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15-10-2026

06:29

Maroc-Mauritanie : Les ressorts d’une relation au-delà des changements gouvernementaux

Hespress Français -- La reconduction de Mokhtar Ould Djay au poste de premier ministre et le maintien du chef de la diplomatie mauritanienne alimentent les interrogations sur les perspectives de coopération entre Rabat et Nouakchott. Si plusieurs portefeuilles stratégiques ont changé de titulaires, les grandes orientations de la politique étrangère du pays restent, à ce stade, inchangées.

La recomposition de l’exécutif mauritanien relance les interrogations sur l’avenir des relations avec le Maroc. Après la démission du gouvernement, vendredi dernier, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a annoncé, samedi, la formation d’une nouvelle équipe dirigée par Mokhtar Ould Djay, reconduit à son poste de premier ministre.

Cette décision intervient alors que Rabat et Nouakchott entretiennent des relations étroitement liées à des enjeux politiques, économiques et sécuritaires, avec une volonté affichée de renforcer leur coopération bilatérale.

La nouvelle équipe gouvernementale conserve plusieurs membres du cabinet précédent, tout en renouvelant les titulaires de portefeuilles importants, notamment ceux de la défense, de l’intérieur et de l’énergie. Un élément retient toutefois l’attention : le maintien de Mohamed Salem Ould Merzoug à la tête du ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Mauritaniens de l’étranger.

Cette continuité permet d’envisager le remaniement sous l’angle de la stabilité de la diplomatie mauritanienne. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à préjuger des orientations futures de Nouakchott, lesquelles relèvent des institutions de l’État et de sa direction politique.

Les relations entre le Maroc et la Mauritanie s’inscrivent dans une histoire commune nourrie de liens sociaux, culturels et spirituels, auxquels s’ajoutent des intérêts économiques et sécuritaires. Leur coopération dans l’espace africain, notamment au Sahel et dans la région saharienne, constitue un autre enjeu majeur.

Les échanges universitaires participent également à ce rapprochement : plusieurs responsables et cadres mauritaniens ont été formés dans des établissements d’enseignement supérieur marocains. C’est notamment le cas de Mokhtar Ould Djay, diplômé de l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) de Rabat.

Reste à savoir si la redistribution des responsabilités au sein du gouvernement mauritanien aura une incidence sur le rythme de la coopération avec le royaume, ou si la permanence des principaux axes diplomatiques permettra de préserver la dynamique bilatérale.

Une politique étrangère largement déterminée par la présidence

Pour Abdallah Zein, écrivain mauritanien et chercheur en sociologie politique installé en Europe, les relations entre Rabat et Nouakchott relèvent d’une logique de stabilité qui les met, dans l’ensemble, à l’abri des changements de gouvernement. L’influence de l’exécutif sur la politique étrangère demeure, selon lui, étroitement liée aux orientations définies par la présidence.

Dans une déclaration à Hespress, le chercheur rappelle que le système politique mauritanien confère au chef de l’État un rôle central dans la conduite des relations extérieures. Les remaniements ministériels ne sauraient donc entraîner, à eux seuls, une modification substantielle des rapports avec le Maroc, en l’absence d’un changement dans les grandes orientations politiques du pays.

L’évolution récente des relations bilatérales illustre, à ses yeux, cette importance des choix politiques au sommet de l’État. Sous la présidence de Mohamed Ould Abdelaziz, prédécesseur de l’actuel chef de l’État, les relations entre les deux pays avaient connu une période de refroidissement. Abdallah Zein attribue une partie de cette dégradation à des initiatives personnelles ayant contribué à accentuer les tensions.

L’arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a ensuite favorisé une amélioration des rapports entre les deux capitales, permettant notamment de développer la coopération économique et sécuritaire.

Dans ce contexte, la reconduction de Mokhtar Ould Djay est perçue par le chercheur comme un facteur susceptible de favoriser la poursuite du rapprochement. Considéré par Abdallah Zein comme une personnalité proche du Maroc, le premier ministre présente également un parcours universitaire marqué par sa formation à Rabat. Le chercheur estime que son maintien à la tête du gouvernement pourrait contribuer positivement aux relations bilatérales.

Il évoque aussi l’éventualité d’une visite officielle du président mauritanien au Maroc, sans toutefois présenter cette hypothèse comme une décision annoncée.

Au-delà de la composition du nouvel exécutif, Abdallah Zein insiste sur le poids de l’histoire et des intérêts partagés. Pour lui, la solidité des relations maroco-mauritaniennes dépend moins des changements de personnes que de la volonté politique de préserver les acquis et d’élargir les domaines de coopération.

Des enjeux sécuritaires et économiques communs

Une lecture similaire, quoique davantage centrée sur les dimensions stratégiques, est défendue par Lahcen Hamdat, chercheur en relations internationales spécialisé dans la question du Sahara. Interrogé par Hespress, il estime que la formation du nouveau gouvernement dirigé par Mokhtar Ould Djay témoigne d’une volonté de préserver la continuité des relations entre Rabat et Nouakchott, compte tenu de leurs liens historiques et stratégiques et de la diversité de leurs domaines de coopération.

Le maintien du premier ministre, diplômé de l’INSEA de Rabat, ainsi que la reconduction de plusieurs responsables, constituent selon lui des indices de cette recherche de continuité. Le parcours universitaire de nombreux cadres mauritaniens dans les établissements marocains représente également, à ses yeux, une dimension humaine et scientifique qui contribue au rapprochement entre les deux pays.

Les changements opérés à la tête de certains ministères, en particulier ceux de la défense et de l’intérieur, doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Lahcen Hamdat estime qu’ils doivent être replacés dans le contexte politique intérieur mauritanien. Les considérer comme des préparatifs en vue d’une prochaine étape politique relève, en l’absence d’éléments officiels, d’une hypothèse analytique plutôt que d’un fait établi.

Il ne voit donc pas, dans ces changements, la preuve d’une inflexion nécessaire de la politique étrangère mauritanienne. Tant que ses orientations générales demeurent stables, les relations avec le Maroc peuvent, selon lui, poursuivre leur trajectoire actuelle.

La coopération entre les deux pays dépasse largement la coordination diplomatique. Elle concerne également la sécurité, le développement, les échanges économiques et les relations culturelles et sociales. La stabilité du Sahel et de la région saharienne occupe, à cet égard, une place centrale, ses conséquences sécuritaires affectant aussi bien la Mauritanie et le Maroc que leur environnement régional.

Lahcen Hamdat souligne, par ailleurs, que les initiatives marocaines destinées à renforcer les partenariats avec les pays du Sud et à approfondir les relations avec le continent africain pourraient offrir de nouvelles perspectives à Nouakchott. La position géographique de la Mauritanie et ses liens avec les pays d’Afrique de l’Ouest constituent, selon lui, des atouts susceptibles de favoriser cette dynamique.

Le développement de ces relations passe notamment par la poursuite des visites officielles et des travaux des commissions mixtes. Ces mécanismes sont jugés essentiels pour consolider la confiance mutuelle, préserver le bon voisinage et élargir les domaines du partenariat.

Le Sahara, un dossier qui impose la continuité du dialogue

La question du Sahara marocain demeure un élément important de l’environnement diplomatique régional. Sur ce dossier, Lahcen Hamdat rappelle que la Mauritanie maintient une position de neutralité positive. Dans un contexte où les intérêts sécuritaires et régionaux sont étroitement imbriqués, la préservation des canaux de communication et de coordination avec Rabat demeure, selon lui, une composante essentielle des relations bilatérales.

Le nouveau gouvernement mauritanien dispose ainsi d’une marge de manœuvre pour poursuivre le développement des relations avec le Maroc dans plusieurs secteurs, de la sécurité au développement, en passant par les échanges économiques et la coordination régionale.

La reconduction de Mokhtar Ould Djay et le maintien du chef de la diplomatie offrent des éléments de continuité, mais ne constituent pas, à eux seuls, une garantie de l’évolution future des relations. Celle-ci dépendra aussi de la capacité des deux pays à concrétiser leurs intérêts communs par des projets et des mécanismes de coopération durables.

Comme le résume Lahcen Hamdat, « la continuité des relations reste tributaire du renforcement des intérêts communs et de leur traduction en programmes et en initiatives concrètes ».



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