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08-10-2026

11:12

Editorial : Affaire des « blogueurs-chanteurs » : Redonner à la presse ses lettres de noblesse

Initiatives News -- Le phénomène du blogging informel avec la montée en flèche des faux blogueurs et des faux journalistes a pris une ampleur sans précédent en Mauritanie où les « blogueurs-chanteurs » en véritables maitres-chanteurs ont fini d’investir la scène médiatique et de détrôner la presse traditionnelle, réduite aujourd’hui à sa plus simple expression.

Cette situation n’aurait pas pu arriver s’il n’y avait pas eu de complicités au sein de l’appareil de l’Etat. Ainsi la libéralisation à outrance du secteur des médias et le grand espace de liberté garantie par un cadre juridique garantissant la liberté d’expression ont eu pour conséquence l’explosion des médias indépendants et du phénomène des pages facebook et des plateformes numériques.

L’institutionnalisation de fait de ces pages facebook et la grande popularité dont elles jouissent en ont fait des vecteurs incontournables pour la diffusion d’un flux phénoménal d’information.

Mais il se trouve que tout y passe et les informations sont balancées en temps réel sans vérification aucune et, de plus en plus avec la volonté de nuire.

Ainsi ces fameux blogueurs tenant des pages cumulant pour certains des centaines de milliers d’abonnés sont devenus par la force des choses les maitres de l’information. Seulement il s’agit le plus souvent d’une information non vérifiée, une information biaisée, parfois commanditée ayant pour objectif de diffamer et de nuire à autrui.

Peu avant sa mort en février 2016, le célèbre romancier italien Umberto Eco a déclaré que « Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui avant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. »

Et pour revenir à l’affaire des blogueurs qui défraie la chronique en Mauritanie depuis quelques jours, elle a le mérite de nous interpeller tous, d’interpeller les autorités sur l’importance d’assainir le secteur de la presse et de redonner au journalisme ses lettres de noblesse.

L’on se rappelle qu’au tout début des années 90 du siècle dernier, la presse mauritanienne, malgré l’absence à l’époque de ressources humaines avait réussi à tour de bras de tirer son épingle du jeu et d’apporter sa pierre à l’édifice démocratique.

Ce fut une presse de qualité animée par des hommes pétris de compétences et de conviction et qui ont réussi à faire fonctionner la machine pratiquement sans moyens. Et tout allait pour le mieux.

Et c’est ce modèle qu’il convient de ressusciter. Il y va de l’intérêt du pays.

Dans un monde où l’information est devenue une arme de destruction massive et face aux menaces de l’Intelligence artificielle, il convient de mettre sur pied des institutions de presse solides, de les accompagner et de leur garantir un accès équitable à l’information et à la publicité.

Dans l’affaire des blogueurs les pots-de-vin versés aux snipers de la calomnie et de la désinformation, avoisinerait le milliard d’ouguiyas.

Un vrai gâchis quand on sait que des institutions de presse respectables, engagés dans la communication pour le développement, peinent à joindre les deux bouts.

Bakari Gueye



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