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06-08-2026

12:31

Situation économique 2025 : la BCM épinglée sur son rapport

LA DÉPÊCHE - Le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Mauritanie (BCM), document de référence censé présenter une photographie fidèle de l’économie nationale, fait l’objet de sérieuses réserves soulevées par le Pr Moustapha Ely.

Son analyse met en relief des contradictions statistiques qui dépassent le statut d’erreurs matérielles et plus pernicieusement encore interrogent la qualité du processus de validation des données économiques officielles elles-mêmes.

Le Pr Moustapha Ely, en spécialiste, n’y va donc pas par quatre chemins. Il prend le temps de tout désherber pour retrouver les failles. Une anguille sous roche qui jusqu’ici avait échappé aux autres ou parce que noyée dans la tradition rébarbative des rapports.

Il relève avant de révéler une incohérence dans des données statistiques s’agissant aussi bien de la dette extérieure, des recettes budgétaires, de l’absence d’un indicateur consolidé de dette publique ainsi que d’autres lacunes méthodologiques réduisant ainsi la fiabilité d’un document destiné à servir de référence aux autorités publiques, aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers.

Car, en effet, la crédibilité d’une banque centrale repose autant sur la qualité de ses décisions que sur la rigueur, la cohérence et la fiabilité des données qu’elle publie.

Une contradiction majeure sur la dette extérieure

La première incohérence concerne l’évolution de la dette extérieure, indicateur déterminant pour apprécier la soutenabilité des finances publiques.

Dans la lettre du Gouverneur, qui constitue le résumé exécutif du rapport, la BCM affirme que la dette extérieure est passée de 4,27 milliards de dollars en 2024 à 4,06 milliards en 2025, soit une baisse de 4,97 %, ramenant le ratio dette/PIB à 33,58 %.

Cependant, le chapitre technique consacré aux finances publiques présente une réalité totalement différente. Les tableaux détaillés montrent une progression continue de l’encours de la dette, qui atteint 4,272 milliards de dollars en 2025 contre 4,237 milliards en 2024, soit une hausse de près de 1 %, avec un ratio dette/PIB de 37 %.

Ces deux versions sont incompatibles. Or, les tableaux techniques détaillés, ventilés par créanciers, apparaissent méthodologiquement plus solides que le résumé exécutif. L’analyse du Pr Moustapha Ely montre ainsi que la contradiction ne porte pas sur un simple arrondi statistique mais sur le sens même de l’évolution de l’endettement.

Les recettes budgétaires : un second écart significatif

Une seconde incohérence concerne les recettes budgétaires.

Le résumé exécutif annonce des recettes de 105,8 milliards d’ouguiyas alors que le chapitre technique retient 110,9 milliards, soit un écart supérieur à cinq milliards d’ouguiyas.

La vérification est simple.

Les dépenses publiques étant identiques dans les deux parties du rapport (112,4 milliards d’ouguiyas), le déficit budgétaire dépend directement du niveau des recettes. Ainsi, avec 105,8 milliards de recettes, le déficit atteint environ 6,6 milliards d’ouguiyas alors qu’avec 110,9 milliards, le déficit est proche de 1,5 milliard.

Or, la BCM annonce elle-même un déficit voisin de 1,4 milliard d’ouguiyas. Seule la seconde version permettrait de retrouver le résultat officiel, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle le résumé exécutif contient des données obsolètes ou non actualisées.

Le raisonnement du Pr Moustapha Ely serait également conforté par les statistiques internationales.

La Banque mondiale estime le déficit budgétaire mauritanien à environ 0,3 % du PIB en 2025, estimation cohérente avec les chiffres du chapitre technique de la BCM et non avec ceux figurant dans la lettre du Gouverneur.

Cette convergence constitue un élément de validation externe qui renforce la crédibilité des tableaux techniques et affaiblit celle du résumé exécutif.

Une dette publique consolidée absente

L’une des critiques les plus importantes concerne l’absence d’un indicateur pourtant essentiel : le ratio de dette publique totale.

Le rapport présente séparément la dette extérieure et la dette intérieure, mais ne fournit jamais leur consolidation. Cette omission limite fortement l’appréciation globale des risques budgétaires.

Pourtant, le rapport montre lui-même que les émissions de bons et obligations du Trésor ont progressé d’environ 78 % en une seule année.

En reconstituant les données disponibles, le Pr Moustapha Ely estime que la dette publique consolidée représenterait entre 40 % et 43 % du PIB, une estimation très proche des 42,6 % publiés par la Banque mondiale.

Cette absence de consolidation prive les décideurs et les investisseurs d’un indicateur fondamental de soutenabilité budgétaire.

Un rapport de qualité mais…

L’analyse ne remet pas totalement en cause la qualité du rapport.

Au contraire, plusieurs éléments témoignent d’efforts de transparence, estime-t-il notamment en rapport avec les états financiers de la Banque elle-même, les difficultés de certaines banques commerciales au regard des exigences prudentielles et les risques liés à la concentration des exportations sur trois produits (or, fer et pêche).

La méthodologie utilisée pour convertir les montants en ouguiyas vers les dollars n’est pas expliquée, ce qui compliquerait la vérification indépendante des données.

Enfin, le relèvement du taux directeur décidé face au retour des tensions inflationnistes n’est évoqué que dans la lettre du Gouverneur, sans être intégré dans le chapitre consacré à la politique monétaire.

Si ces incohérences semblent davantage relever d’insuffisances de gouvernance statistique que d’une volonté de désinformation, elles rappellent pourtant les failles qui peuvent ébranler tout l’échafaudage construit ces dernières années pour faire à la BCM son blason.

La BCM gagnerait à s’expliquer sur les tares de son rapport pour mieux édifier ces zones d’ombre.





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