léré, et qui s'étaient pour beaucoup réfugiés en Mauritanie, de rentrer chez eux. C'est du moins ce qu'espèrent les notabilités locales jointes par RFI.
Léré est habituellement une ville de transit pour les autocars de transports et pour les camions de marchandises. La levée du blocus devrait aussi permettre la reprise des activités économiques de la ville.
Par :
David Baché