07:15
Lettre ouverte de Ganbanaaxu Koffo Mauritanie à SEM. le Président de la République, Mohamed Ould El Cheikh Ghazouani
Nouakchott, le 29/09/2026
Objet : Situation au Guidimakha et préoccupations relatives à la justice sociale, à la cohésion
nationale et au vivre-ensemble
Excellence Monsieur le Président de la République,
Permettez-nous, Excellence, d’attirer respectueusement votre attention sur une situation
qui suscite de profondes préoccupations au sein d’une partie de la population du
Guidimakha.
À la fin du mois de juillet 2026, un groupe se présentant comme les « représentants des
chefs des villages traditionnels soninkés de la wilaya du Guidimakha » a été reçu dans vos
locaux afin de vous transmettre, selon leurs déclarations, les doléances de l’ensemble des
villages soninkés concernés.
À la suite de cette rencontre, ce groupe aurait convié les chefs des villages concernés à une
réunion à Sélibaby, le 25 septembre 2026, officiellement pour leur faire le compte rendu de
l’audience accordée par Votre Excellence.
Cependant, au regard des éléments qui nous sont parvenus, cette rencontre semble
également s’inscrire dans un contexte politique particulier, notamment dans le cadre de la
préparation de la coordination du parti INSAV au Guidimakha.
Nous estimons que cette situation offre à Monsieur le député Sidney Sokhna l’occasion de
démontrer son influence politique dans la wilaya, tout en constituant, selon notre
appréciation, une stratégie susceptible d’affaiblir d’autres tendances ou sensibilités au sein
du même parti.
Lors de la rencontre de Sélibaby, dont certains extraits vidéo ont circulé, plusieurs
intervenants ont successivement expliqué que leur rencontre avec Votre Excellence aurait
principalement porté sur les différends opposant les chefs de villages traditionnels à la
composante sociale Ganbanaaxu, notamment en ce qui concerne l’exercice des pouvoirs
traditionnels, la gestion des mosquées et l’accès aux terres agricoles.
Excellence Monsieur le Président,
Nous souhaitons, avant de rappeler les textes juridiques de la République qui encadrent ces
questions, apporter quelques précisions sur les revendications portées par Ganbanaaxu.
Premièrement, la démarche de Ganbanaaxu se veut avant tout une revendication en faveur
de la justice sociale et de l’égalité entre tous les citoyens de la République, sans distinction
d’origine sociale ou d’ascendance.
Deuxièmement, il s’agit de lutter contre toutes les formes d’esclavage par ascendance,
conformément aux principes consacrés par la législation nationale et les engagements
internationaux de notre pays.
Enfin, cette démarche vise à mettre fin aux pratiques que nous considérons comme
dégradantes, humiliantes et incompatibles avec la dignité humaine, et qui constituent, à nos
yeux, des obstacles au renforcement du vivre-ensemble et de la cohésion nationale.
Voilà, pour l’essentiel, ce que nous considérons être au cœur des revendications de
Ganbanaaxu.
Pour avoir défendu ces positions, Ganbanaaxu fait aujourd’hui l’objet de diverses
accusations. Certains de ses membres sont présentés comme des « extrémistes », des «
perturbateurs sociaux » ou encore comme des opposants au Président de la République.
Plus préoccupant encore, nous constatons que ces accusations semblent parfois être
utilisées pour tenter d’écarter certains de nos cadres de l’accès aux hautes fonctions de
l’État, notamment lorsqu’ils ne partagent pas les mêmes orientations politiques que les
représentants de la chefferie traditionnelle.
Nous constatons également que les rares responsabilités publiques actuellement occupées
par certains membres de cette communauté sont, selon nous, davantage confiées à des
personnes considérées comme proches ou inféodées à la chefferie traditionnelle.
Excellence Monsieur le Président,
Nous vous posons donc, avec tout le respect dû à votre haute fonction, une question simple,
mais fondamentale :
Demander la justice sociale, l’égalité entre les citoyens et la fin des pratiques liées à
l’esclavage par ascendance au XXIe siècle constitue-t-il un crime ?
La Mauritanie a ratifié de nombreuses conventions internationales relatives aux droits de
l’Homme et à la lutte contre l’esclavage et ses séquelles. Ces engagements internationaux
ont également été renforcés par notre Constitution ainsi que par plusieurs textes législatifs
et réglementaires.
Les discours que Votre Excellence a prononcés à l’occasion des festivals des villes anciennes,
ainsi que lors de vos différentes tournées dans les Hodhs, nous avaient rassurés quant à
votre volonté de construire un État de droit fondé sur la justice, l’équité et l’égalité entre
tous les citoyens.
C’est précisément pour cette raison que la situation qui prévaut actuellement au
Guidimakha nous interpelle et nous paraît particulièrement préoccupante.
Nous estimons qu’il est indispensable que les questions relevant de la justice sociale, des
droits des citoyens et de la cohésion nationale soient traitées avec impartialité et dans le
strict respect des lois de la République, sans instrumentalisation politique ni interférence des
intérêts particuliers.
Excellence Monsieur le Président,
Nous attirons également votre attention sur ce que nous considérons comme une
instrumentalisation politique de cette situation par Monsieur Sidney Sokhna, qui
chercherait, selon notre analyse, à consolider sa position politique dans la wilaya, quitte à
mêler des questions relevant de l’État, de la chefferie traditionnelle soninké, de Ganbanaaxu
ainsi que des différentes composantes de la communauté maure et peule du Guidimakha.
Cette situation est d’autant plus regrettable que les relations entre ces différentes
composantes sociales avaient connu, au cours des dernières années, une certaine accalmie
qui pouvait laisser espérer l’aboutissement d’un processus de réconciliation durable.
Nous craignons que les événements actuels ne viennent malheureusement compromettre
ces avancées et ramener le dialogue social à son point de départ.
Nous appelons donc Votre Excellence à faire preuve de la même clairvoyance, de la même
équité et du même attachement à la justice que ceux exprimés dans vos discours et
engagements publics.
Nous vous demandons respectueusement de veiller à ce que nul citoyen ne soit marginalisé,
stigmatisé ou privé de ses droits en raison de son ascendance sociale, de ses prises de
position en faveur de l’égalité ou de ses choix politiques.
La République appartient à tous ses citoyens. La justice sociale, la dignité humaine, l’égalité
devant la loi et le vivre-ensemble doivent demeurer des principes communs qui
transcendent les appartenances sociales, communautaires et politiques.
Excellence Monsieur le Président de la République,
Nous vous prions de considérer cette lettre comme une démarche citoyenne visant à attirer
votre haute attention sur une situation qui, si elle n’est pas traitée avec impartialité et
responsabilité, pourrait fragiliser davantage la cohésion sociale dans le Guidimakha.
Nous vous renouvelons notre profond respect et notre confiance dans les institutions de la
République et nous vous demandons de faire prévaloir, en toutes circonstances, la justice,
l’égalité et l’intérêt général.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre
très haute considération.
Cellule de communication