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10-10-2026

16:03

SOMELEC ou le prix d’un État qui investit plus vite qu’il ne se réforme

Il aura fallu deux incendies, plusieurs jours de coupures d’électricité et des quartiers entiers de Nouakchott plongés dans l’incertitude pour que nous regardions enfin ce qui se passe derrière les grands investissements publics.

Pendant que les techniciens tentaient de rétablir le courant, une autre question commençait à circuler. Comment des installations destinées à renforcer le réseau électrique avaient-elles pu se retrouver au centre d’une crise d’une telle ampleur ?

Le rapport de la commission présidée par Ousmane Mamoudou Kane, rendu public le 8 octobre, apporte des éléments de réponse. Mais sa lecture révèle quelque chose de plus préoccupant que les circonstances de deux incendies.

Elle met en évidence les difficultés d’un appareil d’État qui mobilise des ressources importantes, engage des marchés, acquiert des équipements, mais peine encore à garantir que les compétences, les procédures et les contrôles accompagnent réellement ces investissements.

C’est à cette contradiction que nous devons nous intéresser. Car la question n’est plus seulement de savoir ce qui a brûlé dans les postes électriques de Nouakchott. Elle est de comprendre ce qui, dans notre manière d’administrer les affaires publiques, a permis l’accumulation de défaillances avant même que le feu ne se déclare.

Les premières alertes n’étaient pas venues de l’administration

Lorsque les incendies surviennent les 21 et 22 août 2026, les premières explications portent naturellement sur les équipements, les raccordements et les opérations de remise en service.

La SOMELEC mobilise ses équipes, recherche des solutions provisoires et parvient progressivement à rétablir l’alimentation électrique. Ces efforts doivent être reconnus. Ils ne dispensent cependant pas d’examiner les circonstances dans lesquelles une partie importante de la capitale a pu se trouver privée d’électricité.

Le 2 septembre, l’Organisation pour la Transparence Inclusive, l’OTI, rend publique une investigation qui déplace le débat.

L’organisation ne prétend pas avoir identifié définitivement la cause des incendies. Elle attire plutôt l’attention sur les nouvelles liaisons de 33 kV, les conditions d’attribution de certains marchés, les qualifications techniques des entreprises retenues et la manière dont les travaux ont été contrôlés. Son enquête soulève notamment des interrogations sur CTM Bâtiment, entreprise chargée de fournir, d’installer et de mettre en service les nouvelles liaisons.

L’OTI examine les références professionnelles présentées par cette société. Elle s’intéresse à sa participation au projet de centrale solaire de Zouérate, aux responsabilités respectives de CTM et de GBL Energy, ainsi qu’aux critères de qualification exigés par les appels d’offres.

Elle s’interroge également sur les délais d’exécution et sur l’attribution d’autres marchés à des entreprises intervenant dans le même environnement contractuel.

Ces interrogations ne constituaient pas des preuves de fraude. Elles avaient néanmoins le mérite de ramener la discussion sur un terrain précis, celui des documents, des procédures et des obligations contractuelles.

C’est un apport important.

Dans notre pays, les controverses publiques prennent souvent une tournure personnelle avant que les dossiers aient été sérieusement examinés. On cherche des noms, on prête des intentions, on convoque les appartenances politiques. Le document administratif, lui, passe parfois au second plan.

Or une attestation de bonne exécution, un procès-verbal de réception, une décision d’attribution ou un rapport de contrôle peuvent en dire davantage qu'une semaine de déclarations.

L’enquête citoyenne avait posé des questions. La commission officielle devait désormais y répondre avec les moyens de l’État.

Ce que la commission Kane a établi

Créée le 25 août, la commission disposait d’un mandat étendu. Elle devait examiner les circonstances techniques des incendies, rechercher les causes directes et indirectes, identifier les manquements éventuels et proposer des mesures correctives.

Son travail a mobilisé des compétences nationales et étrangères, notamment des experts techniques et des représentants d’institutions publiques.

Les conclusions publiées établissent un lien direct entre les incendies et les nouvelles liaisons électriques mises en service peu avant les sinistres. Les investigations situent les départs de feu au niveau des cellules de 33 kV auxquelles ces liaisons étaient raccordées.

Il faut toutefois conserver une distinction essentielle. La commission n’a pas pu déterminer avec certitude le défaut physique initial. Elle évoque plusieurs mécanismes possibles, notamment une défaillance au niveau des accessoires des câbles, de leurs extrémités ou de leur mise à la terre.

Autrement dit, elle a identifié un environnement technique défaillant et des circonstances particulièrement préoccupantes, sans pouvoir attribuer avec certitude l'étincelle initiale à un composant unique. Cette prudence est nécessaire. Elle ne diminue pas la portée des autres constatations.

Le rapport relève des insuffisances dans les études préalables, la qualification du titulaire d’un marché, la conformité des équipements, le suivi des travaux, les essais réalisés avant la mise sous tension et le traitement des réserves techniques. Il décrit également les faiblesses des dispositifs de prévention, de détection et d’intervention contre les incendies. On comprend alors que le problème dépasse largement le câble.

Une installation électrique de cette importance ne devient pas sûre simplement parce qu’un équipement a été livré et posé. Sa sécurité dépend d’une succession de décisions. Il faut avoir correctement défini les besoins, choisi une entreprise qualifiée, vérifié les matériels, surveillé les travaux, réalisé les essais et formellement autorisé la mise en service. À chacune de ces étapes correspond une responsabilité.

Lorsque plusieurs contrôles sont insuffisants, le risque ne repose plus sur une erreur isolée. Il résulte de l'affaiblissement progressif des garanties qui auraient dû empêcher cette erreur de produire ses effets. C’est probablement l’un des enseignements les plus importants du rapport.

Les marchés publics au cœur de l’affaire

Le marché relatif aux trois nouvelles liaisons de 33 kV, attribué à CTM Bâtiment, représente 124 millions d’ouguiyas nouvelles.

Un autre contrat, d’un montant de 45 millions d’ouguiyas nouvelles, a été confié au bureau d’ingénierie IRAF pour le suivi de plusieurs marchés, dont celui des liaisons concernées. Ces deux montants éclairent une difficulté souvent négligée dans notre administration.

Le contrôle technique n’est pas un accessoire du marché principal. Il constitue une prestation à part entière, rémunérée précisément pour prévenir les erreurs d’exécution, vérifier les engagements contractuels et alerter le maître d’ouvrage.

Lorsqu’un marché de travaux présente des défaillances et que le dispositif chargé de le surveiller se révèle lui-même insuffisant, la question devient institutionnelle.

Qui vérifie les qualifications de l’entreprise ?

Qui s’assure que le matériel livré correspond au matériel commandé ?

Qui autorise une modification des spécifications ?

Qui constate les réserves ?

Qui décide, malgré ces réserves, de mettre l’installation sous tension ?

Et surtout, qui possède réellement le pouvoir d’arrêter une opération lorsqu’elle ne satisfait pas aux exigences de sécurité ?

Le rapport met en cause, à différents niveaux, les procédures de la SOMELEC, la supervision du ministère de l’Énergie, les obligations contractuelles de CTM et les prestations de contrôle d’IRAF.

Ces constats doivent naturellement être soumis aux procédures contradictoires appropriées. Les entreprises concernées doivent pouvoir produire leurs documents, expliquer leurs interventions et contester les griefs qui leur sont adressés.

Mais le débat ne saurait se réduire à une confrontation entre l’administration et ses prestataires. Il concerne la qualité même de la commande publique.

Un marché public ne se résume pas au choix d’un attributaire et à la signature d’un contrat. Il suppose que l’administration soit capable de définir ce qu’elle achète, d’apprécier les compétences de celui qui le fournit et de contrôler effectivement ce qu’elle reçoit.

Sans cela, la procédure peut être régulière en apparence tout en laissant subsister des risques majeurs dans son exécution.

Le problème des qualifications et des références

Parmi les points soulevés initialement par l’OTI, puis repris dans les conclusions de la commission, figure la question des références professionnelles de CTM Bâtiment. L’enquête citoyenne avait interrogé la portée de la participation de cette entreprise à la centrale solaire de Zouérate. Elle relevait notamment une différence possible entre les travaux de construction et les prestations techniques spécialisées. Le rapport officiel va plus loin en faisant état d’une contestation par la SNIM d’une attestation de bonne exécution utilisée dans le dossier de qualification.

Il recommande que les pièces correspondantes soient transmises aux autorités judiciaires compétentes afin qu’elles en apprécient les éventuelles conséquences pénales.

Il s’agit d’un point sérieux, qui appelle une instruction rigoureuse.Une référence professionnelle n’est pas une simple formalité destinée à compléter un dossier. Elle sert à démontrer qu’une entreprise possède l’expérience nécessaire pour exécuter des travaux déterminés.

Dans un secteur aussi sensible que l’électricité, la différence entre avoir participé à la construction d’une installation et avoir assuré sa conception, son raccordement ou sa mise en service n’est pas secondaire. Elle peut être décisive pour apprécier la capacité technique d’un soumissionnaire. Il appartiendra aux autorités compétentes d’établir la nature exacte des documents présentés, leur portée, les vérifications effectuées et les responsabilités éventuelles. Mais une question doit déjà être posée.

Comment une administration disposant de services techniques, de commissions de marchés et de mécanismes de contrôle peut-elle se retrouver confrontée, après un accident majeur, à des interrogations aussi fondamentales sur la qualification d’un prestataire ? C’est cette question qui devrait retenir l’attention bien au-delà du dossier CTM.

L’Etat investit. Son administration suit-elle ?

Le programme d’urgence dans lequel s’inscrivent les travaux représente 1,77 milliard d’ouguiyas nouvelles. L’objectif était de renforcer le réseau électrique, d’améliorer les capacités de distribution et de répondre à une demande croissante.

Ces investissements correspondent à de véritables besoins.

Nouakchott grandit. Les quartiers s’étendent, les activités économiques se développent et les besoins en énergie augmentent. La modernisation du réseau est donc indispensable.

Mais investir davantage ne suffit pas.

Il faut également que les institutions chargées de préparer, d’exécuter et de contrôler ces investissements progressent au même rythme.

C’est précisément la difficulté relevée par la commission.

Elle constate que l’augmentation des capacités techniques ne s’est pas accompagnée d’un renforcement équivalent de l’organisation, des compétences, des procédures et des mécanismes de gestion de la SOMELEC.

Cette observation dépasse le secteur électrique.

Elle interroge une manière de conduire l’action publique dans laquelle l’annonce d’un financement, la signature d’un marché ou l’inauguration d’un équipement occupent souvent davantage de place que la préparation des conditions nécessaires à son fonctionnement durable.

Or une infrastructure ne s’achève pas le jour de son inauguration.

Elle commence alors une autre vie, généralement plus longue et plus exigeante. Il faut l’entretenir, former ceux qui l’exploitent, prévoir les pièces de rechange, renouveler les équipements et anticiper les risques.

Les dépenses correspondantes sont moins visibles politiquement. Elles produisent rarement des images spectaculaires. Elles conditionnent pourtant la durée de vie des investissements.

La commission recommande d’ailleurs de revoir l’organisation de la SOMELEC, de professionnaliser les recrutements, de renforcer la formation, de moderniser la maintenance et de clarifier les relations financières entre l’État et l’entreprise.

Ces propositions montrent que les difficultés identifiées ne se limitent pas à quelques décisions contractuelles.

Elles concernent la capacité de l’institution à remplir durablement sa mission.

Une crise technique aux conséquences profondément sociales

Il serait dommage de laisser les discussions sur les marchés et les responsabilités faire oublier ceux qui ont subi les coupures. Pendant plusieurs jours, des familles ont vécu sans électricité. Des commerces ont été perturbés, des activités ont été interrompues et des ménages ont dû trouver des solutions provisoires.

Dans une ville comme Nouakchott, ces interruptions ne touchent pas tout le monde de la même manière. Certains disposent de groupes électrogènes, de batteries ou des moyens nécessaires pour limiter les conséquences d’une coupure. D’autres doivent simplement attendre. Cette inégalité est rarement prise en compte lorsque nous parlons de performance des services publics.Pourtant, elle dit beaucoup de notre société.

À mesure que les ménages les plus aisés se dotent de solutions privées, le dysfonctionnement du service public devient plus supportable pour eux et plus lourd pour les autres. La débrouille finit par masquer les insuffisances collectives. Elle ne les corrige pas. Le service public de l’électricité devrait précisément réduire cette dépendance aux moyens individuels. La fiabilité du réseau n’est donc pas seulement une question d’ingénierie. Elle participe de l’égalité entre les citoyens et de la confiance qu’ils accordent aux institutions.

Le rapport et la question de la responsabilité politique

La publication du rapport intervient dans un contexte politique particulier. Le 8 octobre, ses conclusions sont présentées au Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en présence du Premier ministre El Moctar Ould Djay. Le chef de l’État demande au gouvernement de prendre les mesures nécessaires.

Le lendemain, Ould Djay est reconduit à la Primature après la démission de son gouvernement. Cette succession d’événements suscite naturellement des interrogations. Certains responsables de l’opposition y voient une contradiction avec la gravité des dysfonctionnements révélés. D’autres demandent des sanctions administratives, des poursuites judiciaires ou la mise en cause des responsables politiques.

Ces réactions participent du débat démocratique.Il faut cependant distinguer plusieurs niveaux de responsabilité. La responsabilité technique concerne les opérations réalisées, les équipements utilisés et les règles de sécurité appliquées. La responsabilité contractuelle porte sur le respect des engagements pris par les entreprises et les prestataires.

La responsabilité administrative s’apprécie à partir des fonctions exercées, des décisions prises et des obligations de contrôle. La responsabilité pénale, lorsqu’elle est envisagée, doit être établie par les autorités judiciaires compétentes dans le respect des droits de la défense. La responsabilité politique obéit à une autre logique.

Elle concerne la manière dont les dirigeants conduisent l’action publique, supervisent les institutions et répondent devant les citoyens des dysfonctionnements de leur administration. Ces responsabilités peuvent se rejoindre. Elles ne se confondent pas nécessairement. La reconduction du Premier ministre ne signifie donc pas, à elle seule, que le rapport serait privé de conséquences.

Elle ne dispense pas davantage de s’interroger sur la responsabilité politique dans la conduite du programme concerné. La réponse dépendra des décisions effectivement prises. Si les conclusions débouchent sur des mesures vérifiables, des procédures contradictoires, des réformes de contrôle et une amélioration durable du service, la reconduction pourra être appréciée à la lumière de ces résultats.

Si, au contraire, les recommandations restent sans suite, les interrogations sur la portée politique de l’enquête prendront une autre dimension. L’enjeu n’est pas de rechercher un sacrifice politique pour satisfaire momentanément l’opinion. Il est de savoir si le pouvoir est disposé à faire produire à son propre rapport les conséquences qu’appellent les faits établis.

La difficulté des arrangements

Il existe, dans notre vie administrative et politique, une tentation ancienne de traiter les crises par des arrangements. On cherche une solution qui permette de rétablir le fonctionnement des services, de ménager les rapports institutionnels, de préserver certains équilibres et de tourner la page. Cette méthode peut parfois faciliter la sortie d’une crise immédiate. Mais elle devient problématique lorsque la recherche d’un compromis prend le pas sur la détermination des responsabilités.

Dans l’affaire SOMELEC, la difficulté est particulière. Les manquements relevés concernent plusieurs acteurs liés par des contrats, des obligations de supervision et des décisions administratives successives. Une mesure prise contre un seul intervenant ne suffirait donc pas nécessairement à expliquer pourquoi les autres contrôles n’ont pas fonctionné.

À l’inverse, la mise en cause générale de toutes les institutions concernées ne remplacerait pas l’examen précis des décisions individuelles. C’est pourquoi les suites de l’enquête doivent être fondées sur les pièces. Les ordres de service, les attestations, les procès-verbaux, les rapports de contrôle, les réserves techniques, les correspondances et les décisions de mise sous tension doivent permettre de reconstituer la chaîne des responsabilités.

L’administration doit pouvoir démontrer ce qu’elle savait, à quel moment elle le savait et ce qu’elle a décidé d’en faire. Cette exigence est plus difficile qu’un remaniement ou qu’une déclaration solennelle. Elle oblige à examiner le fonctionnement réel des institutions.

Publier le rapport ne suffit pas

La mise à disposition du résumé exécutif constitue une avancée importante. Mais le document rendu accessible au public renvoie lui-même à des annexes, à un tableau des responsabilités et à un plan d’action. Or ces éléments sont indispensables pour apprécier la portée exacte des conclusions.

Il serait utile que le rapport intégral et les annexes communicables soient publiés, sous réserve des exigences légales de confidentialité et de protection des procédures éventuelles. Cette publication permettrait de mieux comprendre la méthode suivie, les constatations techniques, les réponses des parties concernées et les recommandations adressées à chaque institution.

Elle éviterait également que le débat se construise uniquement à partir de résumés, de commentaires et d'interprétations politiques. La transparence n'exige pas de publier indistinctement toutes les pièces d'un dossier. Elle suppose de rendre accessibles les informations nécessaires à la compréhension des décisions publiques, tout en respectant les droits des personnes et les impératifs légaux. La commission recommande elle-même un mécanisme de suivi de haut niveau.

Ce dispositif gagnerait à s’accompagner d’une information régulière sur les mesures engagées, leur état d’avancement et les difficultés rencontrées. Il ne s’agit pas de transformer chaque décision administrative en spectacle médiatique.

Il s’agit de permettre aux citoyens de savoir si les recommandations sont réellement mises en œuvre.Le Parlement a également sa place dans ce suivi, notamment par ses moyens de contrôle de l’action gouvernementale et d’examen de l’utilisation des ressources publiques. Une enquête indépendante peut éclairer une crise. Elle ne remplace pas durablement les institutions ordinaires de contrôle.

Ce que cette affaire devrait nous apprendre

Les incendies de Nouakchott ont révélé plusieurs fragilités. La première concerne la préparation des investissements et la qualification des entreprises. La deuxième touche à l’exécution des marchés, au contrôle technique et aux conditions de réception des équipements. La troisième relève de la maintenance, de la sécurité des installations et de la gestion des urgences.

La quatrième, plus profonde, concerne la gouvernance de la SOMELEC et les rapports entre l’entreprise publique, son ministère de tutelle et les organes chargés du contrôle. Ces difficultés ne se résoudront pas toutes par des sanctions. Certaines appellent des décisions contractuelles ou judiciaires. D’autres nécessitent des réformes administratives, des recrutements, de la formation et une clarification des responsabilités.

Il faudra également revoir la manière dont les grands projets sont suivis, depuis leur conception jusqu’à leur exploitation. Nous devons surtout abandonner l’idée qu’un investissement public se mesure uniquement à son montant. Un milliard engagé n’est pas nécessairement un milliard utilement dépensé. La qualité d’une dépense publique dépend aussi de ce qu’elle produit, de la durée pendant laquelle elle rend service et de la capacité de l’État à en préserver les bénéfices.

C’est une question de gestion. C’est également une question de culture administrative. Nous avons besoin d’institutions capables de résister aux pressions, de faire respecter les procédures et de refuser la mise en service d’un équipement lorsque les conditions de sécurité ne sont pas réunies.

Un ingénieur qui émet une réserve doit pouvoir être entendu. Un contrôleur qui constate une irrégularité doit pouvoir la signaler. Une commission de marché doit pouvoir écarter une offre qui ne satisfait pas aux exigences techniques, quelles que soient les considérations extérieures au dossier. Et lorsqu’un problème survient, les documents doivent permettre de comprendre les décisions prises, sans attendre qu’un accident oblige à les rechercher.

Le véritable rendez-vous commence après le rapport

La commission Kane a accompli un travail dont les conclusions méritent d’être examinées sérieusement. L’OTI avait, avant elle, contribué à faire émerger des questions précises dans le débat public. Cette contribution rappelle l’utilité d’une société civile capable d’enquêter, de documenter et d’interpeller les institutions sans se substituer à elles. Le gouvernement dispose maintenant de recommandations concrètes.

Il reste à savoir comment elles seront appliquées. Les décisions concernant les contrats, les éventuelles transmissions à la justice, les mesures administratives, la sécurisation des installations et la réforme de la SOMELEC devront être appréciées sur leurs résultats.

La Mauritanie continuera d’investir dans l’électricité. Elle devra le faire, car ses besoins sont considérables. Mais la prochaine étape ne devrait pas seulement consister à construire davantage. Elle devrait consister à mieux préparer, mieux choisir, mieux contrôler et mieux entretenir.

Car un État ne se renforce pas uniquement par les infrastructures qu’il finance. Il se renforce aussi par les règles qu’il fait respecter, les compétences qu’il protège et les comptes qu’il accepte de rendre. Les incendies ont été maîtrisés. Le courant a été rétabli. Reste une question que ni les réparations techniques ni les changements de gouvernement ne peuvent, à eux seuls, régler.

L’État mauritanien saura-t-il désormais faire fonctionner ses contrôles avec autant de détermination qu’il mobilise ses investissements ?

Mansour LY, juriste, analyste politique





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