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15-09-2026

20:34

Ahmed Haroune Cheikh Sidiya : « Il existe cinq types de flatteurs du pouvoir »

Shems Maarif -- Dans un podcast diffusé le 5 avril 2025, Ahmed Haroune Cheikh Sidiya rapportait, en citant l’écrivain égyptien Alaa Al-Aswany, une classification pour le moins singulière des différentes formes de flagornerie politique.

Selon Al-Aswany, les flatteurs du pouvoir se répartissent en cinq catégories : le flatteur stratégique, le flatteur affectif, le flatteur intimidateur, le flatteur opportuniste et, plus surprenant encore, le flatteur opposant.

Le flatteur stratégique est le plus sophistiqué. Dans les médias, il déploie des théories complexes, convoque les grands penseurs et multiplie les références savantes. Mais au terme de son raisonnement, la conclusion est toujours la même : le président serait un véritable génie, tandis que ses décisions correspondraient, presque miraculeusement, aux théories les plus avancées de la pensée contemporaine.

Le flatteur affectif, lui, joue sur les émotions. Il transforme même une apparente critique en éloge du chef. Al-Aswany évoque ainsi un homme qui affirme être « en colère contre le président ». Lorsque la journaliste lui demande pourquoi, il répond que c’est parce que le président ne dort pas et ne se repose pas, tant il est absorbé par les problèmes du pays. La critique se transforme alors en hommage.

Le flatteur intimidateur ne s’embarrasse guère de subtilités. Il lui suffit d’une certaine dose d’impudence pour s’en prendre à tous ceux qui osent critiquer le président ou exprimer un désaccord avec lui.

Le flatteur opportuniste, quant à lui, attend la bonne occasion. Face aux adversaires du pouvoir, il se présente comme le défenseur intransigeant du chef et du « symbole de l’État ». Mais dès qu’il croise le président, son discours change radicalement : « Continuez, Monsieur le Président ! Faites ceci et cela… Vous êtes un dirigeant comme le pays n’en a jamais connu ! »

Mais pour Alaa Al-Aswany, le plus dangereux reste le « flatteur opposant ».

Celui-ci donne l’apparence de l’opposition. Il critique le pouvoir sur des questions secondaires, dénonce certains responsables et multiplie les reproches, mais prend soin de ne jamais s’attaquer à l’essentiel.

Son discours est parfaitement calibré : « Monsieur le Président, la corruption nous étouffe ! Nous sommes certains que ceux qui vous entourent ne vous disent pas toute la vérité. S’ils vous révélaient ce qui se passe réellement, vous ne leur pardonneriez pas… »

La mécanique est simple : tout le monde est désigné comme responsable, sauf celui qui détient réellement le pouvoir de décision.

C’est précisément ce qui rend ce profil si précieux aux yeux des régimes autoritaires. Le « flatteur opposant » donne l’illusion de la contestation, entretient l’apparence du pluralisme, mais veille à ne jamais franchir la ligne rouge : celle qui mène au sommet du pouvoir.

Une réflexion qui, bien au-delà du contexte égyptien, mérite d’être méditée partout où la frontière entre opposition véritable, critique de façade et soutien déguisé au pouvoir devient de plus en plus difficile à distinguer.



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