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16-09-2026

16:00

La Mauritanie structure l’avenir de sa médecine traditionnelle

OMS -- Dans de nombreuses familles mauritaniennes, le recours aux plantes médicinales et aux savoirs traditionnels fait partie de pratiques transmises de génération en génération.

Mais entre l’usage traditionnel d’un remède et son intégration sûre dans le système de santé, plusieurs étapes sont nécessaires : documenter les connaissances, produire des données scientifiques, encadrer les pratiques, garantir la qualité et la sécurité des produits et renforcer le dialogue entre tradipraticiens, professionnels de santé, chercheurs et décideurs.

C’est dans cette perspective que le ministère de la Santé de Mauritanie, avec l’appui technique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a organisé à Tiguent un atelier national de concertation consacré à la médecine traditionnelle, complémentaire et intégrative (MTCI).

L’objectif est de partir des acquis et des réalités mauritaniennes pour identifier les priorités et tracer une trajectoire structurée pour les prochaines années.

Mais cette rencontre avait une particularité : autour de la table, l’expérience mauritanienne rencontrait celle de l’Inde.

À l’invitation des autorités mauritaniennes et dans le cadre d’une nouvelle dynamique de coopération facilitée par l’Ambassade de l’Inde en Mauritanie, Dr Kalpesh Panara, médecin ayurvédique et professeur associé au Institute of Teaching and Research in Ayurveda (ITRA) de Jamnagar, Gujarat, a participé les travaux.

Sa participation constitue l’une des premières concrétisations de la collaboration entre le Bureau de l’OMS en Mauritanie et le Gouvernement indien dans ce domaine. Elle a permis de mettre à disposition des participants l’expérience de l’Inde en matière d’Ayurveda et de médecine traditionnelle et d’alimenter la réflexion sur les possibilités de coopération technique, de partage de connaissances et de renforcement des capacités.

Pour la Mauritanie, il ne s’agissait pas de transposer un modèle étranger mais plutôt de confronter les expériences et de réfléchir à une question essentielle : comment valoriser les connaissances et pratiques propres à la Mauritanie tout en garantissant leur sécurité, leur efficacité et leur utilisation fondée sur les données probantes ?

Cette approche rejoint directement la nouvelle Stratégie mondiale de l’OMS pour la médecine traditionnelle 2025–2034, articulée autour de quatre axes : renforcer les données probantes, garantir la sécurité et l’efficacité par une réglementation appropriée, intégrer progressivement les pratiques sûres et efficaces dans les systèmes de santé et optimiser leur valeur intersectorielle.

Au-delà des présentations et partages d’expériences, les participants ont conduit une analyse de la situation de la MTCI en Mauritanie, identifié et priorisé les principaux défis et défini les actions à engager à court, moyen et long termes. Ces travaux ont servi de base à l’élaboration de la Feuille de route MTCI – Mauritanie 2027–2037.

Cette Feuille de route s’inscrit dans la continuité de la Stratégie 9 de la Politique pharmaceutique nationale, qui prévoit en première activité de mener une réflexion intersectorielle sur la médecine traditionnelle, sur la base d’une analyse situationnelle et de l’état des lieux des tradipraticiens.

La nouvelle feuille de route 2027–2037 vise donc à transformer les constats en actions progressives, en commençant par la gouvernance, la réglementation, le recensement et la documentation, avant de renforcer la recherche, la qualité et l’intégration progressive de pratiques sûres et validées dans le système de santé.

« Cette feuille de route doit nous permettre de mieux structurer la médecine traditionnelle en Mauritanie, en partant de nos réalités, de nos savoirs et de nos priorités nationales, tout en renforçant progressivement la réglementation, la recherche, la qualité et la sécurité des pratiques », souligne le Dr Mariem Abdel-Wedoud, Chef service de suivi de la pharmacovigilance et de la promotion des médicaments traditionnels/ Direction de l’Approvisionnement en médicaments et en produits de santé (DAMPS) au ministère de la Santé.

La Mauritanie dispose d'un riche patrimoine ethnobotanique avec un répertoire d’environ 240 espèces de plantes médicinales, mais à ce jour, aucun médicament traditionnel amélioré n’est enregistré sur la liste nationale des médicaments essentiels.

L’ambition va donc au-delà de la préservation d’un patrimoine. Elle consiste à documenter les savoirs et pratiques, produire progressivement les données nécessaires à l’évaluation de leur qualité, de leur sécurité et de leur efficacité, et identifier ceux qui pourraient contribuer de manière appropriée à l’offre de soins.

Pour valoriser la médecine traditionnelle, il faut l’adosser à l’exigence scientifique, c’est-à-dire de créer les conditions permettant de documenter, d’évaluer et de sécuriser les connaissances et pratiques susceptibles de contribuer à la santé des populations.

« Nous disposons de connaissances et de pratiques qui existent depuis des générations. L’enjeu aujourd’hui est de mieux les documenter, de les étudier et de créer davantage de passerelles entre les tradipraticiens, les chercheurs et les professionnels de santé », explique Elmoctar Mohamed Yahya Lemsid, Chef service médecine traditionnelle à la Direction de la médecine préventive et de la lutte contre les maladies (DMPLM) auministère de la Santé.

En réunissant autorités sanitaires, experts, chercheurs, professionnels et acteurs de la médecine traditionnelle, ordres professionnels, l’atelier de Tiguent a permis de faire converger patrimoine national, expérience internationale et orientations de l’OMS autour d’une vision commune.

La présence de l’expert indien illustre également ce que peut produire une coopération Sud-Sud très concrète : mettre une expertise développée dans un pays au service des priorités définies par un autre, tout en respectant son contexte, ses connaissances et ses institutions.

« Ce fut un privilège de découvrir la richesse de la médecine traditionnelle en Mauritanie, de partager l’expérience de l’Inde et de contribuer à l’élaboration d’une feuille de route visant à faire progresser la médecine traditionnelle et à améliorer la santé publique », a déclaré le Dr Panara à l’issue de l’atelier.

Pour le partenariat entre la Mauritanie, l’Inde et l’OMS, l’expérience de Tiguent ouvre également des perspectives de coopération technique et de partage d’expériences dans le domaine de la médecine traditionnelle.



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